Vous lui voulez quoi à Nicolas Sarkozy, le nouveau président de la République française ? Il a dit : " je suis de droite… j’ai des tas d’amis parmi les riches, les chanteurs populaires, les patrons, les célébrités de la télé…Je suis aimé par Johnny Haliday et même par Mireille Mathieu… Si Mireille m’aime, la France m’aime… donc je suis élu. J’ai gagné. Merci. Merci à tous, merci à mon parolier qui m’a fait dire que j’étais à ma place à l’usine pendant que d’autres se pavanaient dans les grands hôtels, que la France était grande et belle, que je m’occuperai de tout et que tout ira mieux… Merci aux électeurs qui ont cru ce que je disais…. ". Et puis, sans surprise, le futur nouveau président de la république fait ce qu’il dit. Il dit merci à ses potes, il accepte une invitation du propriétaire du Fouquet’s par exemple, un grand casinotier qui espère une loi pour autoriser les jeux d’argent sur Internet depuis la France, et se concentre sur sa mission, à l’invitation de la famille Boloré, des amis milliardaires de toujours, sur un yacht de luxe. Il a le sens de l’amitié Nicolas S. Un peu comme Georges Pompidou, un homme très cultivé, lui aussi président d’une République des Copains au début des années septante… C’était Alain Delon, le copain en chef de Pompidou. Mais Sarkozy c’est l’homme de l’avenir. Les riches en sont persuadés. Johnny déserte Gstaadt. Sarkozy rend déjà service à Blocher en rapatriant un étranger. Il y en a pour cinq ans… Cinq ans qui feront à n’en pas douter la fortune des médias satyriques, des chansonniers et peut être le malheur de millions de français qui n’auront pas compris le sens de " travailler plus pour gagner plus ".
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007
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samedi 2 juin 2007
vendredi 4 mai 2007
France: présidentielles: ce ne sera pas maillot jaune et jaune maillot
Personne n’a pensé à organiser un contrôle anti dopage au soir du face à face entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ? On aurait peut-être du y penser : depuis quelques jours le champion de la droite fait allusion au Tour de France, à la difficulté des étapes de montagne et aux victoires nécessaires en plaine. Il ne dit jamais rien par hasard Sarko… Mercredi soir, sur le plateau de Cognac Jay, Ségo fut vive et même efficace pour river son clou à son adversaire. Elle fut fâchée, en colère, sereine, décidée, précise, outrée, sûre d’elle. Elle fut même de gauche avec ses projets de protection sociale, de soutien au premier emploi, au service public, à l’enseignement, dans les domaines économiques. Elle démontra à quel point, la France de Sarkozy n’était pas la France qu’elle espérait. Il n’y a pas de confusion possible.
Lui, avec ses points d’avance dans les sondages, sa large victoire personnelle au premier tour, et une droite électoralement largement majoritaire dans le pays, avait choisi de rester " le nez dans le guidon ". Calme au point d’intriguer les meilleurs connaisseurs de sa personne, il s’est voulu zen, raisonnable, serein, tranquille, donneur de leçon (parce que même sous antidépresseurs ou après un cours de self contrôle on ne se refait pas). Curieusement, il ne fut pas précis, comme si entrer dans les détails et gérer ses angoisses n’allaient pas de paire. Par contre, pour ceux qui viennent de passer quelques années sur mars, cet homme est bien de droite, avec sa vision rigoriste de l’éducation, un sens… obtus de la répression, des certitudes inébranlables quant aux bienfaits du capitalisme.
Pour le reste, rien. On a rien appris de plus. Au cours d’une longue campagne, les candidats ont tout dit. Tout promis. Hier, vingt millions de Français cherchaient la faille de l’un ou de l’autre.
Lui, avec ses points d’avance dans les sondages, sa large victoire personnelle au premier tour, et une droite électoralement largement majoritaire dans le pays, avait choisi de rester " le nez dans le guidon ". Calme au point d’intriguer les meilleurs connaisseurs de sa personne, il s’est voulu zen, raisonnable, serein, tranquille, donneur de leçon (parce que même sous antidépresseurs ou après un cours de self contrôle on ne se refait pas). Curieusement, il ne fut pas précis, comme si entrer dans les détails et gérer ses angoisses n’allaient pas de paire. Par contre, pour ceux qui viennent de passer quelques années sur mars, cet homme est bien de droite, avec sa vision rigoriste de l’éducation, un sens… obtus de la répression, des certitudes inébranlables quant aux bienfaits du capitalisme.
Pour le reste, rien. On a rien appris de plus. Au cours d’une longue campagne, les candidats ont tout dit. Tout promis. Hier, vingt millions de Français cherchaient la faille de l’un ou de l’autre.
samedi 21 avril 2007
France : Malika Zediri (PCF): " les gens nous reprochent la désunion de la gauche antilibérale "
Rebelle et loyale, Malika Zediri, conseillère régionale communiste d’Ile de France, a parrainé la candidature de José Bové et fait campagne pour Marie Georges Buffet pour les présidentielles. L’élue, qui avait souhaité une candidature unique de la gauche de la gauche, prévoit des lendemains qui déchantent pour les forces progressistes dont les opinions ne sont, dit-elle, plus comprises ou plus entendues dans les Cités de la région parisienne, sa " terre d’élection " : " les électeurs potentiels existent en nombre dans les Cités. De là à dire que les gens, et particulièrement les jeunes, vont voter, il y a de la marge. Et ceux qui voteront le feront dans tous les sens. La Cité est un morceau de France. Toutes les opinions s’y côtoient. Même les pires. La gauche n’y est pas en terrain conquis, contrairement à ce que beaucoup pensent. L’autre jour, sur la " dalle " de Choisy, les jeunes envisageaient l’ensemble de l’offre, de " pas voter " à Sarkozy en passant par le vote blanc. Dans le métro, un " black " me disait qu’il avait toujours voté à gauche mais que cette fois il n’était pas certain de son choix. Reste que la crainte de voir réapparaître Le Pen au second tour fait de l’effet : beaucoup voteront Ségolène Royal. Quand à la gauche de la gauche, même dans les municipalités où le PCF reste influent, elle n’est… " nulle part ". Le changement tel que nous le préconisons n’est pas en débat. Les médias jouent un rôle redoutable dans l’esprit de décision des électeurs, j’ai rarement vu ça. Les jeunes voteront pour les " vainqueurs " annoncés par les sondages. C’est sans doute absurde mais pas illogique dans leur conception du quotidien. Marie Georges Buffet avec ses deux pour cents annoncés est une " looser ". Les nouveaux électeurs veulent contribuer à une bataille de vainqueurs, au combat Sarko-Royal, ils veulent jouer à se faire peur avec la perspective d’un duel Sarko-Le Pen, ils veulent avoir de l’importance, que leur vote soit nécessaire… Ils se disent, comme tant d’autres en France, " essayons Bayrou, essayons le centre ".
Mener campagne sur le terrain semble dès lors compliqué pour les militants communistes et des autres organisations progressistes : " en dehors des grands meetings dans les grandes villes, il n’y a plus de gros rassemblements populaires, l’ambiance n’est pas gaie, il n’y a pas de débat sur le fond. Comme si l’électorat de gauche était… en panne. Les propositions de Marie Georges Buffet, le changement réel et efficace qu’elle préconise, ne trouvent pas " preneur " sur le terrain. Pas parce qu’elle ne défend pas les bonnes idées. Mais parce qu’elle ne fait pas rêver. Voilà le problème, nous ne faisons plus rêver. Tous les jours, je pratique la même approche auprès des gens : je prône en priorité l’opposition à Sarkozy et le Pen, ensuite, et ensuite seulement, je fais valoir le vote à gauche. Et je me retrouve presque toujours devant la même réaction : " vous êtes pitoyables avec vos divisions. On aurait soutenu un candidat unique de la gauche de la gauche. Ils se présentent à quatre, c’est minable. " Tout est dit… on roule contre la droite plus que pour notre candidate. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’être absents. L’avenir, les législatives, s’annoncent dramatiques, je le crains, pour le parti communiste. Nous devons nous attendre au pire. Et le pire sera que le Parti socialiste considère d’autres alliances, moins à gauche. Or le PCF ne tient que par ses onze mille élus, plus par ses structures militantes. Nous sommes malades de l’intérieur et nous n’avons pas réussi à nous unir avec les autres antilibéraux pour une échéance aussi symbolique que l’élection présidentielle, même si j’estime que c’est la LCR de Besancenot qui est responsable de l’échec d’une alliance de gauche. Les gens nous reprochent notre faiblesse..
Malika Zediri ne cache pas ses sympathies pour l’unité antilibérale, mais ne le souhaite pas désorganisée. Elle s’inquiète des velléités des amis de José Bové et des organisations trotskystes de présenter " par principe " des listes dans de nombreuses circonscriptions aux les élections législatives. Cela… confirmerait la marginalisation de la gauche combative et affaiblirait encore le parti communiste : " Personne n’est dupe, le PCF est à la merci du PS… qui sera peut être tenté par des alliances plus ou moins concrètes avec le centre. C’est la fin d’une époque. Si aux yeux des électeurs, le PCF est inclus dans " l’extrême gauche ", il perdra sa spécificité. Paradoxalement, je crois que des candidatures antilibérales unitaires pèseront sur le PS et lui éviteront de se " droitiser ". Cela évitera aussi la marginalisation du parti. Sinon les scores obtenus limiteront sensiblement notre influence pour les seconds tours. Nous sommes à un tournant de l’histoire du parti communiste en France. Ce n’est pas le score de Marie Georges Buffet qui est en question, c’est notre capacité de jouer un rôle efficace et influent dans la construction de la gauche de demain. "
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007
Mener campagne sur le terrain semble dès lors compliqué pour les militants communistes et des autres organisations progressistes : " en dehors des grands meetings dans les grandes villes, il n’y a plus de gros rassemblements populaires, l’ambiance n’est pas gaie, il n’y a pas de débat sur le fond. Comme si l’électorat de gauche était… en panne. Les propositions de Marie Georges Buffet, le changement réel et efficace qu’elle préconise, ne trouvent pas " preneur " sur le terrain. Pas parce qu’elle ne défend pas les bonnes idées. Mais parce qu’elle ne fait pas rêver. Voilà le problème, nous ne faisons plus rêver. Tous les jours, je pratique la même approche auprès des gens : je prône en priorité l’opposition à Sarkozy et le Pen, ensuite, et ensuite seulement, je fais valoir le vote à gauche. Et je me retrouve presque toujours devant la même réaction : " vous êtes pitoyables avec vos divisions. On aurait soutenu un candidat unique de la gauche de la gauche. Ils se présentent à quatre, c’est minable. " Tout est dit… on roule contre la droite plus que pour notre candidate. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’être absents. L’avenir, les législatives, s’annoncent dramatiques, je le crains, pour le parti communiste. Nous devons nous attendre au pire. Et le pire sera que le Parti socialiste considère d’autres alliances, moins à gauche. Or le PCF ne tient que par ses onze mille élus, plus par ses structures militantes. Nous sommes malades de l’intérieur et nous n’avons pas réussi à nous unir avec les autres antilibéraux pour une échéance aussi symbolique que l’élection présidentielle, même si j’estime que c’est la LCR de Besancenot qui est responsable de l’échec d’une alliance de gauche. Les gens nous reprochent notre faiblesse..
Malika Zediri ne cache pas ses sympathies pour l’unité antilibérale, mais ne le souhaite pas désorganisée. Elle s’inquiète des velléités des amis de José Bové et des organisations trotskystes de présenter " par principe " des listes dans de nombreuses circonscriptions aux les élections législatives. Cela… confirmerait la marginalisation de la gauche combative et affaiblirait encore le parti communiste : " Personne n’est dupe, le PCF est à la merci du PS… qui sera peut être tenté par des alliances plus ou moins concrètes avec le centre. C’est la fin d’une époque. Si aux yeux des électeurs, le PCF est inclus dans " l’extrême gauche ", il perdra sa spécificité. Paradoxalement, je crois que des candidatures antilibérales unitaires pèseront sur le PS et lui éviteront de se " droitiser ". Cela évitera aussi la marginalisation du parti. Sinon les scores obtenus limiteront sensiblement notre influence pour les seconds tours. Nous sommes à un tournant de l’histoire du parti communiste en France. Ce n’est pas le score de Marie Georges Buffet qui est en question, c’est notre capacité de jouer un rôle efficace et influent dans la construction de la gauche de demain. "
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007
France: l’Ecolo gît
José Bové est un candidat écologiste caché sous les oripeaux d’une gauche combative en détresse. Il dispute à Dominique Voynet, la candidate estampillée de l’écologie politique, les idées les plus performantes sur les énergies renouvelables, le nucléaire, l’agriculture, la biodiversité… Et dans l’ombre, à l’affût en quelque sorte, apparaît le représentant de la ruralité batailleuse, Frédéric Nihous. Ils ont en commun cette particularité : leur thème de prédilection est à peine à l’ordre du jour de la campagne présidentielle. Comme si le coup médiatique de Nicolas Hulot obtenant la signature des principaux candidats au bas de son Pacte écologique avait réduit les revendications environnementales à rien ou presque.
Quoi qu’il en soit, la déprime est totale chez les trois amoureux officiels de la nature.
Dominique Voynet ne sait d’ailleurs plus sur quel air rappeler les dangers d’un oubli des grands dossiers de l’écologie. Sa campagne est littéralement sous l’éteignoir et comme tous, à gauche, elle subit les affres du vote utile en faveur de Ségolène Royal.
José Bové est moins concerné par son score électoral. Il s’est positionné dans le camp antilibéral avec un programme surréaliste mais indubitablement écologique. En l’occurrence il entend faire valoir quelques prétentions pour présenter des listes aux élections législatives qui suivront les présidentielles. En fait, la candidature de José Bové pourrait être la dernière en date des candidatures anticommunistes de l’Histoire, tant il est évident qu’elle est à la fois inutile, inefficace, démagogique et ouvertement hostile à celle de Marie Georges Buffet. Dans la foulée, Bové a entraîné une flopée de militants et d’élus communistes persuadés que l’union de la gauche combative méritait un coup de force ou une fracture avec le PCF. C’est le cas à Marseille où les élus communistes qui lui sont favorables l’ont entraîné dans une cité populaire pour participer à un " aïioli citoyen " et boire du " Che Cola ", un cola sans OGM.
Bové se marque à gauche de la gauche de la gauche, dans cet espace qui se réclame des grandes figures populaires et des bons sentiments " droitdelhommistes " sans complexe. Il tient un discours pour le changement immédiat, velléitaire autour de phrases clés, " le droit à la dignité ", " le changement est possible tout de suite ". Ca mange pas de pain. C’est sans doute là le problème.
Quant à Frédéric Nihous, il poursuit sa course en solitaire avec, comme seule préoccupation, de faire mieux que Dominique Voynet. Il est visiblement dans son monde à lui revendiquant une autre Europe plus proche des chasseurs, plus ouverte aux problèmes des pêcheurs, moins européenne en fait pour permettre, dans chaque pays, le maintien des us, coutumes et traditions. Cela peut sembler curieux comme programme. Mais ce n’est fondamentalement pas très éloigné des programmes de certains eurosceptiques suisses.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Avril 2007
Quoi qu’il en soit, la déprime est totale chez les trois amoureux officiels de la nature.
Dominique Voynet ne sait d’ailleurs plus sur quel air rappeler les dangers d’un oubli des grands dossiers de l’écologie. Sa campagne est littéralement sous l’éteignoir et comme tous, à gauche, elle subit les affres du vote utile en faveur de Ségolène Royal.
José Bové est moins concerné par son score électoral. Il s’est positionné dans le camp antilibéral avec un programme surréaliste mais indubitablement écologique. En l’occurrence il entend faire valoir quelques prétentions pour présenter des listes aux élections législatives qui suivront les présidentielles. En fait, la candidature de José Bové pourrait être la dernière en date des candidatures anticommunistes de l’Histoire, tant il est évident qu’elle est à la fois inutile, inefficace, démagogique et ouvertement hostile à celle de Marie Georges Buffet. Dans la foulée, Bové a entraîné une flopée de militants et d’élus communistes persuadés que l’union de la gauche combative méritait un coup de force ou une fracture avec le PCF. C’est le cas à Marseille où les élus communistes qui lui sont favorables l’ont entraîné dans une cité populaire pour participer à un " aïioli citoyen " et boire du " Che Cola ", un cola sans OGM.
Bové se marque à gauche de la gauche de la gauche, dans cet espace qui se réclame des grandes figures populaires et des bons sentiments " droitdelhommistes " sans complexe. Il tient un discours pour le changement immédiat, velléitaire autour de phrases clés, " le droit à la dignité ", " le changement est possible tout de suite ". Ca mange pas de pain. C’est sans doute là le problème.
Quant à Frédéric Nihous, il poursuit sa course en solitaire avec, comme seule préoccupation, de faire mieux que Dominique Voynet. Il est visiblement dans son monde à lui revendiquant une autre Europe plus proche des chasseurs, plus ouverte aux problèmes des pêcheurs, moins européenne en fait pour permettre, dans chaque pays, le maintien des us, coutumes et traditions. Cela peut sembler curieux comme programme. Mais ce n’est fondamentalement pas très éloigné des programmes de certains eurosceptiques suisses.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Avril 2007
samedi 14 avril 2007
France: La trinité trotskiste en campagne
Le jour viendra peut-être, en France comme ailleurs, où les communistes de toutes obédiences trouveront le chemin d’une conciliation ou d’une réconciliation. Il faudra espérer alors que leurs alliances ne réunissent pas des organisations et des partis fantomatiques ou exsangues, des militants fatigués par les luttes intestines et les évaluations catastrophiques des réalités marxistes du terrain. En attendant, quatre des douze candidats aux élections présidentielles françaises se réclament officiellement du marxisme : la communiste Marie Georges Buffet et trois trotskistes, Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire) et Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs).
Les électeurs, pour de nombreuses raisons, risquent de se détourner des candidats de la gauche combative le 21 avril, mais il sera toujours utile de constater le poids des votes contestataires et anticapitalistes que les candidats communistes auront cumulés. Ajoutés aux voix de l’altermondialiste José Bové, il n’est pas exclu que le PCF et l’extrême gauche constituent une force revendicatrice capitale dans les mois qui vont suivre. Ce seront peut être les électeurs progressistes qui dicteront aux partis la voie à suivre pour des alliances efficaces et pratiques.
Encore faudra-t-il que les organisations trotskystes règlent leurs différents. En attendant leurs candidats utilisent au mieux la vitrine électorale qui leur est offerte pour suggérer une société plus adaptée aux besoins des travailleurs.
Arlette Laguiller, contrairement à ce que ses détracteurs plus ou moins amusés affirment, ne se répète pas de campagne présidentielle en campagne présidentielle. Elle persiste à constater que les classes laborieuses françaises s’appauvrissent. Comme Olivier Besancenot, elle réclame une augmentation immédiate des salaires et particulièrement du SMIG. Et comme Besancenot, elle revendique une plus juste participation des travailleurs à la gestion de l’entreprise, une communication adaptée qui ne permettrait plus aux actionnaires de décider sur les seules bases de la rentabilité financière… Le message est complexe. Les sondages ne font plus d’Arlette, la diva de la gauche. Mais la dirigeante de Lutte ouvrière s’en tient à l’essentiel : distiller l’information auprès des travailleurs.
Besancenot, lui, a tendance à séduire les jeunes. La foule qui se presse à ses meetings est peu politisée, souvent attirée par le côté glamour du militant de la LCR, mais aussi par se façon d’exprimer les vérités, exemple à l’appui, sans fanfaronnade.
Le troisième internationaliste de service est le plus atypique. Gérard Schivardi n’est que soutenu par le Parti des Travailleurs (l’ex OCI ou trostkistes lambertistes pour les spécialistes) dont il ne serait pas membre. Pas membre, mais compagnon de route puisqu’il collabore à de nombreux mouvements du PT et de son leader, Daniel Gluckstein. Gérard Schivardi défend surtout les petites communes et les services publics.
Sur le terrain politique, c’est indubitablement Olivier Besancenot qui est à l’offensive, et pas seulement parce qu’il a le " look jeune ". Son discours est clair : Ségolène Royal se trompe de priorités et elle perdra les élections si elle ne se concentre pas sur les réalités sociales du pays. Il ne fait d’ailleurs pas de la victoire socialiste aux présidentielles, une absolue nécessité pour l’avenir.
François Hollande se gausse de la présence de trois candidats trotskystes. Sans doute, et c’est peut –être là le drame de cette campagne, parce que la gauche ne se contente pas des gestes et des discours alambiqués de Ségolène Royal dès que les réalités sociales sont en question. Buffet, Laguiller, Besancenot, Schiviardi, Bové, cela fait du monde pour constater que la candidature socialiste est tout sauf une candidature combative.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007
Les électeurs, pour de nombreuses raisons, risquent de se détourner des candidats de la gauche combative le 21 avril, mais il sera toujours utile de constater le poids des votes contestataires et anticapitalistes que les candidats communistes auront cumulés. Ajoutés aux voix de l’altermondialiste José Bové, il n’est pas exclu que le PCF et l’extrême gauche constituent une force revendicatrice capitale dans les mois qui vont suivre. Ce seront peut être les électeurs progressistes qui dicteront aux partis la voie à suivre pour des alliances efficaces et pratiques.
Encore faudra-t-il que les organisations trotskystes règlent leurs différents. En attendant leurs candidats utilisent au mieux la vitrine électorale qui leur est offerte pour suggérer une société plus adaptée aux besoins des travailleurs.
Arlette Laguiller, contrairement à ce que ses détracteurs plus ou moins amusés affirment, ne se répète pas de campagne présidentielle en campagne présidentielle. Elle persiste à constater que les classes laborieuses françaises s’appauvrissent. Comme Olivier Besancenot, elle réclame une augmentation immédiate des salaires et particulièrement du SMIG. Et comme Besancenot, elle revendique une plus juste participation des travailleurs à la gestion de l’entreprise, une communication adaptée qui ne permettrait plus aux actionnaires de décider sur les seules bases de la rentabilité financière… Le message est complexe. Les sondages ne font plus d’Arlette, la diva de la gauche. Mais la dirigeante de Lutte ouvrière s’en tient à l’essentiel : distiller l’information auprès des travailleurs.
Besancenot, lui, a tendance à séduire les jeunes. La foule qui se presse à ses meetings est peu politisée, souvent attirée par le côté glamour du militant de la LCR, mais aussi par se façon d’exprimer les vérités, exemple à l’appui, sans fanfaronnade.
Le troisième internationaliste de service est le plus atypique. Gérard Schivardi n’est que soutenu par le Parti des Travailleurs (l’ex OCI ou trostkistes lambertistes pour les spécialistes) dont il ne serait pas membre. Pas membre, mais compagnon de route puisqu’il collabore à de nombreux mouvements du PT et de son leader, Daniel Gluckstein. Gérard Schivardi défend surtout les petites communes et les services publics.
Sur le terrain politique, c’est indubitablement Olivier Besancenot qui est à l’offensive, et pas seulement parce qu’il a le " look jeune ". Son discours est clair : Ségolène Royal se trompe de priorités et elle perdra les élections si elle ne se concentre pas sur les réalités sociales du pays. Il ne fait d’ailleurs pas de la victoire socialiste aux présidentielles, une absolue nécessité pour l’avenir.
François Hollande se gausse de la présence de trois candidats trotskystes. Sans doute, et c’est peut –être là le drame de cette campagne, parce que la gauche ne se contente pas des gestes et des discours alambiqués de Ségolène Royal dès que les réalités sociales sont en question. Buffet, Laguiller, Besancenot, Schiviardi, Bové, cela fait du monde pour constater que la candidature socialiste est tout sauf une candidature combative.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007
jeudi 15 mars 2007
France: Jean Marie Le Pen: le danger du mépris
La scène se passe dans un collège lorrain. Des élèves doivent donner un prénom à un personnage : " Jean Marie " dit une voix, " Jean Marie…Le Pen, yesssssssss " croasse un ado très propre sur lui. Une de ses condisciples, au look gothique, rétorque : " Le Pen, franchement t’as pas mieux à proposer ? ". L’autre insiste : " Le Pen a les idées propres, il vaut mieux que les gauchistes ou les communistes… ". " Sans les communistes, s’offusque la gamine, y aurait pas grand monde pour défendre les pauvres, les chômeurs et les travailleurs…y a des familles qui vivent avec 600 euros (1.000 francs) par mois ". " Impossible rigole le garçon, personne en France ne vit avec 600 euros. "
L’anecdote ne vous est pas rapportée avec une parfaite objectivité, mais les conclusions s’imposent : Jean Marie est un prénom parfois difficile à porter dans l’hexagone et la réalité de la misère n’apparaît pas à tous comme une évidence.
Le candidat du Front National mènera sa dernière campagne présidentielle (on peut décemment envisager que dans cinq ans, le candidat Le Pen soit une dame) jusqu’au terme accordé par les électeurs. Après avoir beaucoup larmoyé sur le risque de ne pas disposer des cinq cents parrainages d’élus, nécessaires à la candidature officielle, Monsieur le Pen a à peine minaudé quand Nicolas Sarkozy a appelé les maires de France à soutenir sa candidature, au nom de la démocratie. Il est vrai que la campagne n’aurait pas été orthodoxe si l’Extrême droite n’y était pas représentée. Désormais, on sait que la droite votera groupée au second tour. Le côté " canaillou anti-Etablissement " du Front National n’est crédible que l’espace d’un sourire.
En toute légitimité le candidat fasciste mènera campagne pour tenter de créer une nouvelle surprise comme en 2002. Parce que Jean Marie Le Pen est un adepte du fascisme, selon la définition d’Albert Camus : " toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ".
Le sommaire du programme électoral de Jean Marie Le Pen suffit pour se persuader que l’extrême droite française a comme préoccupation le…malheur des gens. Au hit parade de ses 24 analyses et projets de société, l’immigration, la sécurité et la justice, la sécurité sociale, la santé, la famille et l’enfance occupent les premières places. Raisonnable à priori, mais ahurissant à la lecture : En toutes lettres, le programme de Jean Marie Le Pen suggère l’aide sociale et les allocation aux seuls français, une préférence nationale pour les prestations sociales, le Revenu minimum d’insertion (RMI) supprimé pour les étrangers, la fin du regroupement familial, l’arrêt de l’immigration, une politique d’assimilation, le rétablissement de la peine de mort, la fin des accords de Schengen, la maîtrise des frontières, un abaissement de la majorité pénale jusqu’à 10 ans dans certains cas, la création de 75.000 places dans les prisons… Une concentration de mauvaises idées en quelque sorte. En quatorzième position dans le programme de Jean Marie Le Pen, apparaît sa stratégie économique et budgétaire. Sans trop caricaturer la pensée de cet… antimondialiste chevronné, cet opposant à la " gouvernance mondiale ", il est raisonnable de constater que les réactionnaires français envisagent La Nation aux allures de village gaulois paumé au milieu d’une Europe en devenir…
Les sondages, cette " nouvelle façon de penser ", ne situent pas le chef du FN en embuscade pour espérer une place en finale. Lui, s’estime à " au moins 20% " et considère la popularité apparente de François Bayrou comme un effet de mode. Il est vrai que si les candidats à la présidentielle n’abordent pas les grands thèmes socio-économiques et de société, Jean Marie Le Pen pourrait encore attirer une clientèle blasée, déçue, perturbée et redevenir le fameux troisième homme.
Comparaison n’est pas raison, mais le programme lepéniste ressemble, parfois dans la lettre, en tout cas dans l’esprit, à ce que l’UDC propose aux Suisses. Et dans les deux cas, force est de constater que, effectivement, le mépris et la méchanceté attirent les électeurs.
L’anecdote ne vous est pas rapportée avec une parfaite objectivité, mais les conclusions s’imposent : Jean Marie est un prénom parfois difficile à porter dans l’hexagone et la réalité de la misère n’apparaît pas à tous comme une évidence.
Le candidat du Front National mènera sa dernière campagne présidentielle (on peut décemment envisager que dans cinq ans, le candidat Le Pen soit une dame) jusqu’au terme accordé par les électeurs. Après avoir beaucoup larmoyé sur le risque de ne pas disposer des cinq cents parrainages d’élus, nécessaires à la candidature officielle, Monsieur le Pen a à peine minaudé quand Nicolas Sarkozy a appelé les maires de France à soutenir sa candidature, au nom de la démocratie. Il est vrai que la campagne n’aurait pas été orthodoxe si l’Extrême droite n’y était pas représentée. Désormais, on sait que la droite votera groupée au second tour. Le côté " canaillou anti-Etablissement " du Front National n’est crédible que l’espace d’un sourire.
En toute légitimité le candidat fasciste mènera campagne pour tenter de créer une nouvelle surprise comme en 2002. Parce que Jean Marie Le Pen est un adepte du fascisme, selon la définition d’Albert Camus : " toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ".
Le sommaire du programme électoral de Jean Marie Le Pen suffit pour se persuader que l’extrême droite française a comme préoccupation le…malheur des gens. Au hit parade de ses 24 analyses et projets de société, l’immigration, la sécurité et la justice, la sécurité sociale, la santé, la famille et l’enfance occupent les premières places. Raisonnable à priori, mais ahurissant à la lecture : En toutes lettres, le programme de Jean Marie Le Pen suggère l’aide sociale et les allocation aux seuls français, une préférence nationale pour les prestations sociales, le Revenu minimum d’insertion (RMI) supprimé pour les étrangers, la fin du regroupement familial, l’arrêt de l’immigration, une politique d’assimilation, le rétablissement de la peine de mort, la fin des accords de Schengen, la maîtrise des frontières, un abaissement de la majorité pénale jusqu’à 10 ans dans certains cas, la création de 75.000 places dans les prisons… Une concentration de mauvaises idées en quelque sorte. En quatorzième position dans le programme de Jean Marie Le Pen, apparaît sa stratégie économique et budgétaire. Sans trop caricaturer la pensée de cet… antimondialiste chevronné, cet opposant à la " gouvernance mondiale ", il est raisonnable de constater que les réactionnaires français envisagent La Nation aux allures de village gaulois paumé au milieu d’une Europe en devenir…
Les sondages, cette " nouvelle façon de penser ", ne situent pas le chef du FN en embuscade pour espérer une place en finale. Lui, s’estime à " au moins 20% " et considère la popularité apparente de François Bayrou comme un effet de mode. Il est vrai que si les candidats à la présidentielle n’abordent pas les grands thèmes socio-économiques et de société, Jean Marie Le Pen pourrait encore attirer une clientèle blasée, déçue, perturbée et redevenir le fameux troisième homme.
Comparaison n’est pas raison, mais le programme lepéniste ressemble, parfois dans la lettre, en tout cas dans l’esprit, à ce que l’UDC propose aux Suisses. Et dans les deux cas, force est de constater que, effectivement, le mépris et la méchanceté attirent les électeurs.
France: Raymond Barre-à-mine
Raymond Barre, ancien maire de Lyon, ancien premier ministre français, s'offre une fin de vie à remous. En quelques phrases sur France Culture, il vient de pulvériser son record personnel de déclarations racistes et antisémites. En rajoutant une couche d'indécent respect à la mémoire de Maurice Papon, zélé commis de l'état vichyste puis de la République, et en attestant de la qualité humaine de Bruno Gollnish, bras droit de Jean marie Le Pen, condamné pour négationnisme, Raymond Barre rappelle que l'âge n'excuse pas tout. Il rappelle aussi, que l'extrême droite n'a pas le privilège de la bêtise humaine ou du racisme. Le danger est partout, surtout parmi celles et ceux qui se croient à l'abri du virus de la haine. Le racisme est la petite bête qui monte, qui monte, qui monte dans les esprits. C'est le dérapage assuré pour peu qu'une solution à un quelconque problème nécessite le rejet des autres... parce qu'ils sont autres.
Raymond Barre est bourgeoisement raciste, tranquillement antisémite. Pas beaucoup, un peu comme tout le monde... Juste ce qu'il faut n'est ce pas....
Personne n'est à l'abri. Pas plus nous, les progressistes que nos adversaires. Faut continuer le traitement. A vie.
RLr, Gauchebdo, Suisse, mars 2007
Raymond Barre est bourgeoisement raciste, tranquillement antisémite. Pas beaucoup, un peu comme tout le monde... Juste ce qu'il faut n'est ce pas....
Personne n'est à l'abri. Pas plus nous, les progressistes que nos adversaires. Faut continuer le traitement. A vie.
RLr, Gauchebdo, Suisse, mars 2007
jeudi 1 mars 2007
France: Nicolas Sarkozy : Pas de tromperie sur la marchandise, mais publicité mensongère
Nicolas Sarkozy a une tête de premier de classe, une allure de premier de classe, un discours de premier de classe, l’assurance d’un premier de classe, des amis du premier de classe, et, malgré une prime jeunesse balbutiante pour prétendre au titre, il a effectivement « tout pour plaire » à ceux qui trouvent les premiers de classe jolis garçons par définition. De toute façon, l’idée d’être un français moyen lui serait, selon ses « hagiographes » les plus avertis, insupportable.
Sa scolarité fut sans éclat et, diplômé de droit, il ne marqua pas l’histoire du barreau parisien de son empreinte. Ne pas être brillantissime ne veut pas dire ne pas avoir le sens des affaires : Maître Sarkozy, avocat associé « non pratiquant » dans un cabinet spécialisé dans le droit immobilier perçoit sa part de profit année après année.
A 19 ans, Nicolas se lance en politique. A droite. Ce qui n’est pas tout à fait étonnant ou scandaleux si l’on veut bien considérer que son père, Paul Sarkozy de Nagybocsa, aristocrate hongrois, dont la famille possédait « terre et château » à 100 km de Budapest, avait choisi l’exil en 1944 quand son pays fut libéré par l’Armée Rouge. En politique donc, Le jeune Sarkozy, encore aux études, fait montre de qualités indéniables: un sens de l’arrivisme très vite affiné, une remarquable aptitude à se faire valoir et voir et un formidable talent pour se constituer les réseaux d’influences les plus adéquats. Dans ce domaine, c’est un doué. Il se fera les dents dans l’ombre de son grand homme, Charles Pasqua, gaulliste de droite, inénarrable ministre de l’intérieur, impliqué dans quelques uns des mauvais coups politico-financiers du XXème siècle, qui sera le témoin de son premier mariage en 1982. Les industriels et hommes de médias, Martins Bouygues et Bernard Arnault le seront à son second mariage, en 1996.
Conseiller municipal de Neuilly à 22 ans, maire à 28, député à 34, ministre à 38… comment rester modeste avec pareil palmarès? Il n’y arrive pas vraiment et se prend les pieds dans le tapis à quelques reprises: il choisit Edouard Balladur contre Jacques Chirac aux présidentielles de 1995, ce qui lui vaut l’inimitié du Président français en exercice et de ses amis; en 1999, il mène la liste du RPR à la débâcle aux élections européennes…
Alors, Nicolas Sarkozy a une idée de génie ; il prend du recul, il n’insiste pas. Il écrit même un livre : libre. Tout un programme. Quand il revient en politique, la droite a besoin de lui. Depuis 2002, Nicolas Sarkozy est le chevalier blanc, le « Monsieur Propre » qui montre de quel bois il se chauffe. Au point que la gauche le trouve un rien pyromane quand il s’agit d’éteindre le feu et maintenir l’ordre et la sécurité depuis le ministère de l’Intérieur.
Les français ont aimé. Sarkozy a été visible. Pas vraiment efficace, mais visible. C’est sa recette. Elle fonctionne. Elle risque même de fonctionner le 6 mai prochain, au terme du second tour de l’élection présidentielle. Catherine Nay, journaliste et biographe « folledingue » du président de l’UMP situe le débat : « Il est fait pour commander, impulser, décider. Mais son hyperréactivité, son impulsivité, ses émotions qu’il n’a jamais verrouillées, l’entraînent à être parfois trop hâtif dans ses jugements, à tenir des propos qui surprennent, à faire des promesses dont il n’a pas toujours mesuré la portée. Il lui arrive d’avouer en souriant : « Je suis mon meilleur ennemi ». Et la groupie d’ajouter:« Il avance sans masque. Avec lui, il n’y jamais tromperie sur la marchandise ». Certains observateurs, une formule choisie pour désigner les amis des candidats, en rajoutent une couche : « les français ont le choix entre une psycho rigide et un hyperactif ».
Heureusement il y a la politique : les candidats Sarkozy et Royal refont le monde de gauche à droite et de droite à gauche. Personne ne sait exactement ce dont ils sont capables, mais tout le monde a compris qu’ils lancent projets et promesses comme des confettis, sachant que personne ne collectionne les confettis. Sauf que, vu de gauche, une autre formule qui permet de marquer sa différence, Nicolas Sarkozy a quelques défauts rédhibitoires : il est réellement néo conservateur à l’américaine et les insuccès de cette philosophie ne le perturbent pas ; il confond pouvoir public avec pouvoir sur le public ; il est bêtement et inefficacement répressif ; Il est très légèrement paranoïaque quand il reconnaît avoir repris le ministère de l’Intérieur pour éviter les mauvais coups de ses alliés… et pour utiliser à son profit les services de renseignements liés au ministère; il use de son influence pour faire et défaire les carrières de ceux qui lui ont déplu, les journalistes par exemple…
Pour le reste, malgré tout ce qu’il dit, Sarkozy ne propose rien de plus que de maintenir la droite française au pouvoir en augmentant la puissance des grands financiers et l’influence de la bourse.
Comme dirait Catherine Nay : « Avec lui, il n’y a jamais de tromperie sur la marchandise »… Les armoiries de famille Sarkozy de Nagybocsa sont « un loup orné d’un cimeterre ». Ca ne s’invente pas.
Ron Linder, Gauchebdo, Mars 2007
Sa scolarité fut sans éclat et, diplômé de droit, il ne marqua pas l’histoire du barreau parisien de son empreinte. Ne pas être brillantissime ne veut pas dire ne pas avoir le sens des affaires : Maître Sarkozy, avocat associé « non pratiquant » dans un cabinet spécialisé dans le droit immobilier perçoit sa part de profit année après année.
A 19 ans, Nicolas se lance en politique. A droite. Ce qui n’est pas tout à fait étonnant ou scandaleux si l’on veut bien considérer que son père, Paul Sarkozy de Nagybocsa, aristocrate hongrois, dont la famille possédait « terre et château » à 100 km de Budapest, avait choisi l’exil en 1944 quand son pays fut libéré par l’Armée Rouge. En politique donc, Le jeune Sarkozy, encore aux études, fait montre de qualités indéniables: un sens de l’arrivisme très vite affiné, une remarquable aptitude à se faire valoir et voir et un formidable talent pour se constituer les réseaux d’influences les plus adéquats. Dans ce domaine, c’est un doué. Il se fera les dents dans l’ombre de son grand homme, Charles Pasqua, gaulliste de droite, inénarrable ministre de l’intérieur, impliqué dans quelques uns des mauvais coups politico-financiers du XXème siècle, qui sera le témoin de son premier mariage en 1982. Les industriels et hommes de médias, Martins Bouygues et Bernard Arnault le seront à son second mariage, en 1996.
Conseiller municipal de Neuilly à 22 ans, maire à 28, député à 34, ministre à 38… comment rester modeste avec pareil palmarès? Il n’y arrive pas vraiment et se prend les pieds dans le tapis à quelques reprises: il choisit Edouard Balladur contre Jacques Chirac aux présidentielles de 1995, ce qui lui vaut l’inimitié du Président français en exercice et de ses amis; en 1999, il mène la liste du RPR à la débâcle aux élections européennes…
Alors, Nicolas Sarkozy a une idée de génie ; il prend du recul, il n’insiste pas. Il écrit même un livre : libre. Tout un programme. Quand il revient en politique, la droite a besoin de lui. Depuis 2002, Nicolas Sarkozy est le chevalier blanc, le « Monsieur Propre » qui montre de quel bois il se chauffe. Au point que la gauche le trouve un rien pyromane quand il s’agit d’éteindre le feu et maintenir l’ordre et la sécurité depuis le ministère de l’Intérieur.
Les français ont aimé. Sarkozy a été visible. Pas vraiment efficace, mais visible. C’est sa recette. Elle fonctionne. Elle risque même de fonctionner le 6 mai prochain, au terme du second tour de l’élection présidentielle. Catherine Nay, journaliste et biographe « folledingue » du président de l’UMP situe le débat : « Il est fait pour commander, impulser, décider. Mais son hyperréactivité, son impulsivité, ses émotions qu’il n’a jamais verrouillées, l’entraînent à être parfois trop hâtif dans ses jugements, à tenir des propos qui surprennent, à faire des promesses dont il n’a pas toujours mesuré la portée. Il lui arrive d’avouer en souriant : « Je suis mon meilleur ennemi ». Et la groupie d’ajouter:« Il avance sans masque. Avec lui, il n’y jamais tromperie sur la marchandise ». Certains observateurs, une formule choisie pour désigner les amis des candidats, en rajoutent une couche : « les français ont le choix entre une psycho rigide et un hyperactif ».
Heureusement il y a la politique : les candidats Sarkozy et Royal refont le monde de gauche à droite et de droite à gauche. Personne ne sait exactement ce dont ils sont capables, mais tout le monde a compris qu’ils lancent projets et promesses comme des confettis, sachant que personne ne collectionne les confettis. Sauf que, vu de gauche, une autre formule qui permet de marquer sa différence, Nicolas Sarkozy a quelques défauts rédhibitoires : il est réellement néo conservateur à l’américaine et les insuccès de cette philosophie ne le perturbent pas ; il confond pouvoir public avec pouvoir sur le public ; il est bêtement et inefficacement répressif ; Il est très légèrement paranoïaque quand il reconnaît avoir repris le ministère de l’Intérieur pour éviter les mauvais coups de ses alliés… et pour utiliser à son profit les services de renseignements liés au ministère; il use de son influence pour faire et défaire les carrières de ceux qui lui ont déplu, les journalistes par exemple…
Pour le reste, malgré tout ce qu’il dit, Sarkozy ne propose rien de plus que de maintenir la droite française au pouvoir en augmentant la puissance des grands financiers et l’influence de la bourse.
Comme dirait Catherine Nay : « Avec lui, il n’y a jamais de tromperie sur la marchandise »… Les armoiries de famille Sarkozy de Nagybocsa sont « un loup orné d’un cimeterre ». Ca ne s’invente pas.
Ron Linder, Gauchebdo, Mars 2007
jeudi 22 février 2007
France: Bayrou…le cheval de Troie de la droite?
Le théorème politique de Bayrou existe : le centre est la gauche extrême de la droite et la droite extrême de la gauche . C’est l’option graphique du phénomène. Sa version physique étant le centre émerge quand ses extrêmes immergent.
Dans les faits, outre les sondages auxquels il croyait peu naguère, et sans doute trop aujourd’hui, François Bayrou, chef peu contesté des démocrates chrétiens français, n’a absolument aucune assurance que son O.P.A. (offre public d’achat) sur un électorat modéré peu enthousiasmé par les performances du duo Royal-Sarkozy, fonctionne à plein rendement. Le centre est le lieu politique au sein duquel il est possible d’envisager un peu de tout pour peu que la gauche et la droite ne proposent rien ou pas grand-chose.
Le candidat Bayrou est indéniablement humaniste, ouvert, contradictoire sans complexe. Il ne fait pas le bilan de ses balbutiements politiques dans l’ombre de Giscard d’Estaing, des années passées dans le gouvernement de Balladur où il tenta, en vain heureusement, d’augmenter le financement de l’enseignement privé, de son hostilité au parti socialiste aux grandes heures des coalitions mitterrandiennes (parce que, dit-il, « je ne pouvais pas m’associer à un parti allié aux communistes ») ou de son soutien, certes critique mais bien réel aux gouvernements au sein desquels trônait Nicolas Sarkozy. François Bayrou n’est pas puceau. C’est déjà un vieux cheval sur le retour et vu de gauche, franchement, il n’assure pas plus un lendemain qui chante que les autres favoris de la campagne présidentielle française. Son parti, l’UDF, propose à la fois l’augmentation de la TVA et l’augmentation organisée des exonérations des charges fiscales pour les entreprises. Alors le candidat Bayrou parle surtout des autres, de ses meilleurs ennemis, Royal, Sarkozy dont les prestations font et défont son optimisme. Il se dit peut-être qu’au pays des aveugles, les borgnes sont rois, que l’arrogance du ministre de l’intérieur et les mauvaises recettes de Ségolène en campagne feront la différence. Il s’est désormais persuadé qu’il est « le troisième homme », que Jean Marie Le Pen est largué à la fois dans les sondages et dans le cœur des mécontents. C’est un optimiste François Bayrou, il faut lui reconnaître cette formidable qualité : il doute de pas grand-chose. Au point que certains de ses amis le craignent plus velléitaire qu’optimiste en fin de compte. Parce que s’il ne gagne pas, et il n’est pas totalement idiot de considérer cette possibilité, il devra négocier, avec l’UMP, l’existence d’un groupe parlementaire UDF. Cela risque d’être ennuyeux pour celui qui verrait bien le très social-libéral, mais socialiste quand même, Stauss Khan à la tête de son gouvernement.
A moins que ce ne soit de la stratégie, que Bayrou soit le cheval de Troie de la droite, que ses coups à gauche ont porté des fruits au sein des bastions de la social démocratie, dans l’enseignement, les services publics… Il adore les chevaux, François. Ils devraient se méfier dans les hautes sphères socialistes d’un Bayrou Machiavel ?
Pour la gauche de la gauche, Bayrou n’est pas un candidat de droite ou du centre comme les autres. S’il devait effectivement se rapprocher du PS, les sociaux démocrates trouveraient un allié de poids pour rejoindre les autres partis du centre-gauche européen, qui, depuis longtemps ont marginalisé les communistes et les organisations progressistes au profit d’alliances « modernes » avec les centristes ou la droite. Plusieurs élus socialistes et centristes ne cachent plus leurs affinités. Ségolène Royal n’a pas cité une fois le mot socialisme dans son discours historique de Villepinte. Les forces progressistes mènent une campagne timorée. La balle est au centre… Et le centre n’est définitivement pas à gauche. Ceux qui, comme François Bayrou, expliquent qu’il faut mettre un terme au clivage gauche-droite, indiquent surtout que le libéralisme-social est la réponse européenne aux questions existentielles. Ils ne disent pas combien seront les laissés pour compte.
Ron linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
Dans les faits, outre les sondages auxquels il croyait peu naguère, et sans doute trop aujourd’hui, François Bayrou, chef peu contesté des démocrates chrétiens français, n’a absolument aucune assurance que son O.P.A. (offre public d’achat) sur un électorat modéré peu enthousiasmé par les performances du duo Royal-Sarkozy, fonctionne à plein rendement. Le centre est le lieu politique au sein duquel il est possible d’envisager un peu de tout pour peu que la gauche et la droite ne proposent rien ou pas grand-chose.
Le candidat Bayrou est indéniablement humaniste, ouvert, contradictoire sans complexe. Il ne fait pas le bilan de ses balbutiements politiques dans l’ombre de Giscard d’Estaing, des années passées dans le gouvernement de Balladur où il tenta, en vain heureusement, d’augmenter le financement de l’enseignement privé, de son hostilité au parti socialiste aux grandes heures des coalitions mitterrandiennes (parce que, dit-il, « je ne pouvais pas m’associer à un parti allié aux communistes ») ou de son soutien, certes critique mais bien réel aux gouvernements au sein desquels trônait Nicolas Sarkozy. François Bayrou n’est pas puceau. C’est déjà un vieux cheval sur le retour et vu de gauche, franchement, il n’assure pas plus un lendemain qui chante que les autres favoris de la campagne présidentielle française. Son parti, l’UDF, propose à la fois l’augmentation de la TVA et l’augmentation organisée des exonérations des charges fiscales pour les entreprises. Alors le candidat Bayrou parle surtout des autres, de ses meilleurs ennemis, Royal, Sarkozy dont les prestations font et défont son optimisme. Il se dit peut-être qu’au pays des aveugles, les borgnes sont rois, que l’arrogance du ministre de l’intérieur et les mauvaises recettes de Ségolène en campagne feront la différence. Il s’est désormais persuadé qu’il est « le troisième homme », que Jean Marie Le Pen est largué à la fois dans les sondages et dans le cœur des mécontents. C’est un optimiste François Bayrou, il faut lui reconnaître cette formidable qualité : il doute de pas grand-chose. Au point que certains de ses amis le craignent plus velléitaire qu’optimiste en fin de compte. Parce que s’il ne gagne pas, et il n’est pas totalement idiot de considérer cette possibilité, il devra négocier, avec l’UMP, l’existence d’un groupe parlementaire UDF. Cela risque d’être ennuyeux pour celui qui verrait bien le très social-libéral, mais socialiste quand même, Stauss Khan à la tête de son gouvernement.
A moins que ce ne soit de la stratégie, que Bayrou soit le cheval de Troie de la droite, que ses coups à gauche ont porté des fruits au sein des bastions de la social démocratie, dans l’enseignement, les services publics… Il adore les chevaux, François. Ils devraient se méfier dans les hautes sphères socialistes d’un Bayrou Machiavel ?
Pour la gauche de la gauche, Bayrou n’est pas un candidat de droite ou du centre comme les autres. S’il devait effectivement se rapprocher du PS, les sociaux démocrates trouveraient un allié de poids pour rejoindre les autres partis du centre-gauche européen, qui, depuis longtemps ont marginalisé les communistes et les organisations progressistes au profit d’alliances « modernes » avec les centristes ou la droite. Plusieurs élus socialistes et centristes ne cachent plus leurs affinités. Ségolène Royal n’a pas cité une fois le mot socialisme dans son discours historique de Villepinte. Les forces progressistes mènent une campagne timorée. La balle est au centre… Et le centre n’est définitivement pas à gauche. Ceux qui, comme François Bayrou, expliquent qu’il faut mettre un terme au clivage gauche-droite, indiquent surtout que le libéralisme-social est la réponse européenne aux questions existentielles. Ils ne disent pas combien seront les laissés pour compte.
Ron linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
lundi 19 février 2007
France: Ségo-Sarko ce n’est pas «blanc bonnet et bonnet blanc»
Ce n’est peut-être pas le débat gauche-droite qui prévaudra finalement pour désigner le prochain président de la République française. Les candidats qui se réclament hauts et forts d’une idéologie ou d’un projet politique sans ambiguïté éprouvent bien des difficultés à être entendus et sont rapidement marginalisés quand ils ne sont pas considérés comme des «ringards». Ceux qui se réclament de tout et de rien, de la «France entière», qui, au nom du «pragmatisme», du «réalisme», de la «modernité», de la «fracture» proposent aux Français de repenser le pays du bas en haut, de le faire reluire comme un sou neuf, ceux-là ratissent large, tellement large que les citoyens sont en droit de se demander comment il leur a été possible de vivre dans cette République sous d’autres présidences. Il y aurait la France d’avant le débat Ségo-Sarko et la France d’après le débat Ségo-Sarko.
La gauche est laminée. Par ses divisions certes, mais aussi parce que les Français pourraient bien décider de choisir un président par défaut: ils voteraient moins à gauche ou à droite qu’ils ne voteraient contre Nicolas Sarkozy ou contre Ségolène Royal. Elire un ou une présidente de la République parce qu’il ou elle est moins antipathique que son adversaire, ce serait effectivement une autre façon de faire de la politique. Et en France, comme ailleurs, on ne prête qu’aux riches. En l’occurrence l’avantage ira au moins maladroit, au plus photogénique, le plus médiatique mais sans doute et surtout au mieux disant… le temps de la campagne.
Ségolène Royal a présenté dimanche 100 propositions dans un pacte présidentiel qui situe désormais son engagement. Adepte de la démocratie participative elle a, en quelque sorte, fait le compte-rendu des opinions des citoyens. Des opinions et des craintes: «Ces cris de détresse silencieuse, ces pauvres vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par la misère et l’injustice, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom, c’est tout cela que j’ai à l’esprit, là, à l’instant de m’adresser à vous, et c’est cela qui me donne le désir de me battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance qui seule sera capable de surmonter les crises: crise des banlieues, dans les quartiers le feu couve sous la cendre, crise économique avec les emplois qui se détruisent, crise sociale, crise éducative, crise morale, crise écologique, crise internationale, enfin, sur fond de prolifération nucléaire, de montée des fanatismes et des hystéries guerrières. Pour surmonter ces crises, il faut une nouvelle politique, pour surmonter ces crises, il faut une France neuve. Voilà ce que vous m’avez dit et voilà ce que j’entends mettre en œuvre avec vous». Les propositions vont avec le message : le SMIC à 1500 euros «le plus tôt possible dans la législature», augmentation de 5% des petites retraites et des allocations aux personnes handicapées, doublement de l’allocation de rentrée scolaire, réduction des coûts bancaires, une sécurité de logement tout au long de la vie, création de 120’000 logements sociaux par an, lutte contre la violence faite aux femmes. Il y a matière à prendre en considération l’ambition de la candidate socialiste.
Mais s’il faut en croire les sondages concordants diffusés dans les jours qui ont suivi le discours très médiatisé de Ségolène Royal, les électeurs n’auraient pas été impressionnés. Est-ce parce qu’elle traitait de l’essentiel et parlait politique? Ses adversaires se sont précipités sur leurs calculettes pour évaluer le coût de ses promesses: 30 ou 35 milliards d’euros. Trop cher, décrétèrent-ils tout de go, la France n’a pas les moyens de cette politique-là! Et de crier au loup, à l’augmentation des impôts, au surendettement du pays… Les propositions de Nicolas Sarkozy diluées dans ses nombreux discours coûteraient, dit-on, aussi cher mais sa méthode serait différente: «privilégier l’emploi et améliorer le pouvoir d’achat des salariés, voilà notre philosophie», explique Pierre Méhaignerie, le «Monsieur Finances publiques» du président de l’UMP… Personne sans doute n’y avait jamais pensé… Et c’est Sarko qui rassure le plus, disent les sondeurs…
L’argent des riches…
La France n’est pas fauchée. Elle a les moyens de ses priorités. Selon le quotidien l’Humanité, le profit des sociétés du CAC 40 (les plus grosses entreprises cotées en bourse) a été de 51 milliards d’euros au premier semestre 2006, les aides publiques aux entreprises en 2005 s’élevaient à 65 milliards d’euros, l’évaluation des exonérations de cotisations patronales en 2006 avoisinerait 23,6 milliards d’euros, les intérêts financiers et les dividendes versés en 2005 sont de 224 milliards d’euros… Et le groupe Total a annoncé un profit supérieur à douze milliards, que d’aucuns qualifient d’ «indécent». Ségolène Royal et la gauche suggèrent, raisonnablement, que les surprofits pétroliers soient taxés. A cette idée, les patrons et la droite attrapent des boutons de fièvre… On situe mieux les priorités des uns et des autres soudainement.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
La gauche est laminée. Par ses divisions certes, mais aussi parce que les Français pourraient bien décider de choisir un président par défaut: ils voteraient moins à gauche ou à droite qu’ils ne voteraient contre Nicolas Sarkozy ou contre Ségolène Royal. Elire un ou une présidente de la République parce qu’il ou elle est moins antipathique que son adversaire, ce serait effectivement une autre façon de faire de la politique. Et en France, comme ailleurs, on ne prête qu’aux riches. En l’occurrence l’avantage ira au moins maladroit, au plus photogénique, le plus médiatique mais sans doute et surtout au mieux disant… le temps de la campagne.
Ségolène Royal a présenté dimanche 100 propositions dans un pacte présidentiel qui situe désormais son engagement. Adepte de la démocratie participative elle a, en quelque sorte, fait le compte-rendu des opinions des citoyens. Des opinions et des craintes: «Ces cris de détresse silencieuse, ces pauvres vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par la misère et l’injustice, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom, c’est tout cela que j’ai à l’esprit, là, à l’instant de m’adresser à vous, et c’est cela qui me donne le désir de me battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance qui seule sera capable de surmonter les crises: crise des banlieues, dans les quartiers le feu couve sous la cendre, crise économique avec les emplois qui se détruisent, crise sociale, crise éducative, crise morale, crise écologique, crise internationale, enfin, sur fond de prolifération nucléaire, de montée des fanatismes et des hystéries guerrières. Pour surmonter ces crises, il faut une nouvelle politique, pour surmonter ces crises, il faut une France neuve. Voilà ce que vous m’avez dit et voilà ce que j’entends mettre en œuvre avec vous». Les propositions vont avec le message : le SMIC à 1500 euros «le plus tôt possible dans la législature», augmentation de 5% des petites retraites et des allocations aux personnes handicapées, doublement de l’allocation de rentrée scolaire, réduction des coûts bancaires, une sécurité de logement tout au long de la vie, création de 120’000 logements sociaux par an, lutte contre la violence faite aux femmes. Il y a matière à prendre en considération l’ambition de la candidate socialiste.
Mais s’il faut en croire les sondages concordants diffusés dans les jours qui ont suivi le discours très médiatisé de Ségolène Royal, les électeurs n’auraient pas été impressionnés. Est-ce parce qu’elle traitait de l’essentiel et parlait politique? Ses adversaires se sont précipités sur leurs calculettes pour évaluer le coût de ses promesses: 30 ou 35 milliards d’euros. Trop cher, décrétèrent-ils tout de go, la France n’a pas les moyens de cette politique-là! Et de crier au loup, à l’augmentation des impôts, au surendettement du pays… Les propositions de Nicolas Sarkozy diluées dans ses nombreux discours coûteraient, dit-on, aussi cher mais sa méthode serait différente: «privilégier l’emploi et améliorer le pouvoir d’achat des salariés, voilà notre philosophie», explique Pierre Méhaignerie, le «Monsieur Finances publiques» du président de l’UMP… Personne sans doute n’y avait jamais pensé… Et c’est Sarko qui rassure le plus, disent les sondeurs…
L’argent des riches…
La France n’est pas fauchée. Elle a les moyens de ses priorités. Selon le quotidien l’Humanité, le profit des sociétés du CAC 40 (les plus grosses entreprises cotées en bourse) a été de 51 milliards d’euros au premier semestre 2006, les aides publiques aux entreprises en 2005 s’élevaient à 65 milliards d’euros, l’évaluation des exonérations de cotisations patronales en 2006 avoisinerait 23,6 milliards d’euros, les intérêts financiers et les dividendes versés en 2005 sont de 224 milliards d’euros… Et le groupe Total a annoncé un profit supérieur à douze milliards, que d’aucuns qualifient d’ «indécent». Ségolène Royal et la gauche suggèrent, raisonnablement, que les surprofits pétroliers soient taxés. A cette idée, les patrons et la droite attrapent des boutons de fièvre… On situe mieux les priorités des uns et des autres soudainement.
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, Février 2007
Parlement européen: L’arbre fasciste qui cache la forêt d’extrême droite
Le groupe «Identité, Tradition, Souveraineté» voit le jour et met en valeur quelques personnages pitoyables. A vingt, ils se qualifient pour constituer un groupe parlementaire.
La constitution de la fraction d’extrême droite «Identité, Tradition, Souveraineté» au parlement européen est un non-événement par excellence. Les parlementaires fascisants, nationalistes, régionalistes, souverainistes, ultra cléricaux, anticommunistes, antieuropéens, populistes, de la droite dure, de la droite nationale, de la droite extrême foisonnent au Parlement Européen, au sein du groupe «Indépendance et Démocratie», ou parmi les députés de l’«Union pour l’Europe des Nations». C’est le cas des élus polonais de «Droit et Justice» et de la «Ligue des familles polonaises», des français du «Mouvement pour la France», des Britanniques du «Parti indépendant»… Il en restait quelques uns, interdits de séjour dans les fractions constituées parce que trop mal élevés ou trop… trop. Ce sont ces «bêtes de scène» qui forment désormais leur petit club, comme ce fut déjà le cas entre 1984 et 1994 sous la houlette de Jean-Marie Le Pen. Profitant de l’intégration des eurodéputés roumains et bulgares, Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen, récemment condamné pour ses propos négationnistes, préside une sinistre équipe de «bras cassés» dont la principale qualité pourrait être de ne pas s’aimer beaucoup. Quoi qu’il en soit, autour des sept élus du Front National français qui n’apprécient pas les gens de l’est qui «déferlent» sur le France, s’agglomèrent un britannique antiroumain, trois belges régionalistes flamands, deux italiens dont Alessandra Mussolini, un autrichien déjà nostalgique de Jörg Haïder et les nouveaux venus, cinq roumains et un bulgare. Si Marine Le Pen était à la recherche d’une respectabilité quelconque, ses nouveaux petits camarades à Bruxelles et Strasbourg vont grandement participer à la rendre plus sympathique encore auprès des modérés hésitants à la considérer comme «moins pire» que son père. Ses cinq confrères roumains sont issus du Parti de la Grande Roumanie, «Romania Mare», dont le chef incontesté Corneliu Vadim Tudor réclame la Bucovie ukrainienne et la Moldavie pour reconstituer la Grande Roumanie de ses rêves. Accessoirement il dénonce le péril magyar et considère que les juifs sont la source de tous les maux: «l’Occident capitaliste juif veut voler la Roumanie et l’a contaminée par des mœurs dissolues et le sida». Le seul représentant bulgare vient du parti nationaliste et populiste Ataka, fondé par un journaliste anticommuniste, Volen Siderov, xénophobe particulièrement antiturc, antirom, antigitan.
Ne pas se tromper d’adversaire
C’est la haine des autres qui unit ces vingt députés. Sur les 785 élus qui peuplent le parlement européen, ils pourraient n’être qu’un moindre mal. Ils ne constituent pas un danger immédiat, ils servent une droite dite modérée, plus arrogante que jamais, dont l’aile la plus réactionnaire n’est guère éloignée de ces excessifs qui dérangent sans doute, mais dont le fonds de commerce ne pose pas de problème: l’extrême droite ne remet pas en question l’ultralibéralisme qui prévaut chez les conservateurs, même si elle en conteste la vision européenne ou mondiale. Après tout, la fraction «Identité, Tradition, Souveraineté» «est opposée à une Europe unitaire, bureaucratique et à un super état européen et s’engage en faveur de la famille traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société».
Combattre l’extrême droite est la moindre des obligations pour les progressistes, mais pas au risque de se tromper d’adversaire: il y a vingt ans déjà, le chasseur de nazis Simon Wiesenthal mettait en garde contre le danger de laisser diffuser la discours de la droite extrême dans les milieux conservateurs et modérés. Il n'est pas superflu de reconsidérer l’avertissement. Dans les milieux dirigeants, partout en Europe, en Suisse aussi, au nom d’une gestion «responsable», les discours et les engagements les plus contestables s’actualisent: la remise en question des lois les plus solidaires, l’insistance pesante des préférences nationales, la limitation des services publics réunissent les conditions d’une société dont l’individualisme est le cheval de bataille. Entre ceux qui hurlent avec les loups de Roumanie, de Bulgarie ou de Flandre et ceux qui sapent les acquis sociaux et recréent d’autres frontières parce qu’ils disent le droit en divisant les citoyens, il existe une communauté idéologique.
Dan Rajtberger
Gauchebdo, Suisse, février 2007
La constitution de la fraction d’extrême droite «Identité, Tradition, Souveraineté» au parlement européen est un non-événement par excellence. Les parlementaires fascisants, nationalistes, régionalistes, souverainistes, ultra cléricaux, anticommunistes, antieuropéens, populistes, de la droite dure, de la droite nationale, de la droite extrême foisonnent au Parlement Européen, au sein du groupe «Indépendance et Démocratie», ou parmi les députés de l’«Union pour l’Europe des Nations». C’est le cas des élus polonais de «Droit et Justice» et de la «Ligue des familles polonaises», des français du «Mouvement pour la France», des Britanniques du «Parti indépendant»… Il en restait quelques uns, interdits de séjour dans les fractions constituées parce que trop mal élevés ou trop… trop. Ce sont ces «bêtes de scène» qui forment désormais leur petit club, comme ce fut déjà le cas entre 1984 et 1994 sous la houlette de Jean-Marie Le Pen. Profitant de l’intégration des eurodéputés roumains et bulgares, Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen, récemment condamné pour ses propos négationnistes, préside une sinistre équipe de «bras cassés» dont la principale qualité pourrait être de ne pas s’aimer beaucoup. Quoi qu’il en soit, autour des sept élus du Front National français qui n’apprécient pas les gens de l’est qui «déferlent» sur le France, s’agglomèrent un britannique antiroumain, trois belges régionalistes flamands, deux italiens dont Alessandra Mussolini, un autrichien déjà nostalgique de Jörg Haïder et les nouveaux venus, cinq roumains et un bulgare. Si Marine Le Pen était à la recherche d’une respectabilité quelconque, ses nouveaux petits camarades à Bruxelles et Strasbourg vont grandement participer à la rendre plus sympathique encore auprès des modérés hésitants à la considérer comme «moins pire» que son père. Ses cinq confrères roumains sont issus du Parti de la Grande Roumanie, «Romania Mare», dont le chef incontesté Corneliu Vadim Tudor réclame la Bucovie ukrainienne et la Moldavie pour reconstituer la Grande Roumanie de ses rêves. Accessoirement il dénonce le péril magyar et considère que les juifs sont la source de tous les maux: «l’Occident capitaliste juif veut voler la Roumanie et l’a contaminée par des mœurs dissolues et le sida». Le seul représentant bulgare vient du parti nationaliste et populiste Ataka, fondé par un journaliste anticommuniste, Volen Siderov, xénophobe particulièrement antiturc, antirom, antigitan.
Ne pas se tromper d’adversaire
C’est la haine des autres qui unit ces vingt députés. Sur les 785 élus qui peuplent le parlement européen, ils pourraient n’être qu’un moindre mal. Ils ne constituent pas un danger immédiat, ils servent une droite dite modérée, plus arrogante que jamais, dont l’aile la plus réactionnaire n’est guère éloignée de ces excessifs qui dérangent sans doute, mais dont le fonds de commerce ne pose pas de problème: l’extrême droite ne remet pas en question l’ultralibéralisme qui prévaut chez les conservateurs, même si elle en conteste la vision européenne ou mondiale. Après tout, la fraction «Identité, Tradition, Souveraineté» «est opposée à une Europe unitaire, bureaucratique et à un super état européen et s’engage en faveur de la famille traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société».
Combattre l’extrême droite est la moindre des obligations pour les progressistes, mais pas au risque de se tromper d’adversaire: il y a vingt ans déjà, le chasseur de nazis Simon Wiesenthal mettait en garde contre le danger de laisser diffuser la discours de la droite extrême dans les milieux conservateurs et modérés. Il n'est pas superflu de reconsidérer l’avertissement. Dans les milieux dirigeants, partout en Europe, en Suisse aussi, au nom d’une gestion «responsable», les discours et les engagements les plus contestables s’actualisent: la remise en question des lois les plus solidaires, l’insistance pesante des préférences nationales, la limitation des services publics réunissent les conditions d’une société dont l’individualisme est le cheval de bataille. Entre ceux qui hurlent avec les loups de Roumanie, de Bulgarie ou de Flandre et ceux qui sapent les acquis sociaux et recréent d’autres frontières parce qu’ils disent le droit en divisant les citoyens, il existe une communauté idéologique.
Dan Rajtberger
Gauchebdo, Suisse, février 2007
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France: La Gauche broute
C’est toujours la même histoire et le même débat: le fonctionnement d’un parti communiste laisse perplexe. Surtout à gauche, surtout à l’extrême gauche. En France, le PCF semble avoir respecté ce que l’on pouvait attendre de lui. Contrairement aux autres organisations structurées à la gauche du parti socialiste, il a largement contribué au développement d’un projet de rassemblement antilibéral sans ignorer que la pluralité des opinions altermondialistes, antilibérales, progressistes de toutes tendances des collectifs associatifs rendait la tâche complexe. La direction du PCF ne pouvait pas non plus douter que le seul fait de fonctionner selon des normes qui lui sont propres poserait d’une manière ou d’une autre problème à ses partenaires potentiels, aux structures diverses. En constatant qu’aucun candidat n’obtiendrait l’aval de la myriade d’organisations qui compose cette «gauche en mouvement», les communistes français ont jugé utiles de prendre des décisions et d’imposer, oui d’imposer, la candidature de Marie Georges Buffet. Ce fut l’échec. C’est donc le PCF seul qui présente sa candidate. Curieusement, on lit ou entend peu de remises en question dans les milieux alternatifs et associatiatifs. «C’est la faute au Parti. Point final».
Contestation interne
Mais si on peut s’interroger sur la légitimité des critiques ou des condamnations venant de l’extérieur du PCF, il est raisonnable de s’intéresser de près à la contestation interne au parti. D’autant qu’elle semble plus profonde que ce que le plébiscite accordé par les militants à Marie Georges Buffet laisse penser. Elle touche directement une partie du potentiel militant, actif du parti. Et Patrice Cohen-Seat, l’animateur du collectif électoral de Marie Georges Buffet ne s’y trompe quand il publie une lettre ouverte à un militant communiste pour expliquer et justifier la «décision de la direction». «Il n’y avait pas de consensus possible écrit-il en substance, notre parti a été traité par certains comme s’il n’avait pas évolué depuis les années 50 ou 60 et c’est à partir de cette vision du Parti qu’une candidature issue de nos rangs était «irrecevable».
Problème d’agenda
D’autres membres éminents du PCF ne partagent pas cette analyse. Selon eux, l’avenir du PCF se joue au niveau d’un rassemblement et nulle part ailleurs. En sachant à priori que la candidature de Buffet posait problème, la direction aurait du favoriser d’autres options. Et on en revient au point de départ. Tout le monde attend que le parti communiste prenne ses responsabilités… Et quand il les prend … Les «contestataires» de l’intérieur se sont peut-être trompés d’agenda. Le renouveau du parti qu’ils appellent de leurs vœux et pour lequel ils militent et travaillent, nécessitait-il une distanciation avec la direction au moment où précisément se joue l’avenir du PCF? Fallait-il absolument fragiliser la seule organisation populaire partie prenante dans une tentative originale de rassemblement?
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, janvier 2007
Contestation interne
Mais si on peut s’interroger sur la légitimité des critiques ou des condamnations venant de l’extérieur du PCF, il est raisonnable de s’intéresser de près à la contestation interne au parti. D’autant qu’elle semble plus profonde que ce que le plébiscite accordé par les militants à Marie Georges Buffet laisse penser. Elle touche directement une partie du potentiel militant, actif du parti. Et Patrice Cohen-Seat, l’animateur du collectif électoral de Marie Georges Buffet ne s’y trompe quand il publie une lettre ouverte à un militant communiste pour expliquer et justifier la «décision de la direction». «Il n’y avait pas de consensus possible écrit-il en substance, notre parti a été traité par certains comme s’il n’avait pas évolué depuis les années 50 ou 60 et c’est à partir de cette vision du Parti qu’une candidature issue de nos rangs était «irrecevable».
Problème d’agenda
D’autres membres éminents du PCF ne partagent pas cette analyse. Selon eux, l’avenir du PCF se joue au niveau d’un rassemblement et nulle part ailleurs. En sachant à priori que la candidature de Buffet posait problème, la direction aurait du favoriser d’autres options. Et on en revient au point de départ. Tout le monde attend que le parti communiste prenne ses responsabilités… Et quand il les prend … Les «contestataires» de l’intérieur se sont peut-être trompés d’agenda. Le renouveau du parti qu’ils appellent de leurs vœux et pour lequel ils militent et travaillent, nécessitait-il une distanciation avec la direction au moment où précisément se joue l’avenir du PCF? Fallait-il absolument fragiliser la seule organisation populaire partie prenante dans une tentative originale de rassemblement?
Ron Linder
Gauchebdo, Suisse, janvier 2007
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