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vendredi 7 décembre 2007

Rendre Israël attentif à ce qui n'est plus acceptable

Nous aurions aimé célébrer Annapolis. Nous nous serions, comme tant d'autres, contentés d'applaudir à quelques décisions minimalistes mais essentielles: le gel réel et indiscutable de la colonisation, par des Israéliens religieux et d'extrême droite, de parcelles, plus ou moins grandes, du territoire palestinien; la réouverture, aux Palestiniens, du marché du travail israélien; la fin des restrictions israéliennes de livraison de gaz et d'électricité à Gaza, encore et toujours sous le joug du Hamas… Des événements, de portée limitée, mais plus vitaux les uns que les autres pour rendre viable l'ombre d'une ambition nationale palestinienne et la volonté d'intégration d'Israël au Proche Orient. Il y a soixante ans, Israël devint réalité et la Palestine resta un rêve. Les dirigeants palestiniens n'ont rien à offrir de « minimaliste » en échange de ce plan de survie: la reconnaissance d'Israël, la fin des actions militaires et terroristes, le voisinage pacifié étendu à tout le Moyen Orient, sont autant de contributions gigantesques qui nécessitent les petits pas élémentaires. Seul Israël est en mesure aujourd'hui d'avancer sur le chemin de la paix que ses dirigeants affirment ou prétendent désirer plus que tout. La Palestine survit le dos au mur…face à un mur. 300 millions de dollars viennent d'être réunis pour assurer la mission de l'Office des Secours et des Travaux pour les Réfugiés palestiniens pour 2008. Le 17 décembre prochain, le Club de Paris se réunira pour tenter d'organiser le financement des projets de développement de l'Autorité palestinienne. Il est hors de question d'accepter l'idée, terrible au XXIème siècle, de bâtir un état fantoche. La Palestine sera viable ou ne sera pas.
Les parrains du processus de paix d'Annapolis ou de la Feuille de route ou de toute autre initiative qui dépasse le cadre de la démagogie la plus idiote, doivent s'imposer…d'imposer aux Israéliens une politique à hauts risques pacificateurs.

Au prix de sacrifices considérables à terme, sans doute, mais le plus petit commun dénominateur parmi les nations n'indique-t-il pas que la Paix n'a pas de prix?
La communauté internationale dispose de tous les moyens de pressions économiques pour rendre Israël attentif à ce qui n'est plus acceptable. Ne pas les utiliser au service d'une solution qui libère les peuples de la région des sentiments de haine, de frustration, de peur, mais aussi d'arrogance, reste incompréhensible.
La sécurité d'Israël c'est la paix. La paix des Palestiniens c'est la sécurité. Et vice versa.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, décembre 2007

jeudi 15 novembre 2007

Rappel: l’Etat de Palestine attend son tour…

George W. Bush réunit le 26 novembre, à Annapolis, près de Washington, les dirigeants israéliens, palestiniens et peut-être syriens pour tenter d’imposer la « pax americana » dont il rêve.
Il en parle généreusement, le président Bush, de cet Etat palestinien qu’il appelle désormais de ses vœux. Il en parle même presqu’au présent, puisqu’il espère contribuer à sa création avant la fin de son mandat, dans un an. La rencontre d’Annapolis inaugure cette dernière phase de l’agenda moyen oriental présidentiel dont l’Histoire ne retiendra que les choix dramatiques, les politiques belliqueuses, les stratégies aventuristes et les tentations arrogantes et guerrières. A moins qu’un semblant de solution dans l’emblématique conflit israélo-arabe ne lui sauve la mise et ne relativise injustement les drames irakiens ou afghans et la déstabilisation générale de toute une région de la Méditerranée au Pakistan.
« Cette occasion historique ne doit pas devenir un échec historique » prévenait en début de semaine à Ankara, le président israélien Shimon Peres ; le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, également présent dans la capitale turque, saluait : « une occasion exceptionnelle qui doit être saisie ». L’ambition de bien faire est affirmée. Elle l’était déjà, il y a sept ans, à Camp David, quand Yasser Arafat rencontra Ehud Barak, sous la houlette de Bill Clinton, pour constater que l’avenir d’une Palestine viable ne répondait pas aux critères militaro-sécuritaires israéliens. Et, sans douter de sa ténacité, force est de reconnaître que Mahmoud Abbas n’est pas de la même trempe que son prédécesseur, dont les Palestiniens célèbrent le troisième anniversaire de la mort.
Entre Camp David et Annapolis, le Hamas aura pris le contrôle de Gaza, le Fatah aura perdu sa majorité politique au profit des islamistes, l’Autorité Palestinienne affaiblie par la déstructuration de son administration, par la corruption, par l’étranglement économique et les actions militaires israéliens, se sera maintenue presqu’artificiellement. Dans l’ombre de la mémoire d’Arafat, en attendant des jours meilleurs. Bousculé par les intégristes religieux et l’extrême droite, le gouvernement israélien est dirigé par l’homme le plus impopulaire du pays, soupçonné de tous les maux, même par la justice. L’aventure militaire au Liban en 2006 a démontré son incompétence, l’armée doute de ses politiques et les politiques doutent désormais de leurs généraux.
Les hommes qui se rencontreront pour envisager la création d’un état palestinien sont faibles, prêts, on peut le craindre, à négocier, le dos au mur, pourvu que personne ne s’en retourne bredouille.
Cela explique sans doute les nouvelles exigences qui voient le jour à la veille de la conférence. Ehud Olmert veut que tout futur Etat palestinien « reconnaisse Israël comme l’Etat des juifs ». Il ne s’agirait donc pas de la reconnaissance d’un état par un autre. Cette revendication ethnico-religieuse, qui défie les lois et le fondement des relations internationales, pose très concrètement le problème essentiel du droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967, pierre d’achoppement de toute négociation entre les deux parties. Un dirigeant de l’OLP, Yasser Abed Rabbo s’essayait à l’humour pour réagir: « seul un parti sioniste considère Israël comme un état juif et nous ne demandons pas à être un membre du mouvement sioniste mondial ». Les Israéliens tentent d’imposer leur règle aux Palestiniens : « mon prix sera le tien ». Le Parlement israélien vient de passer, en première lecture, une loi prévoyant que les évolutions touchant le statut de Jérusalem nécessitent 80 voix de majorité au lieu de 61. En d’autres, termes, compte tenu du poids de la droite et des religieux, aucun règlement sur la redivision de Jérusalem en deux capitales n’est politiquement acceptable par la Knesset.
Les négociations préparatoires du sommet d’Annapolis sont dans l’impasse sur bien des points. Les Palestiniens sont condamnés à négocier où, quand et comment les Américains le souhaitent. En guise d’épée de Damoclès, la Syrie pourrait leur voler la vedette en trouvant un terrain d’entente avec les Israéliens pour le plus grand bonheur de Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat de George W.Bush. Les Israéliens ont très envie de négocier avec Damas. On parle déjà d’une conférence d’Annapolis II.
A Annopolis I, fin novembre, Les Palestiniens voudraient négocier un début de solution au problème des réfugiés palestiniens de 1948 et de 1967, un début de solution pour Jérusalem et sa redivision éventuelle et problématique, les frontières du futur Etat palestinien, et surtout la question de l’avenir des colonies juives dans les territoires occupés. « Ils voudraient », c’est un conditionnel. Leur réalisme et leur pragmatisme semblent insupportables aux champions de la « paix anti terroriste mondiale ».
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007

vendredi 22 juin 2007

Israël-Palestine: Libérez Marwan Barghouti !

L’histoire se fait mais ne se défait pas. Le putsh militaire et la prise de pouvoir du Hamas à Gaza n’étaient pas inscrits sur les tablettes des moyen orientalistes les plus avertis. L’animosité entre les bras armés des islamistes et du Fatah avait pris des proportions dramatiques ces dernières semaines, mais la volonté de maintenir un positionnement légitimiste et légaliste, de part et d’autre, semblait acquise. Le scénario catastrophe ne correspondait pas à la réalité du terrain et d’aucuns à Gaza envisagent de curieuses analyses pour comprendre ou faire admettre que 1.300.000 personnes vivent depuis quelques jours sous le joug de bandes armées se réclamant du Hamas, mais n’obéissant pas ou très moyennement à un commandement unique. Certains s’inquiètent de la débandade des troupes de sécurité palestiniennes abandonnées à elles-mêmes, sans consignes ou sans ordres, mais en principe mieux armées et mieux organisées. D’autres croient en une magistrale bavure, un " accident de parcours " des islamistes qui n’étaient pas sensés investir le quartier général des troupes de l’Autorité palestinienne au centre ville, et par là même, occuper de facto militairement toute la bande de Gaza. Le Président Abbas dénonce, lui, un coup d’Etat soutenu depuis l’étranger.

Il ne peut y avoir deux Palestine"s"
Les Etats-Unis, l’Union européenne et Israël se sont sentis pousser des ailes pour soutenir Mahmoud Abbas et le nouveau gouvernement qu’il a désigné dans l’urgence. Puisque la coalition d’union nationale dirigée par Ismaël Haniyeh, le dirigeant du Hamas, est rejetée par le Président qui estime impossible de poursuivre le dialogue inter palestinien, les Occidentaux oeuvrent pour la reprise des rencontres et des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens. Par la même occasion, les fonds promis ou dus aux Palestiniens et bloqués depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas, seraient à nouveau disponibles. Les médias occidentaux insistent sur l’existence, désormais, de deux Palestines, une islamiste et une autre qu’ils qualifieraient presque de pro-occidentale. Le problème étant qu’il n’y a pas encore une Palestine, et que si elle devait enfin voir le jour, elle serait identique à Gaza et Ramallah. Le Président Abbas est le chef de l’Autorité Palestinienne, mais surtout en charge du peuple de Palestine à Gaza ou Ramallah. Le Hamas est un interlocuteur dont il n’est pas possible de faire fi. Un interlocuteur dont les sbires se sont comportés comme des bandes fascistes s’attaquant aux institutions, mais un interlocuteur dont la légitimité populaire est indéniable. Ce ne seront pas les Israéliens ou les Américains qui aborderont le problème qui fera sans doute imploser la société palestinienne. Et personne ne fera la paix sans avoir résolu d’une manière ou d’une autre le problème posé à Gaza.

Une solution politique existerait...dans les prisons d'Israël
Israël est en mesure de montrer que sa bonne volonté éventuelle à l’égard des Palestiniens ne vise pas uniquement à remercier George Bush et son administration à l’occasion de la signature d’un nouvel accord décennal fixant l’aide militaire américaine à plus de 2,5 milliards de dollars par an. En libérant Marwan Barghouti, condamné à la prison à vie…plus quarante ans, l’état hébreu rendrait aux Palestiniens l’homme le plus à même de contribuer à une solution politique entre le Hamas et le Fatah dont il est issu, puis entre les Palestiniens unis et Israël. Barghouti compte parmi les dirigeants les plus populaires partout en Palestine et en Diaspora. Il fut homme de guerre, il est homme de paix, appelant sans relâche les Palestiniens à négocier leur avenir sans perdre leur dignité. Et avec Barghouti, des centaines d’autres prisonniers, militants du Fatah et du Hamas pourraient, s’ils étaient libérés, assurer le dialogue entre les belligérants. En attendant, la première mesure prise par les autorités israéliennes après le coup d’état à Gaza, fut de séparer les prisonniers selon leur appartenance au Hamas ou au Fatah sans que le moindre conflit entre eux n’ait vu le jour.
Pour la paix, Israël doit prendre le risque d’aider la Palestine, de la respecter. Mahmoud Abbas, seul, est en grand danger. Et la tentation d’Israël et des Américains d’en faire leur jouet est suicidaire.

Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Juin 2007

jeudi 7 juin 2007

Israël-Palestine…messianisme coupable ?

Naïm Khader, directeur du Centre D’Etude du Monde Arabe Contemporain, à Louvain-la-Neuve en Belgique évalue pour Gauchebdo les retombées et les suites de la Guerre des six jours de 1967.

Israël était-il condamné à faire la guerre en 1967 et pourquoi avoir compliqué sa victoire d’une occupation?
L’Histoire retiendra que c’est Tsahal (l’armée israélienne) qui a déclenché le conflit contre l’Egypte au terme d’une période de forte tension régionale. Mais l’Histoire retiendra surtout les conséquences du conflit: l’Etat d’Israël a occupé un territoire quatre fois plus grand que le sien, un territoire peuplé. Il était alors possible de monnayer la victoire militaire. Certains dirigeants israéliens étaient hostiles à l’idée d’une occupation à long terme de la Cisjordanie ou de Gaza. Mais la majorité d’entre eux, et particulièrement les militaires, sont tombés dans le pire des pièges, celui de la folie des grandeurs auquel s’ajoutait une vision irrationnelle de la réalité sur le terrain. En peu de temps, cette occupation, particulièrement en Cisjordanie a pris des dimensions messianiques.
Comment se fait-il que l’existence d’une population nombreuse dans les territoires occupés et tout ce que cela impliquait comme logistique et comme stratégie, en 1967 n’ait pas inquiété les dirigeants israéliens ? La Cisjordanie et Jérusalem-Est n’étaient pas des objectifs au premier jour de la guerre…
Israël n’était pas en danger en 1967. Les généraux le savaient. Le monde entier l’ignorait. Les Israéliens ont réussi une formidable action de propagande pour gagner la sympathie des opinions publiques. Mais ce que, curieusement leurs meilleurs spécialistes n’avaient pas pris en considération, c’était l’existence des Palestiniens. En 1967, moins de vingt ans après la création de leur état sur une partie du sol de la Palestine, les Israéliens entrent en contact avec une population qui subsistait dans l’anonymat. Le mythe de l’invisibilité palestinienne, du territoire sans habitants, auxquels avaient tant voulu croire les fondateurs de l’Etat juif, ce mythe s’effondre. Et les effets pervers de la victoire militaire mais surtout de l’occupation apparaissent peu à peu. C’est le réveil du peuple Palestinien. La défaite arabe est un électrochoc. Les Palestiniens comprennent enfin qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils vont tant bien que mal s’organiser et s’identifier au Fatah de Yasser Arafat et à l’Organisation de Libération de la Palestine.
On dit aujourd’hui que la guerre des six jours n’est pas finie ?
Elle ne l’est pas. Elle est même, d’un point de vue militaire, dans une phase de dangerosité supérieure à jamais. Avec la défaite de Nasser, s’effondrait l’idée de l’arabisme séculier qui s’était développé dans les années 50 et 60. Il y eut un vide idéologique dans les années 70, et c’est dans ce vide que l’islamisme s’est engouffré.
En Palestine, Yasser Arafat et le Fatah développaient cette idée de l’identité nationale et du sécularisme. Et ce sont les Israéliens qui ont contribué au renforcement des tendances islamistes en Palestine, pour abattre le Fatah et son chef. Ils ont " promu " en quelque sorte le Djihad et le Hamas... un peu comme les Américains en Afghanistan qui avaient soutenu les organisations islamiques contre le régime pro soviétique de Najibullah. Ces volontaires anticommunistes ont constitué la base d’El Queïda.
La question palestinienne n’est plus la seule qui puisse assurer la paix dans la région…
La pacification du Moyen Orient passe en priorité par la résolution de la question palestinienne, parce que, d’une manière ou d’une autre, tout est parti de là. Les conflits en cours dans la région et même au-delà détournent les belligérants et le monde de l’essentiel. La paix, si la paix est possible, passe par la Palestine.
propos recueuillis, Gauchebdo, Suisse, Juin 2007

Israël-Palestine: Pour une paix laïque

La paix n’est possible qu’avec un ennemi. Toute autre considération est débile. Au Proche Orient, Israéliens et Palestiniens sont suffisamment ennemis pour s’offrir une paix formidable. Une paix qui prévoit tout : le pardon, l’ouverture, le soutien mutuel, le respect, un regard commun sur l’avenir … une paix qui prévoie une société laïque. Les champions de la foi, toutes religions confondues envisagent la paix confuse ou impossible puisque toujours éloignée de leurs priorités. Les extrémistes juifs, les islamistes, les évangélistes américains ont contribué à rendre le dialogue insupportable. Curieusement quand les laïques dialoguent au plus haut niveau entre Israéliens et Palestiniens, les propositions originales et osées fusent. Jérusalem n’est plus un problème mais une solution pour les deux peuples, le droit au retour des réfugiés palestiniens ne correspond plus à une tentative d’éradication de l’Etat d’Israël puisque des solutions humanistes sont envisagées pour mettre fin à l’horreur des camps de réfugiés, les colons religieux qui occupent la terre palestinienne rentrent chez eux en Israël, les fêlés de Dieu du Hamas ou du Djihad sont désarmés.
Les citoyens palestiniens rendent visite à leur famille, partout dans le monde, depuis l’aéroport international de Gaza, avec le passeport de la République de Palestine. Les produits agroalimentaires du pays font concurrence à ceux de leurs voisins…
Impossible ?
Pourquoi ? parce que les juifs et les arabes ne sont pas capables de s’entendre, d’imaginer la paix ? Ou parce qu’ils sont les jouets d’une Amérique virulente et d’une Europe peureuse ?
Les Israéliens ont entraîné la majorité des juifs du monde dans une sorte de guérilla plus ou moins intellectuelle contre la Palestine et son peuple. Les Musulmans arabes ou non, ont fait de la Palestine, un fonds de commerce qui accapare les passions. Dans les deux cas, les peuples et les communautés sont les dindons de la farce. Comme s’il était acceptable que le sort du monde se joue entre dirigeants plus ou moins bien élus…
Puis, benoîtement, on s’étonne de l’influence de groupes politico religieux qui échappent aux pouvoirs établis. Et qui compliquent tout.
On a le droit de rêver d’ une paix laïque.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Juin 2007

Une histoire palestinienne

Chaker Al Abbsi aimait jouer au tennis de table. Il était plutôt bon élève et fréquentait l’école de Wehdat, dans la banlieue d’Amann en Jordanie. Plus tard, il tenta une école de médecine pour finalement se consacrer à une formation d’aviateur. Voilà l’histoire presque banale d’un homme intelligent qui fait son chemin. Sauf que ce chemin a mené Chaker Al Abbsi dans un faubourg de Tripoli au Liban où il commande le Fatah al-Islam, ce groupe armé islamique réfugié dans un camp palestinien pilonné par l’armée libanaise. L’histoire de Chaker, c’est l’histoire de la dérive et du désespoir des hommes et des femmes qui croient, pensent ou constatent n’avoir plus rien à perdre. Chaker Al Abbsi est né dans un camp palestinien près de Jéricho en Cisjordanie qu’il quitta avec sa famille pour la Jordanie au lendemain de la guerre des six jours. Son frère, Abdel Razak, un médecin, a raconté au Monde le parcours de ce terroriste patenté qui contribue aujourd’hui à la déstabilisation du Liban.
C’est une histoire palestinienne. Pas la plus belle. Désespérante et désespérée. Chaker a été membre du Fatah qui lui organisera sa formation de pilote en Lybie, pays dont il deviendra citoyen. Il combattra contre les Israéliens en 1982 au Liban puis se retrouvera instructeur pour pilotes de chasse au Yémen du Nord. " Le djihadisme international n’attirait pas Chaker", dit son frère… C’est l’histoire d’une frustration permanente, d’une humiliation systématique qui rend les Hommes fous et furieux. Chaker Al Abbsi n’a pas échappé à la règle. Il trouva refuge dans la religion puis dans l’excès de religion. Il ne correspond pas, loin s’en faut, au " Palestinien moyen " mais il est emblématique du " damné de la terre " au propre comme au figuré. Les Palestiniens vivent dans la misère : 1.300.000 personnes sur une population de 3.700.000 vivent avec moins de 2,4 dollars par jour. Entre un quart et la moitié de la population en âge de travailler est sans emploi. Israël retient 700 millions de dollars de droits d’imposition appartenant à l’Autorité palestinienne. Certains fonctionnaires ne sont plus payés depuis des mois. Les Palestiniens de Gaza ne peuvent séjourner en Cisjordanie. Jérusalem-Est est fermée à pratiquement toute la population palestinienne… Les territoires palestiniens autonomes sont l’ombre de ce que les accords d’Oslo avaient prévus… Et puis il y a le mur qui brise la Palestine à la quelle plus personne ne semble croire. " Mon rêve, dit Ranya Madi, l’animatrice de l’ONG PADIL, une organisation de soutien aux réfugiés, c’est un pays pour deux peuples et si je m’en tiens aux réalités, je ne suis plus tellement plus utopiste que ne le sont ceux qui croient à deux états côte à côte. Au moins, dans un pays commun, l’idée du retour des réfugiés palestiniens sur leur terre sera réaliste. "
Israël ne veut pas la paix. Pas la paix pour tous, pas la paix des braves qu’espérait Yasser Arafat. Ni même celle qu’Itzkhak Rabin avait signée à Oslo en 1993.
Potentiellement, il existe des Chaker Al Abbsi parmi les colons et leurs alliés de l’extrême droite israélienne. Mais un terroriste haineux agissant sur ordre, en uniforme homologué par l’ONU, au nom d'une quelconque légitimité antiterroriste, fait moins mauvaise figure qu’un islamiste haineux.
En 1967, Israël a peut–être perdu son âme. Personne ne semble vouloir l’aider à la retrouver. Les pacifistes israéliens sont plus que jamais isolés.

samedi 2 juin 2007

Procès kafkaïen à Beyrouth

Pacifier le Liban, relève d’un vœu pieux ou plus prosaïquement d’une improbabilité cyniquement exprimée.
Une résolution des Nations Unies a été votée établissant un " tribunal spécial mixte " pour juger les responsables de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri. Les autorités syriennes sont directement visées. Le chapitre VII de la charte de l’ONU sur lequel repose la constitution du tribunal spécial, autorise un recours à la force si, par exemple, la Syrie s’opposait au bon déroulement du procès. Les partis politiques libanais divisés sur les conditions du fonctionnement d’un tel tribunal, c’est l’ONU qui en a décrété la création.
Beaucoup de Libanais applaudissent à la décision du Conseil de Sécurité. Beaucoup d’autres s’inquiètent à l’idée que le pays soit à nouveau divisé.
Pendant ce temps, dans le nord du pays, un groupuscule armé, islamique, non palestinien, affronte l’armée libanaise dans un camp de réfugiés palestiniens, Nahr A-Bared… On compte les morts par dizaine et comble de l’absurdité, les réfugiés se réfugient par milliers dans un autre camp de réfugiés.
Le Liban peine à devenir ce que ses citoyens voudraient qu’il soit..
A moins de résoudre la question palestinienne dont le problème des réfugiés posé depuis 1948, le conflit intérieur entre le Hamas et le Fatah, l’œuvre destructrice des troupes israéliennes qui entraîne l’étranglement de l’économie et de l’administration, les camps de réfugiés au Liban ne se videront pas. Ils constitueront encore et toujours un Etat dans l’Etat. Un Etat misérable dans un Etat fragile.
A moins d’empêcher le gouvernement israélien d’intervenir sur le territoire libanais, le Hezbollah pèsera lourdement et légitimement sur la vie publique du pays, au nom de la résistance et dans un contexte d’alliance objective, idéologique et pratique avec l’Iran et la Syrie. Parce que sur la frontière israélo-libanaise s’affrontent des combattants mais aussi et surtout deux conceptions du monde. Les politiciens à Beyrouth n’ignorent pas que les cartes d’Etat major ne sont pas les mêmes à Damas. Un accord de paix entre Israël et la Syrie est la condition sine qua non pour que la géopolitique régionale rende le Liban moins stratégiquement attrayant.
Et si les Américains ne rendent pas l’Irak aux Irakiens, sans omettre les exigences des Kurdes dont l’autonomie sera contestée par la Turquie ou la Syrie, si les ambitions nucléaires iraniennes ne sont pas rencontrées pacifiquement, le Liban ne sortira pas de l’ornière..
Le tribunal spécial de l’ONU traitera-t-il de toutes ces péripéties pour évaluer les responsabilités lors du procès sur l’assassinat de Rafik Hariri ?
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007

lundi 19 février 2007

Palestine: à qui profite le crime?

Le Hamas et le Fatah n’en finissent plus d’appeler au calme. Sans succès. Ils sont pourtant condamnés à partager le pouvoir. Il n’y a pas d’alternative.
Dans les territoires sous autorité palestinienne, environ 700'000 personnes dépendent peu ou prou des salaires versés par le gouvernement: parmi les 170'000 fonctionnaires, 70'000 policiers et assimilés, 40'000 enseignants et près de 10'000 membres de services de santé se partagent le triste privilège d’être payés au… lance-pierre, quand les autorités le peuvent, quand Israël libère une partie des taxes qui reviennent de droit à la Palestine, quand l’aide étrangère, arabe, musulmane, européenne ou américaine, passe, au compte-goutte, de promesse à réalité, quand certaines banques internationales acceptent d’assurer les transferts. La pression ou l’étouffement économiques sont des armes efficaces. Ils rendent la Palestine ingérable donc, dans l’absolu, dans les faits et dans le quotidien, improbable. Ils créent aussi les conditions du pire. Le Hamas et le Fatah, forts de leur légitimités spécifiques, législative et activiste pour le premier, historique et institutionnelle pour le second, se disputent une vision de la Palestine plus encore que le pouvoir immédiat pour lequel ils sont condamnés à s’entendre au nom du réalisme le plus élémentaire. Le président Mahmoud Abbas et le Fatah défendent, en priorité, l’idée de la création d’un Etat palestinien, fruit de négociations territoriales et structurelles directes avec Israël, et soutenue par la communauté internationale. Le Hamas semble moins pressé de voir naître un Etat sur une portion congrue de la Palestine historique. La stratégie de l’organisation islamique serait intégrée à une géopolitique plus large, dont les enjeux engloberaient le sort du Liban et les positionnements de la Syrie et de l’Iran. Les analystes ne s’y trompent pas: l’ancien secrétaire d’Etat américain de George Bush père, James Baker, qui témoignait devant la commission des affaires étrangères du Sénat, mardi dernier, affirmait que si l’administration Bush (fils) dialoguait avec la Syrie, le Hamas pourrait reconnaître Israël et ainsi s’associer au Fatah dans le dialogue israélo-palestinien.
Cessez-le-feu multiples et inefficaces
Le Hamas veut occuper le terrain. A Gaza d’abord, qui est son bastion principal. En réduisant la présence militaire du Fatah dans les faubourgs de Gaza, le président Abbas affaiblirait son potentiel auprès de ses interlocuteurs. Au point d’ailleurs que les Américains envisagent sérieusement d’armer les troupes fidèles au Fatah, entre autres de véhicules blindés légers, au grand dam des militaires israéliens. Les combats de ces derniers jours, qui ont fait 34 morts (plus de soixante en deux mois), risquent de ne pas être les derniers. Les belligérants répondent toujours positivement aux efforts de pacification de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, mais personne n’accorde crédit aux appels de cessez-le-feu, qui n’ont que le mérite de durer un petit peu. Pourtant, la guerre civile n’est au programme ni à Gaza ni en Cisjordanie. Les combats restent circonscrits dans certains quartiers autour de la ville de Gaza. Les batailles de rue sont purement stratégiques. Cela n’empêche pas les Palestiniens de s’interroger. Leur vie quotidienne est plus compliquée que jamais, l’arrogance des Israéliens rend l’option des négociations défendue par Mahmoud Abbas peu attirante, les Américains les prennent pour des terroristes, les Européens ne sont pas à la hauteur.
Une solution islamique?
Il y a quelques mois, Ghassan Khatib, membre du Parti du peuple (ex-communiste) et ancien ministre, disait au Monde diplomatique: «Les gens à l’étranger ne comprennent pas combien est forte ici l’opposition aux Etats-Unis… Le Hamas sortira grandi pour avoir été puni par l’occident. Il gagnera en force et en légitimité, il sera le seul gagnant… Arafat a mis vingt ans pour faire des concessions et l’on ne donne aucun délai au Hamas.» Une opinion partagée par le pacifiste israélien Uri Avneri, qui explique à qui veut l’entendre que le Hamas dispose des moyens religieux pour parvenir à négocier avec Israël. L’islam autorise la hudna, une sorte de cessez-le-feu. Uri Avneri, qui fut le premier Israélien à rencontrer des dirigeants palestiniens, affirme que rien n’empêcherait de signer une hudna, un accord temporaire pour cent ou… cinq mille ans. Au Proche-Orient, même l’improbable est possible. Donc cette Palestine improbable est bien possible. Le tout, comme toujours, est de savoir à quel prix.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007

Israël:Un gouvernement de pieds nickelés joue à qui perd-gagne

Le moyen Orient serait menacé par des incompétents belliqueux. Le danger ne viendrait pas de l’Iran, mais du gouvernement israélien, qui perd le contrôle de la situation.

Mon premier et ses proches vont être soumis à des enquêtes criminelles pour délits financiers, corruption, copinage aggravé et sont déjà qualifiés par les médias de «suspects en série»; mon deuxième a découvert le principe de Peter [1] à la vitesse de la lumière et mon troisième, qui lui était lié, est un aviateur qui loupe son envol et quitte le… navire; un autre et ses amis profèrent des menaces racistes que la justice devra tôt ou tard évaluer; il y a aussi un représentant de la minorité ethnique dont la nomination est reportée parce que le précédent ne lui reconnaît pas de droits… Mon tout est le gouvernement israélien que les sondages situent en moyenne à moins de quinze pour cent de popularité un an après sa constitution.
Le chef du gouvernement, Ehud Olmert, est soupçonné d’inconduites financières et de favoritisme, sa directrice de cabinet est mouillée dans une affaire de fraude fiscale. Le dirigeant travailliste Amir Peretz est considéré par ses compatriotes comme une catastrophe ambulante à la tête du ministère de la Défense; il ne peut que constater la démission du chef d’Etat Major de l’armée, le général Halutz, dont la responsabilité dans l’échec du dernier conflit au Liban ne serait, selon certains, que le prélude à la déroute des politiques. D’autant qu’Amir Peretz a tenu à maintenir le parti travailliste dans la coalition gouvernementale malgré la nomination du fasciste Avidgor Liberman au poste de ministre des Dangers Stratégiques, perdant ainsi le soutien de toutes les tendances progressistes à l’intérieur et à l’extérieur de son parti. Pour se rattraper il a proposé un député arabe, Khaleb Majabdeleh au ministère de la Culture et des Sports ce qui permet à Liberman et une de ses groupies parlementaires, Esterina Tartman de déclarer que la nomination d’un ministre arabe, une première, «nuisait au caractère juif d’Israël… Il nous faut détruire ce défaut en nous-mêmes…Dieu nous viendra en aide». Même la droite nationaliste a trouvé que la députée de la majorité poussait le bouchon un peu loin…
Ce gouvernement israélien ressemble de plus en plus dramatiquement à une escouade de pieds nickelés chargée de transporter des tonnes de nitroglycérine à vélo sur un sol rocailleux. Il est, les événements le prouvent chaque jour, une menace pour la région. Il a fallu, la semaine dernière, que la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice intervienne énergiquement pour que les Israéliens acceptent enfin de reverser 100 millions de dollars de taxes retenues indûment afin que le Président palestinien Abbas puisse faire payer les salaires des employés des services publics touchés par l’embargo occidental décrété après la formation du gouvernement du Hamas…
Tout semble aléatoire dans la politique israélienne. Les exemples sont légions d’une stratégie plus perturbée que perturbante. Le gouvernement navigue à vue, au rythme des pressions judiciaires ou de la prochaine désignation du nouveau chef du parti travailliste par exemple. En politique étrangère, c’est le degré zéro de l’efficacité qui prévaut. Pourtant la cheffe de la diplomatie israélienne, Tzipi Livni serait la seule à conserver un tant soit peu de popularité. Des sources bien informées citées par le quotidien indépendant Haaretz impliquent la Suisse dans des négociations secrètes entre Israël et la Syrie. Les officiels des deux pays nient…plus ou moins. Il n’en demeure pas moins vrai que, mercredi dernier, le conseiller diplomatique d’Ehud Olmert rencontrait Nicolas Lang, le chef du Département Moyen Orient du ministère suisse des Affaires Etrangères… officiellement pour parler du cas d’un soldat israélien enlevé par des Palestiniens. C’est que les conseillers de Madame Livni ne semblent pas enchantés à l’idée de reconnaître du mérite à Micheline Calmy-Rey. Ils lui reprochent son… hostilité à l’égard d’Israël pour avoir favorisé la proposition de paix israélo-palestinienne de Genève.
Un gouvernement de pieds nickelés on vous dit…
Le Hezbollah crie victoire… jamais Israël n’a semblé si faible à ses adversaires. Si fragile qu’il en serait d’autant plus dangereux…

[1] «Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence.» Il est immédiatement suivi du «Corollaire de Peter»: «Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité.»
RonLinder
Gauchebdo, Suisse, Janvier 2007