George W. Bush réunit le 26 novembre, à Annapolis, près de Washington, les dirigeants israéliens, palestiniens et peut-être syriens pour tenter d’imposer la « pax americana » dont il rêve.
Il en parle généreusement, le président Bush, de cet Etat palestinien qu’il appelle désormais de ses vœux. Il en parle même presqu’au présent, puisqu’il espère contribuer à sa création avant la fin de son mandat, dans un an. La rencontre d’Annapolis inaugure cette dernière phase de l’agenda moyen oriental présidentiel dont l’Histoire ne retiendra que les choix dramatiques, les politiques belliqueuses, les stratégies aventuristes et les tentations arrogantes et guerrières. A moins qu’un semblant de solution dans l’emblématique conflit israélo-arabe ne lui sauve la mise et ne relativise injustement les drames irakiens ou afghans et la déstabilisation générale de toute une région de la Méditerranée au Pakistan.
« Cette occasion historique ne doit pas devenir un échec historique » prévenait en début de semaine à Ankara, le président israélien Shimon Peres ; le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, également présent dans la capitale turque, saluait : « une occasion exceptionnelle qui doit être saisie ». L’ambition de bien faire est affirmée. Elle l’était déjà, il y a sept ans, à Camp David, quand Yasser Arafat rencontra Ehud Barak, sous la houlette de Bill Clinton, pour constater que l’avenir d’une Palestine viable ne répondait pas aux critères militaro-sécuritaires israéliens. Et, sans douter de sa ténacité, force est de reconnaître que Mahmoud Abbas n’est pas de la même trempe que son prédécesseur, dont les Palestiniens célèbrent le troisième anniversaire de la mort.
Entre Camp David et Annapolis, le Hamas aura pris le contrôle de Gaza, le Fatah aura perdu sa majorité politique au profit des islamistes, l’Autorité Palestinienne affaiblie par la déstructuration de son administration, par la corruption, par l’étranglement économique et les actions militaires israéliens, se sera maintenue presqu’artificiellement. Dans l’ombre de la mémoire d’Arafat, en attendant des jours meilleurs. Bousculé par les intégristes religieux et l’extrême droite, le gouvernement israélien est dirigé par l’homme le plus impopulaire du pays, soupçonné de tous les maux, même par la justice. L’aventure militaire au Liban en 2006 a démontré son incompétence, l’armée doute de ses politiques et les politiques doutent désormais de leurs généraux.
Les hommes qui se rencontreront pour envisager la création d’un état palestinien sont faibles, prêts, on peut le craindre, à négocier, le dos au mur, pourvu que personne ne s’en retourne bredouille.
Cela explique sans doute les nouvelles exigences qui voient le jour à la veille de la conférence. Ehud Olmert veut que tout futur Etat palestinien « reconnaisse Israël comme l’Etat des juifs ». Il ne s’agirait donc pas de la reconnaissance d’un état par un autre. Cette revendication ethnico-religieuse, qui défie les lois et le fondement des relations internationales, pose très concrètement le problème essentiel du droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967, pierre d’achoppement de toute négociation entre les deux parties. Un dirigeant de l’OLP, Yasser Abed Rabbo s’essayait à l’humour pour réagir: « seul un parti sioniste considère Israël comme un état juif et nous ne demandons pas à être un membre du mouvement sioniste mondial ». Les Israéliens tentent d’imposer leur règle aux Palestiniens : « mon prix sera le tien ». Le Parlement israélien vient de passer, en première lecture, une loi prévoyant que les évolutions touchant le statut de Jérusalem nécessitent 80 voix de majorité au lieu de 61. En d’autres, termes, compte tenu du poids de la droite et des religieux, aucun règlement sur la redivision de Jérusalem en deux capitales n’est politiquement acceptable par la Knesset.
Les négociations préparatoires du sommet d’Annapolis sont dans l’impasse sur bien des points. Les Palestiniens sont condamnés à négocier où, quand et comment les Américains le souhaitent. En guise d’épée de Damoclès, la Syrie pourrait leur voler la vedette en trouvant un terrain d’entente avec les Israéliens pour le plus grand bonheur de Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat de George W.Bush. Les Israéliens ont très envie de négocier avec Damas. On parle déjà d’une conférence d’Annapolis II.
A Annopolis I, fin novembre, Les Palestiniens voudraient négocier un début de solution au problème des réfugiés palestiniens de 1948 et de 1967, un début de solution pour Jérusalem et sa redivision éventuelle et problématique, les frontières du futur Etat palestinien, et surtout la question de l’avenir des colonies juives dans les territoires occupés. « Ils voudraient », c’est un conditionnel. Leur réalisme et leur pragmatisme semblent insupportables aux champions de la « paix anti terroriste mondiale ».
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
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jeudi 15 novembre 2007
samedi 2 juin 2007
Procès kafkaïen à Beyrouth
Pacifier le Liban, relève d’un vœu pieux ou plus prosaïquement d’une improbabilité cyniquement exprimée.
Une résolution des Nations Unies a été votée établissant un " tribunal spécial mixte " pour juger les responsables de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri. Les autorités syriennes sont directement visées. Le chapitre VII de la charte de l’ONU sur lequel repose la constitution du tribunal spécial, autorise un recours à la force si, par exemple, la Syrie s’opposait au bon déroulement du procès. Les partis politiques libanais divisés sur les conditions du fonctionnement d’un tel tribunal, c’est l’ONU qui en a décrété la création.
Beaucoup de Libanais applaudissent à la décision du Conseil de Sécurité. Beaucoup d’autres s’inquiètent à l’idée que le pays soit à nouveau divisé.
Pendant ce temps, dans le nord du pays, un groupuscule armé, islamique, non palestinien, affronte l’armée libanaise dans un camp de réfugiés palestiniens, Nahr A-Bared… On compte les morts par dizaine et comble de l’absurdité, les réfugiés se réfugient par milliers dans un autre camp de réfugiés.
Le Liban peine à devenir ce que ses citoyens voudraient qu’il soit..
A moins de résoudre la question palestinienne dont le problème des réfugiés posé depuis 1948, le conflit intérieur entre le Hamas et le Fatah, l’œuvre destructrice des troupes israéliennes qui entraîne l’étranglement de l’économie et de l’administration, les camps de réfugiés au Liban ne se videront pas. Ils constitueront encore et toujours un Etat dans l’Etat. Un Etat misérable dans un Etat fragile.
A moins d’empêcher le gouvernement israélien d’intervenir sur le territoire libanais, le Hezbollah pèsera lourdement et légitimement sur la vie publique du pays, au nom de la résistance et dans un contexte d’alliance objective, idéologique et pratique avec l’Iran et la Syrie. Parce que sur la frontière israélo-libanaise s’affrontent des combattants mais aussi et surtout deux conceptions du monde. Les politiciens à Beyrouth n’ignorent pas que les cartes d’Etat major ne sont pas les mêmes à Damas. Un accord de paix entre Israël et la Syrie est la condition sine qua non pour que la géopolitique régionale rende le Liban moins stratégiquement attrayant.
Et si les Américains ne rendent pas l’Irak aux Irakiens, sans omettre les exigences des Kurdes dont l’autonomie sera contestée par la Turquie ou la Syrie, si les ambitions nucléaires iraniennes ne sont pas rencontrées pacifiquement, le Liban ne sortira pas de l’ornière..
Le tribunal spécial de l’ONU traitera-t-il de toutes ces péripéties pour évaluer les responsabilités lors du procès sur l’assassinat de Rafik Hariri ?
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007
Une résolution des Nations Unies a été votée établissant un " tribunal spécial mixte " pour juger les responsables de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri. Les autorités syriennes sont directement visées. Le chapitre VII de la charte de l’ONU sur lequel repose la constitution du tribunal spécial, autorise un recours à la force si, par exemple, la Syrie s’opposait au bon déroulement du procès. Les partis politiques libanais divisés sur les conditions du fonctionnement d’un tel tribunal, c’est l’ONU qui en a décrété la création.
Beaucoup de Libanais applaudissent à la décision du Conseil de Sécurité. Beaucoup d’autres s’inquiètent à l’idée que le pays soit à nouveau divisé.
Pendant ce temps, dans le nord du pays, un groupuscule armé, islamique, non palestinien, affronte l’armée libanaise dans un camp de réfugiés palestiniens, Nahr A-Bared… On compte les morts par dizaine et comble de l’absurdité, les réfugiés se réfugient par milliers dans un autre camp de réfugiés.
Le Liban peine à devenir ce que ses citoyens voudraient qu’il soit..
A moins de résoudre la question palestinienne dont le problème des réfugiés posé depuis 1948, le conflit intérieur entre le Hamas et le Fatah, l’œuvre destructrice des troupes israéliennes qui entraîne l’étranglement de l’économie et de l’administration, les camps de réfugiés au Liban ne se videront pas. Ils constitueront encore et toujours un Etat dans l’Etat. Un Etat misérable dans un Etat fragile.
A moins d’empêcher le gouvernement israélien d’intervenir sur le territoire libanais, le Hezbollah pèsera lourdement et légitimement sur la vie publique du pays, au nom de la résistance et dans un contexte d’alliance objective, idéologique et pratique avec l’Iran et la Syrie. Parce que sur la frontière israélo-libanaise s’affrontent des combattants mais aussi et surtout deux conceptions du monde. Les politiciens à Beyrouth n’ignorent pas que les cartes d’Etat major ne sont pas les mêmes à Damas. Un accord de paix entre Israël et la Syrie est la condition sine qua non pour que la géopolitique régionale rende le Liban moins stratégiquement attrayant.
Et si les Américains ne rendent pas l’Irak aux Irakiens, sans omettre les exigences des Kurdes dont l’autonomie sera contestée par la Turquie ou la Syrie, si les ambitions nucléaires iraniennes ne sont pas rencontrées pacifiquement, le Liban ne sortira pas de l’ornière..
Le tribunal spécial de l’ONU traitera-t-il de toutes ces péripéties pour évaluer les responsabilités lors du procès sur l’assassinat de Rafik Hariri ?
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007
lundi 19 février 2007
La Turquie ne va pas bien
En année électorale, le seul pays musulman laïc est tiraillé par ses extrêmes.
Le gouvernement d’Ankara annule une rencontre au plus haut niveau avec l’Union européenne. Parce qu’il n’est pas de bon ton de parler de l’Europe en année électorale. L’Europe n’est plus la priorité des Turcs. Lassés, frustrés, parfois humiliés par les interminables négociations pour l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, les Turcs ont tendance à considérer que point trop n’en faut, et qu’à force de se l’entendre dire, d’accord, la Turquie est asiatique… De cette Asie qui gagne.
Abdulah Gül, le ministre des Affaires étrangères, ne se précipite pas pour rencontrer ses interlocuteurs à Bruxelles. A l’instar du premier ministre Recep Tayyp Erdogan, il veut éviter d’être associé au thème impopulaire par excellence auprès de son électorat traditionnellement islamisant. Il ne souhaite sans doute pas non plus être la cible des médias occidentaux sur les questions qui fâchent: la liberté d’expression, la question du génocide arménien, la sécurité publique en Turquie.
L’assassinat du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, le 21 janvier, puis l’apparent exil du prix Nobel de littérature Ohran Pamuk, le 1er février, ne sont que les éléments visibles d’une situation plus que tendue qui touche les intellectuels progressistes ou laïcs depuis des années, sans que les autorités n’y trouvent la moindre parade. Et pour cause, affirment les observateurs, la police et d’autres institutions gouvernementales sont infiltrées par des éléments fascistes ou ultranationalistes. La photo diffusée par la presse, montrant le meurtrier de Hrant Dink arborant un drapeau turc dans le commissariat de police où il était détenu, n’a laissé personne indifférent.
Vague de désanchantement
Vue d’Europe, la Turquie ne va pas bien. Le seul pays musulman laïc n’éradique pas ses vieux démons. L’ultranationalisme, le fascisme des Loups gris sont renforcés par un intégrisme religieux très installé. Le journal Le Monde rapportait l’histoire de ce prédicateur dont la maison d’édition diffuse avec succès un «atlas de la création» dont la version française aurait été tirée à 10’000 exemplaires, qui prône, à l’instar des intégristes chrétiens, le créationnisme contre la théorie de l’évolution de Darwin. Une anecdote? Pas vraiment… La promotion du panturquisme, la nostalgie de l’Empire ottoman, le nationalisme, le rigorisme religieux, la condamnation du «génocide tchétchène», la négation du génocide arménien, les attaques contre les «Kurdes darwiniens»… font bon ménage. De nombreux Turcs trouvent dans ce fouillis d’idées plus ou moins développées mais toujours diffusées à grande échelle, matière à nourrir leurs désenchantements.
Un journaliste turc disait au lendemain du meurtre de Hrant Dink: «de deux choses l’une, le meurtrier est membre d’une organisation extrémiste… et nous pouvons espérer lutter contre un ennemi définissable; ou il est un jeune isolé, issu de la Turquie profonde. Dans ce cas, c’est nous-mêmes que nous devrions combattre.»
DRr
Gauchebdo, suisse, février 2007
Le gouvernement d’Ankara annule une rencontre au plus haut niveau avec l’Union européenne. Parce qu’il n’est pas de bon ton de parler de l’Europe en année électorale. L’Europe n’est plus la priorité des Turcs. Lassés, frustrés, parfois humiliés par les interminables négociations pour l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, les Turcs ont tendance à considérer que point trop n’en faut, et qu’à force de se l’entendre dire, d’accord, la Turquie est asiatique… De cette Asie qui gagne.
Abdulah Gül, le ministre des Affaires étrangères, ne se précipite pas pour rencontrer ses interlocuteurs à Bruxelles. A l’instar du premier ministre Recep Tayyp Erdogan, il veut éviter d’être associé au thème impopulaire par excellence auprès de son électorat traditionnellement islamisant. Il ne souhaite sans doute pas non plus être la cible des médias occidentaux sur les questions qui fâchent: la liberté d’expression, la question du génocide arménien, la sécurité publique en Turquie.
L’assassinat du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, le 21 janvier, puis l’apparent exil du prix Nobel de littérature Ohran Pamuk, le 1er février, ne sont que les éléments visibles d’une situation plus que tendue qui touche les intellectuels progressistes ou laïcs depuis des années, sans que les autorités n’y trouvent la moindre parade. Et pour cause, affirment les observateurs, la police et d’autres institutions gouvernementales sont infiltrées par des éléments fascistes ou ultranationalistes. La photo diffusée par la presse, montrant le meurtrier de Hrant Dink arborant un drapeau turc dans le commissariat de police où il était détenu, n’a laissé personne indifférent.
Vague de désanchantement
Vue d’Europe, la Turquie ne va pas bien. Le seul pays musulman laïc n’éradique pas ses vieux démons. L’ultranationalisme, le fascisme des Loups gris sont renforcés par un intégrisme religieux très installé. Le journal Le Monde rapportait l’histoire de ce prédicateur dont la maison d’édition diffuse avec succès un «atlas de la création» dont la version française aurait été tirée à 10’000 exemplaires, qui prône, à l’instar des intégristes chrétiens, le créationnisme contre la théorie de l’évolution de Darwin. Une anecdote? Pas vraiment… La promotion du panturquisme, la nostalgie de l’Empire ottoman, le nationalisme, le rigorisme religieux, la condamnation du «génocide tchétchène», la négation du génocide arménien, les attaques contre les «Kurdes darwiniens»… font bon ménage. De nombreux Turcs trouvent dans ce fouillis d’idées plus ou moins développées mais toujours diffusées à grande échelle, matière à nourrir leurs désenchantements.
Un journaliste turc disait au lendemain du meurtre de Hrant Dink: «de deux choses l’une, le meurtrier est membre d’une organisation extrémiste… et nous pouvons espérer lutter contre un ennemi définissable; ou il est un jeune isolé, issu de la Turquie profonde. Dans ce cas, c’est nous-mêmes que nous devrions combattre.»
DRr
Gauchebdo, suisse, février 2007
Palestine: à qui profite le crime?
Le Hamas et le Fatah n’en finissent plus d’appeler au calme. Sans succès. Ils sont pourtant condamnés à partager le pouvoir. Il n’y a pas d’alternative.
Dans les territoires sous autorité palestinienne, environ 700'000 personnes dépendent peu ou prou des salaires versés par le gouvernement: parmi les 170'000 fonctionnaires, 70'000 policiers et assimilés, 40'000 enseignants et près de 10'000 membres de services de santé se partagent le triste privilège d’être payés au… lance-pierre, quand les autorités le peuvent, quand Israël libère une partie des taxes qui reviennent de droit à la Palestine, quand l’aide étrangère, arabe, musulmane, européenne ou américaine, passe, au compte-goutte, de promesse à réalité, quand certaines banques internationales acceptent d’assurer les transferts. La pression ou l’étouffement économiques sont des armes efficaces. Ils rendent la Palestine ingérable donc, dans l’absolu, dans les faits et dans le quotidien, improbable. Ils créent aussi les conditions du pire. Le Hamas et le Fatah, forts de leur légitimités spécifiques, législative et activiste pour le premier, historique et institutionnelle pour le second, se disputent une vision de la Palestine plus encore que le pouvoir immédiat pour lequel ils sont condamnés à s’entendre au nom du réalisme le plus élémentaire. Le président Mahmoud Abbas et le Fatah défendent, en priorité, l’idée de la création d’un Etat palestinien, fruit de négociations territoriales et structurelles directes avec Israël, et soutenue par la communauté internationale. Le Hamas semble moins pressé de voir naître un Etat sur une portion congrue de la Palestine historique. La stratégie de l’organisation islamique serait intégrée à une géopolitique plus large, dont les enjeux engloberaient le sort du Liban et les positionnements de la Syrie et de l’Iran. Les analystes ne s’y trompent pas: l’ancien secrétaire d’Etat américain de George Bush père, James Baker, qui témoignait devant la commission des affaires étrangères du Sénat, mardi dernier, affirmait que si l’administration Bush (fils) dialoguait avec la Syrie, le Hamas pourrait reconnaître Israël et ainsi s’associer au Fatah dans le dialogue israélo-palestinien.
Cessez-le-feu multiples et inefficaces
Le Hamas veut occuper le terrain. A Gaza d’abord, qui est son bastion principal. En réduisant la présence militaire du Fatah dans les faubourgs de Gaza, le président Abbas affaiblirait son potentiel auprès de ses interlocuteurs. Au point d’ailleurs que les Américains envisagent sérieusement d’armer les troupes fidèles au Fatah, entre autres de véhicules blindés légers, au grand dam des militaires israéliens. Les combats de ces derniers jours, qui ont fait 34 morts (plus de soixante en deux mois), risquent de ne pas être les derniers. Les belligérants répondent toujours positivement aux efforts de pacification de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, mais personne n’accorde crédit aux appels de cessez-le-feu, qui n’ont que le mérite de durer un petit peu. Pourtant, la guerre civile n’est au programme ni à Gaza ni en Cisjordanie. Les combats restent circonscrits dans certains quartiers autour de la ville de Gaza. Les batailles de rue sont purement stratégiques. Cela n’empêche pas les Palestiniens de s’interroger. Leur vie quotidienne est plus compliquée que jamais, l’arrogance des Israéliens rend l’option des négociations défendue par Mahmoud Abbas peu attirante, les Américains les prennent pour des terroristes, les Européens ne sont pas à la hauteur.
Une solution islamique?
Il y a quelques mois, Ghassan Khatib, membre du Parti du peuple (ex-communiste) et ancien ministre, disait au Monde diplomatique: «Les gens à l’étranger ne comprennent pas combien est forte ici l’opposition aux Etats-Unis… Le Hamas sortira grandi pour avoir été puni par l’occident. Il gagnera en force et en légitimité, il sera le seul gagnant… Arafat a mis vingt ans pour faire des concessions et l’on ne donne aucun délai au Hamas.» Une opinion partagée par le pacifiste israélien Uri Avneri, qui explique à qui veut l’entendre que le Hamas dispose des moyens religieux pour parvenir à négocier avec Israël. L’islam autorise la hudna, une sorte de cessez-le-feu. Uri Avneri, qui fut le premier Israélien à rencontrer des dirigeants palestiniens, affirme que rien n’empêcherait de signer une hudna, un accord temporaire pour cent ou… cinq mille ans. Au Proche-Orient, même l’improbable est possible. Donc cette Palestine improbable est bien possible. Le tout, comme toujours, est de savoir à quel prix.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
Dans les territoires sous autorité palestinienne, environ 700'000 personnes dépendent peu ou prou des salaires versés par le gouvernement: parmi les 170'000 fonctionnaires, 70'000 policiers et assimilés, 40'000 enseignants et près de 10'000 membres de services de santé se partagent le triste privilège d’être payés au… lance-pierre, quand les autorités le peuvent, quand Israël libère une partie des taxes qui reviennent de droit à la Palestine, quand l’aide étrangère, arabe, musulmane, européenne ou américaine, passe, au compte-goutte, de promesse à réalité, quand certaines banques internationales acceptent d’assurer les transferts. La pression ou l’étouffement économiques sont des armes efficaces. Ils rendent la Palestine ingérable donc, dans l’absolu, dans les faits et dans le quotidien, improbable. Ils créent aussi les conditions du pire. Le Hamas et le Fatah, forts de leur légitimités spécifiques, législative et activiste pour le premier, historique et institutionnelle pour le second, se disputent une vision de la Palestine plus encore que le pouvoir immédiat pour lequel ils sont condamnés à s’entendre au nom du réalisme le plus élémentaire. Le président Mahmoud Abbas et le Fatah défendent, en priorité, l’idée de la création d’un Etat palestinien, fruit de négociations territoriales et structurelles directes avec Israël, et soutenue par la communauté internationale. Le Hamas semble moins pressé de voir naître un Etat sur une portion congrue de la Palestine historique. La stratégie de l’organisation islamique serait intégrée à une géopolitique plus large, dont les enjeux engloberaient le sort du Liban et les positionnements de la Syrie et de l’Iran. Les analystes ne s’y trompent pas: l’ancien secrétaire d’Etat américain de George Bush père, James Baker, qui témoignait devant la commission des affaires étrangères du Sénat, mardi dernier, affirmait que si l’administration Bush (fils) dialoguait avec la Syrie, le Hamas pourrait reconnaître Israël et ainsi s’associer au Fatah dans le dialogue israélo-palestinien.
Cessez-le-feu multiples et inefficaces
Le Hamas veut occuper le terrain. A Gaza d’abord, qui est son bastion principal. En réduisant la présence militaire du Fatah dans les faubourgs de Gaza, le président Abbas affaiblirait son potentiel auprès de ses interlocuteurs. Au point d’ailleurs que les Américains envisagent sérieusement d’armer les troupes fidèles au Fatah, entre autres de véhicules blindés légers, au grand dam des militaires israéliens. Les combats de ces derniers jours, qui ont fait 34 morts (plus de soixante en deux mois), risquent de ne pas être les derniers. Les belligérants répondent toujours positivement aux efforts de pacification de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, mais personne n’accorde crédit aux appels de cessez-le-feu, qui n’ont que le mérite de durer un petit peu. Pourtant, la guerre civile n’est au programme ni à Gaza ni en Cisjordanie. Les combats restent circonscrits dans certains quartiers autour de la ville de Gaza. Les batailles de rue sont purement stratégiques. Cela n’empêche pas les Palestiniens de s’interroger. Leur vie quotidienne est plus compliquée que jamais, l’arrogance des Israéliens rend l’option des négociations défendue par Mahmoud Abbas peu attirante, les Américains les prennent pour des terroristes, les Européens ne sont pas à la hauteur.
Une solution islamique?
Il y a quelques mois, Ghassan Khatib, membre du Parti du peuple (ex-communiste) et ancien ministre, disait au Monde diplomatique: «Les gens à l’étranger ne comprennent pas combien est forte ici l’opposition aux Etats-Unis… Le Hamas sortira grandi pour avoir été puni par l’occident. Il gagnera en force et en légitimité, il sera le seul gagnant… Arafat a mis vingt ans pour faire des concessions et l’on ne donne aucun délai au Hamas.» Une opinion partagée par le pacifiste israélien Uri Avneri, qui explique à qui veut l’entendre que le Hamas dispose des moyens religieux pour parvenir à négocier avec Israël. L’islam autorise la hudna, une sorte de cessez-le-feu. Uri Avneri, qui fut le premier Israélien à rencontrer des dirigeants palestiniens, affirme que rien n’empêcherait de signer une hudna, un accord temporaire pour cent ou… cinq mille ans. Au Proche-Orient, même l’improbable est possible. Donc cette Palestine improbable est bien possible. Le tout, comme toujours, est de savoir à quel prix.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
Israël:Un gouvernement de pieds nickelés joue à qui perd-gagne
Le moyen Orient serait menacé par des incompétents belliqueux. Le danger ne viendrait pas de l’Iran, mais du gouvernement israélien, qui perd le contrôle de la situation.
Mon premier et ses proches vont être soumis à des enquêtes criminelles pour délits financiers, corruption, copinage aggravé et sont déjà qualifiés par les médias de «suspects en série»; mon deuxième a découvert le principe de Peter [1] à la vitesse de la lumière et mon troisième, qui lui était lié, est un aviateur qui loupe son envol et quitte le… navire; un autre et ses amis profèrent des menaces racistes que la justice devra tôt ou tard évaluer; il y a aussi un représentant de la minorité ethnique dont la nomination est reportée parce que le précédent ne lui reconnaît pas de droits… Mon tout est le gouvernement israélien que les sondages situent en moyenne à moins de quinze pour cent de popularité un an après sa constitution.
Le chef du gouvernement, Ehud Olmert, est soupçonné d’inconduites financières et de favoritisme, sa directrice de cabinet est mouillée dans une affaire de fraude fiscale. Le dirigeant travailliste Amir Peretz est considéré par ses compatriotes comme une catastrophe ambulante à la tête du ministère de la Défense; il ne peut que constater la démission du chef d’Etat Major de l’armée, le général Halutz, dont la responsabilité dans l’échec du dernier conflit au Liban ne serait, selon certains, que le prélude à la déroute des politiques. D’autant qu’Amir Peretz a tenu à maintenir le parti travailliste dans la coalition gouvernementale malgré la nomination du fasciste Avidgor Liberman au poste de ministre des Dangers Stratégiques, perdant ainsi le soutien de toutes les tendances progressistes à l’intérieur et à l’extérieur de son parti. Pour se rattraper il a proposé un député arabe, Khaleb Majabdeleh au ministère de la Culture et des Sports ce qui permet à Liberman et une de ses groupies parlementaires, Esterina Tartman de déclarer que la nomination d’un ministre arabe, une première, «nuisait au caractère juif d’Israël… Il nous faut détruire ce défaut en nous-mêmes…Dieu nous viendra en aide». Même la droite nationaliste a trouvé que la députée de la majorité poussait le bouchon un peu loin…
Ce gouvernement israélien ressemble de plus en plus dramatiquement à une escouade de pieds nickelés chargée de transporter des tonnes de nitroglycérine à vélo sur un sol rocailleux. Il est, les événements le prouvent chaque jour, une menace pour la région. Il a fallu, la semaine dernière, que la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice intervienne énergiquement pour que les Israéliens acceptent enfin de reverser 100 millions de dollars de taxes retenues indûment afin que le Président palestinien Abbas puisse faire payer les salaires des employés des services publics touchés par l’embargo occidental décrété après la formation du gouvernement du Hamas…
Tout semble aléatoire dans la politique israélienne. Les exemples sont légions d’une stratégie plus perturbée que perturbante. Le gouvernement navigue à vue, au rythme des pressions judiciaires ou de la prochaine désignation du nouveau chef du parti travailliste par exemple. En politique étrangère, c’est le degré zéro de l’efficacité qui prévaut. Pourtant la cheffe de la diplomatie israélienne, Tzipi Livni serait la seule à conserver un tant soit peu de popularité. Des sources bien informées citées par le quotidien indépendant Haaretz impliquent la Suisse dans des négociations secrètes entre Israël et la Syrie. Les officiels des deux pays nient…plus ou moins. Il n’en demeure pas moins vrai que, mercredi dernier, le conseiller diplomatique d’Ehud Olmert rencontrait Nicolas Lang, le chef du Département Moyen Orient du ministère suisse des Affaires Etrangères… officiellement pour parler du cas d’un soldat israélien enlevé par des Palestiniens. C’est que les conseillers de Madame Livni ne semblent pas enchantés à l’idée de reconnaître du mérite à Micheline Calmy-Rey. Ils lui reprochent son… hostilité à l’égard d’Israël pour avoir favorisé la proposition de paix israélo-palestinienne de Genève.
Un gouvernement de pieds nickelés on vous dit…
Le Hezbollah crie victoire… jamais Israël n’a semblé si faible à ses adversaires. Si fragile qu’il en serait d’autant plus dangereux…
[1] «Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence.» Il est immédiatement suivi du «Corollaire de Peter»: «Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité.»
RonLinder
Gauchebdo, Suisse, Janvier 2007
Mon premier et ses proches vont être soumis à des enquêtes criminelles pour délits financiers, corruption, copinage aggravé et sont déjà qualifiés par les médias de «suspects en série»; mon deuxième a découvert le principe de Peter [1] à la vitesse de la lumière et mon troisième, qui lui était lié, est un aviateur qui loupe son envol et quitte le… navire; un autre et ses amis profèrent des menaces racistes que la justice devra tôt ou tard évaluer; il y a aussi un représentant de la minorité ethnique dont la nomination est reportée parce que le précédent ne lui reconnaît pas de droits… Mon tout est le gouvernement israélien que les sondages situent en moyenne à moins de quinze pour cent de popularité un an après sa constitution.
Le chef du gouvernement, Ehud Olmert, est soupçonné d’inconduites financières et de favoritisme, sa directrice de cabinet est mouillée dans une affaire de fraude fiscale. Le dirigeant travailliste Amir Peretz est considéré par ses compatriotes comme une catastrophe ambulante à la tête du ministère de la Défense; il ne peut que constater la démission du chef d’Etat Major de l’armée, le général Halutz, dont la responsabilité dans l’échec du dernier conflit au Liban ne serait, selon certains, que le prélude à la déroute des politiques. D’autant qu’Amir Peretz a tenu à maintenir le parti travailliste dans la coalition gouvernementale malgré la nomination du fasciste Avidgor Liberman au poste de ministre des Dangers Stratégiques, perdant ainsi le soutien de toutes les tendances progressistes à l’intérieur et à l’extérieur de son parti. Pour se rattraper il a proposé un député arabe, Khaleb Majabdeleh au ministère de la Culture et des Sports ce qui permet à Liberman et une de ses groupies parlementaires, Esterina Tartman de déclarer que la nomination d’un ministre arabe, une première, «nuisait au caractère juif d’Israël… Il nous faut détruire ce défaut en nous-mêmes…Dieu nous viendra en aide». Même la droite nationaliste a trouvé que la députée de la majorité poussait le bouchon un peu loin…
Ce gouvernement israélien ressemble de plus en plus dramatiquement à une escouade de pieds nickelés chargée de transporter des tonnes de nitroglycérine à vélo sur un sol rocailleux. Il est, les événements le prouvent chaque jour, une menace pour la région. Il a fallu, la semaine dernière, que la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice intervienne énergiquement pour que les Israéliens acceptent enfin de reverser 100 millions de dollars de taxes retenues indûment afin que le Président palestinien Abbas puisse faire payer les salaires des employés des services publics touchés par l’embargo occidental décrété après la formation du gouvernement du Hamas…
Tout semble aléatoire dans la politique israélienne. Les exemples sont légions d’une stratégie plus perturbée que perturbante. Le gouvernement navigue à vue, au rythme des pressions judiciaires ou de la prochaine désignation du nouveau chef du parti travailliste par exemple. En politique étrangère, c’est le degré zéro de l’efficacité qui prévaut. Pourtant la cheffe de la diplomatie israélienne, Tzipi Livni serait la seule à conserver un tant soit peu de popularité. Des sources bien informées citées par le quotidien indépendant Haaretz impliquent la Suisse dans des négociations secrètes entre Israël et la Syrie. Les officiels des deux pays nient…plus ou moins. Il n’en demeure pas moins vrai que, mercredi dernier, le conseiller diplomatique d’Ehud Olmert rencontrait Nicolas Lang, le chef du Département Moyen Orient du ministère suisse des Affaires Etrangères… officiellement pour parler du cas d’un soldat israélien enlevé par des Palestiniens. C’est que les conseillers de Madame Livni ne semblent pas enchantés à l’idée de reconnaître du mérite à Micheline Calmy-Rey. Ils lui reprochent son… hostilité à l’égard d’Israël pour avoir favorisé la proposition de paix israélo-palestinienne de Genève.
Un gouvernement de pieds nickelés on vous dit…
Le Hezbollah crie victoire… jamais Israël n’a semblé si faible à ses adversaires. Si fragile qu’il en serait d’autant plus dangereux…
[1] «Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence.» Il est immédiatement suivi du «Corollaire de Peter»: «Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité.»
RonLinder
Gauchebdo, Suisse, Janvier 2007
dimanche 18 février 2007
Téhéran joue l’Islam contre le Monde
Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad est infréquentable. Aux oreilles de la plupart des Occidentaux, mais aussi de certains dirigeants arabes, africains ou asiatiques son discours est belliqueux, antisémite, arrogant et annonciateur de lendemains qui déchantent pour le Moyen Orient ou le Monde. L’anti-américanisme est une tradition en Iran depuis 1979, une sorte de fond de commerce à destination de la population frustrée de progrès socio-économiques maintes fois annoncés et promis depuis l’avènement de la République Islamique, mais Ahmadinejad est le héraut d’un Iran vindicatif et menaçant près à en découdre, directement ou non, avec le champion non moins belliqueux d’un Occident soucieux de préserver ses prés carrés, le Président étasunien George W. Bush. Avec cette dangereuse particularité : les deux hommes s’affrontent au nom de convictions philosophiques et religieuses qui font de l’ombre aux arguments stratégiques, politiques, économiques généralement suffisants pour prévoir ou expliquer les tensions et les conflits. Le physicien et activiste belge Jean Bricmont rappelait dans le « Monde Diplomatique » d’août 2006 que la philosophie « scientifique » ou « matérialiste » qui avait contribué à équilibrer les rapports de force jusqu’à la chute de l’Union Soviétique avait disparu au profit d’une « attitude religieuse » qui consiste « dans le discours de George W.Bush, à voir le Mal et le Bien existant « en soi », c'est-à-dire indépendamment des circonstances historiques données. Les « méchants » sont des diables qui sortent d’une boîte, des effets sans cause. Pour combattre le Mal, une seule solution : mobiliser le Bien, l’armer, le sortir de sa léthargie, le lancer à l’assaut. C’est la philosophie de la bonne conscience perpétuelle et de la guerre sans fin ».
Mahmoud Ahmadinejad ne serait-il que le pendant oriental de George Bush ?
Il prétend à une reconnaissance internationale, une juste place pour son pays, puissance régionale et énergétique, dans le concert des nations. Surtout, il revendique sans ambiguïté la primauté politique de l’Iran dans le monde arabo musulman. Il affirme la victoire d’une idéologie panislamique. Ahmadinejad n’est pas à son poste par hasard. Ses attaques contre Israël, ses délires négationnistes –d’ailleurs repris par ses meilleurs collaborateurs- servent à appâter la « masse » arabe délaissée ou abandonnée par ses dirigeants. La cause palestinienne est, à défaut de tout autre thème, le dénominateur commun des Arabes et des Musulmans. Le nationalisme arabe a échoué, ce serait au tour de l’Iran, un pays non arabe, de proposer un « monde commun » face à l’agression de l’Occident. Quoi de plus légitime alors que de confirmer ce « leadership » en développant un potentiel nucléaire ? Le Pakistan voisin, l’ennemi israélien, les Russes disposent d’un arsenal nucléaire, l’Irak et l’Afghanistan ne se remettent pas des interventions américaines. L’Iran doit, dans l’esprit et la pensée des Mollahs tenir son rang. C’est une question de survie pour le régime, pour son ambition de peser, un jour, du poids de tout l’Islam face au reste du Monde. Pour que le monde sunnite, majoritaire dans l’Islam, se tourne vers Téhéran… Ce n’est pas un délire mégalomaniaque. Les conditions sont potentiellement réunies. Le moment est propice : à Washington, « l’homme le plus puissant du monde » n’est pas un négociateur.
Rien ne va en Iran, le chômage est endémique, les libertés individuelles sont plus que limitées, la liberté de la presse réduite, les droits de la femmes sujets à un droit coranique très conservateur… Le président Ahmadinejad s’était fait élire en promettant « de faire revenir l’argent du pétrole sur la table de tous les Iraniens ». Il ne tiendra pas parole. Pas plus qu’il ne serait, selon les experts, en mesure de tenter de détruire ou même d’ébranler Israël à court ou moyen terme. Les opposants iraniens en exil crient au loup, ils estiment que les Occidentaux ne prennent pas la mesure du danger que la république islamique fait peser. Ils se veulent alarmistes comme le sont les néoconservateurs américains ou quelques intellectuels européens. D’autres sont alarmés, parce qu’informés des ambitions du régime de Téhéran, mais regardent vers Washington et espèrent que le successeur de George Bush sera, comme l’était Bill Clinton, un négociateur.
L’Iran n’a pas peur. L’Iran fait peur. Mahmoud Ahmadinejad se satisfait déjà de ce résultat.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, novembre 2006
Mahmoud Ahmadinejad ne serait-il que le pendant oriental de George Bush ?
Il prétend à une reconnaissance internationale, une juste place pour son pays, puissance régionale et énergétique, dans le concert des nations. Surtout, il revendique sans ambiguïté la primauté politique de l’Iran dans le monde arabo musulman. Il affirme la victoire d’une idéologie panislamique. Ahmadinejad n’est pas à son poste par hasard. Ses attaques contre Israël, ses délires négationnistes –d’ailleurs repris par ses meilleurs collaborateurs- servent à appâter la « masse » arabe délaissée ou abandonnée par ses dirigeants. La cause palestinienne est, à défaut de tout autre thème, le dénominateur commun des Arabes et des Musulmans. Le nationalisme arabe a échoué, ce serait au tour de l’Iran, un pays non arabe, de proposer un « monde commun » face à l’agression de l’Occident. Quoi de plus légitime alors que de confirmer ce « leadership » en développant un potentiel nucléaire ? Le Pakistan voisin, l’ennemi israélien, les Russes disposent d’un arsenal nucléaire, l’Irak et l’Afghanistan ne se remettent pas des interventions américaines. L’Iran doit, dans l’esprit et la pensée des Mollahs tenir son rang. C’est une question de survie pour le régime, pour son ambition de peser, un jour, du poids de tout l’Islam face au reste du Monde. Pour que le monde sunnite, majoritaire dans l’Islam, se tourne vers Téhéran… Ce n’est pas un délire mégalomaniaque. Les conditions sont potentiellement réunies. Le moment est propice : à Washington, « l’homme le plus puissant du monde » n’est pas un négociateur.
Rien ne va en Iran, le chômage est endémique, les libertés individuelles sont plus que limitées, la liberté de la presse réduite, les droits de la femmes sujets à un droit coranique très conservateur… Le président Ahmadinejad s’était fait élire en promettant « de faire revenir l’argent du pétrole sur la table de tous les Iraniens ». Il ne tiendra pas parole. Pas plus qu’il ne serait, selon les experts, en mesure de tenter de détruire ou même d’ébranler Israël à court ou moyen terme. Les opposants iraniens en exil crient au loup, ils estiment que les Occidentaux ne prennent pas la mesure du danger que la république islamique fait peser. Ils se veulent alarmistes comme le sont les néoconservateurs américains ou quelques intellectuels européens. D’autres sont alarmés, parce qu’informés des ambitions du régime de Téhéran, mais regardent vers Washington et espèrent que le successeur de George Bush sera, comme l’était Bill Clinton, un négociateur.
L’Iran n’a pas peur. L’Iran fait peur. Mahmoud Ahmadinejad se satisfait déjà de ce résultat.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, novembre 2006
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