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mardi 15 janvier 2008

Suisse: Un PSS de gauche, c’est possible

Si Christian Levrat ne se dédit pas, s’il évite le piège d’une quelconque alliance, utile ou nécessaire, avec le social-libéralisme dont se réclament, plus ou moins explicitement, certains de ses amis politiques,
il pourrait bien être le… chaînon manquant, modernisateur, entre la sociale démocratie et le socialisme en Suisse.
Il est de cette gauche réelle, capable de prendre rendez-vous avec l’Histoire. Candidat à la présidence nationale du Parti socialiste, il lui faudra trouver les forces pour affirmer et imposer son combat pour plus de justice sociale dans un parti parfois trop confortablement installé dans le consensus national. Et même si, au lendemain d’une défaite électorale historique, les socialistes réclament le renforcement du parti national, il est raisonnable de considérer que l’ « axe progressiste » ne fera pas l’unanimité, loin s’en faut. Le cantonalisme et le localisme risquent de peser lourds pour empêcher ce fameux « retour aux sources », à la classe ouvrière, au monde du travail, aux salariés, prôné par Levrat et d’autres dirigeants romands. Il est presque regrettable qu’il soit le seul candidat à la présidence. Cela prive le monde politique d’une évaluation réelle de l’impact idéologique au sein du PS.
Le Conseiller national fribourgeois et dirigeant syndical se veut « carré »: « le PS doit être fidèle à ses valeurs, explique-t-il à Gauchebdo ». Et de cibler le message: Nous sommes proches du PST/POP et des autres partis de la gauche sur l’essentiel : la répartition capital-travail et la qualité du filet social. Si je suis élu à la présidence du parti socialiste, cette unité de vue améliorera nos relations avec la gauche de la gauche. Nos divergences ne sont que doctrinales. » Il est favorable à l’idée d’un salaire minimum national : « il faut surtout éviter de décrédibiliser l’idée. Evitons de nous précipiter. Consolidons le dossier. Voyons ce qui se passe dans les cantons…. ». Prudent le prochain « patron » du PS ? Surtout attentif à ne pas se brûler les ailes avant de les avoir déployées. Mais le syndicaliste qu’il est encore s’engage : « La syndicalisation des salariés est un thème prioritaire. Mais le patronat doit prendre conscience de la situation et prendre ses responsabilités. Dans certains secteurs, on touche aux limites du système. Dans l’industrie des technologies nouvelles, par exemple, il n’y a même pas d’organisation patronale avec laquelle négocier. » Et sur le thème d’un front commun entre le monde syndical et le monde politique pour maintenir les acquis sociaux, l’homme aux deux casquettes est un peu moins catégorique : « Faire front sur les questions sociétales, oui. Mais les rôles ne doivent pas être confondus. L’action syndicale doit être autonome pour être efficace. ».
Christian Levrat sait communiquer. C’est précisément ce que n’a pas su faire son organisation ces dernières années. Comme d’autres, les socialistes se sont laissés entraînés dans le sillage des stratégies de leurs adversaires. Avec pertes et fracas. C’est l’autre pari du politicien fribourgeois :
donner… envie de la gauche aux citoyens.
Le congrès du PSS aura lieu le 1 mars.
Ron Linder ; Gauchebdo, Suisse, janvier 2008

jeudi 29 novembre 2007

Suisse: A Genève, le mépris de gauche

Les fonctionnaires de la ville de Genève réclament leur du. Le conseil administratif (la mairie), majoritairement de gauche se laisse tirer l’oreille… Et les travailleurs de constater que le mépris n’est pas le triste privilège des patrons de droite.

Très courtois, le porte-parole de la camarade Salerno, la conseillère administrative socialiste chargée des finances à la ville de Genève. Courtois et efficace : « le Conseil administratif ne communique pas sur le problème posé par les fonctionnaires municipaux. Les négociations sont en cours. » Et d’ajouter : « on en parle tous les jours dans les médias, de cette affaire ».Oui mais non ! « On » en parle justement assez peu, dans les médias, des fonctionnaires municipaux genevois qui se demandent pourquoi quand « y a des sous, on reçoit rien de plus que quand y avait pas de sous ». Surtout, « on » ne les prend pas trop au sérieux. Ou pire, « on » les prend pour des fainéants privilégiés, des « je me la coule douce »… Les remarques acerbes, les phrases assassines pullulent pour dénoncer les agents du service public en général. C’est un sport dans un pays où, précisément, le service public fonctionne bien, au point d’intéresser le privé. Les projets d’externalisation de certains services que l’on prête au conseiller administratif radical Pierre Maudet, n’auraient pas de sens s’ils ne répondaient pas à une logique marchande. La confusion, installée entre la contestation de la qualité du travail des fonctionnaires et la logique libérale qui veut moins d’Etat au profit des entrepreneurs, fait son bonhomme de chemin. Il est plus facile, plus… communicant d’affirmer que le secteur privé coûte moins cher à la communauté, que le service public. Les fonctionnaires, par leur statut, seraient moins productifs. Haro donc sur les travailleurs du service public. L’argument connaît un succès retentissant. Il est erroné : le service public relève d’une logique incontournable: la communauté jouit d’une autonomie d’action, d’une indépendance parce que, précisément, les fonctionnaires ne dépendent pas d’une logique exclusivement financière. Aucune étude scientifique ne démontre qu’ils travaillent plus mal que d’autres, que leurs avantages sociaux ou leurs revenus ne coïncident pas, peu ou prou, avec ceux des autres salariés du pays. Comme par hasard, les services sociaux fatalement déficitaires n’intéressent pas les entrepreneurs. La récolte des amendes de circulation, oui.

Les fonctionnaires municipaux genevois rencontrés, n’en veulent pas à Pierre Maudet d’être lui-même : un adepte de l’économie de marché, un libéral pur sucre. Ils se montrent plus circonspects à l’égard des autres élus, des autres patrons de la ville de Genève : le vert Mugny, les socialistes Tornare et Salerno. Et même l’élu d’A Gauche Toute !, Remy Pagani. Pourtant ce dernier, fait ce qu’il peut. D’après certaines informations concordantes, il freine autant que possible, les pulsions purement gestionnaires des trois autres élus de gauche. Et le groupe municipal « A Gauche toute ! », menace de ne pas voter le budget si les revendications, jugées au minimum légitimes, des travailleurs ne sont pas rencontrées: ils réclament la reprise des mécanismes salariaux, la participation à l'assurance maladie et la redistribution d'une prime au personnel en rapport avec les comptes 2007. La ville de Genève réalise un excédent de plus de 47 millions de francs. Beaucoup plus selon certaine sources. Une manne… Rien pour les fonctionnaires qui depuis trois ans sont privés d’annuités statutaires parce que le budget était déficitaire. Pendant ce temps, au Locle, le budget modestement bénéficiaire profite aussi aux employés municipaux dont les revenus augmentent de 1%. C’est une question de culture politique sans doute, pas une question comptable. Au Locle, la gauche est de gauche. A Genève, la gauche est… de Genève.
Outre l’aspect purement financier, extrêmement important pour les bas salaires, la tension qui règne en ville de Genève est paraît-il palpable, selon la syndicaliste du SIT, Valérie Buchs : « il n’y a plus d’embauche et les prestations sont plus importantes. Les gens travaillent plus ». « Nous sommes exaspérés, explique un membre du « comité de grève » qui prépare l’arrêt de travail du 4 décembre. Salerno mène une politique antisociale. Nous ne demandons que le respect des statuts. N’importe qui, dans n’importe quelle profession, s’énerverait si une convention collective était bafouée. Sincèrement, nous ressentons du mépris de la part du Conseil administratif, et on ne peut pas s’empêcher de se dire que les patrons de gauche peuvent être pires que ceux de droite. Les pressions sur les travailleurs pour qu’ils ne débraient pas le 4 décembre sont nombreuses. Et ce n’est pas par hasard si je vous demande de ne pas citer mon nom ou ma fonction dans le journal. »… La colère des fonctionnaires, ce ne serait donc pas uniquement une histoire de sous…
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007

mardi 30 octobre 2007

Russie: Octobre 1917, La révolution inachevée

Lénine était encore à Zurich au mois de mars 1917, au lendemain de l’abdication du Tsar Nicolas II, quand, dans quatre courriers, il exigeait de ses camarades la préparation active de la phase « prolétarienne » de la révolution. Les soviets, ces organes révolutionnaires qui pullulaient partout dans le pays, et qui se développaient souvent de façon anarchique, devaient prendre le pouvoir par la force et mettre fin à la guerre impérialiste avec l’Allemagne. Même au prix d’une guerre civile qu’il considérait comme inévitable dans tout processus révolutionnaire. Dans ses « Thèses d’Avril » rédigées dès son retour en Russie, il attaqua encore la légitimité de la république parlementaire et du processus démocratique. Exilé en Finlande, après les manifestations réprimées de juillet, il n’abandonna pas l’idée de la nécessité d’une prise de pouvoir par la force : "En proposant une paix immédiate et en donnant la terre aux paysans, les bolcheviks établiront un pouvoir que personne ne renversera, écrivait-il. Il serait vain d'attendre une majorité formelle en faveur des bolcheviks. Aucune révolution n'attend ça. L'Histoire ne nous pardonnera pas si nous ne prenons pas maintenant le pouvoir."
La vérité est bonne à dire. Lénine dut batailler ferme au sein du parti bolchévik pour imposer l’idée de la prise du pouvoir par la force. Et ce n’est vraisemblablement pas son prétendu goût du sang et de la castagne qui le poussait à espérer et prévoir une révolution par les armes. La Russie, en automne 1917 était exsangue : le gouvernement bourgeois, issu des révoltes de février et de la chute de la monarchie, était paralysé, persévérait dans la poursuite de la guerre désastreuse contre l’Allemagne au prix de 1.600.000 morts et 6.000.000 de blessés, maintenait les privilèges des gros propriétaires terriens au détriment des paysans, se montrait totalement incapable de faire fonctionner les corps de l’Etat, l’administration, la police, l’économie. L’armée, composée essentiellement de paysans allait de défaite en défaite : de juin à octobre 1917, près de deux millions de soldats désertèrent.
La société dut concevoir les conditions de son autonomie. Dès février 1917, les comités d’usine, de soldats, les soviets de quartiers, les milices ouvrières se multiplièrent et s’organisèrent tant bien que mal. Certains dirent que ce fut une « fête de liberté », d’autres constatèrent l’anarchie.
Les Bolcheviks craignaient l’anarchie. Depuis la création de leur parti en 1903, ils avaient opté pour une stratégie volontariste en rupture avec l’ordre existant. Lénine, dans les semaines qui précédèrent la prise du Palais d’Hiver, s’en tint à cette analyse. La révolution lui semblait la solution évidente. Mais il développa un point de vue nouveau : dans son essai "L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme". Il envisageait la révolution non dans le pays où le capitalisme était le plus fort, mais dans un État économiquement peu développé comme la Russie, à condition que le mouvement révolutionnaire y fût dirigé par une avant-garde disciplinée, prête à aller jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu’à la dictature du prolétariat et la transformation de la guerre impérialiste en une guerre civile.
La Révolution d’Octobre eut lieu… en toute logique léniniste. Elle fut, compte tenu des événements géopolitiques, un moindre mal. Et, compte tenu, de la misère des travailleurs et paysans russes, l’objet d’un espoir raisonnable. La fin de la guerre avec l’Allemagne, la redistribution des terres, en attendant leur impopulaire collectivisation quelques années plus tard, la réorganisation de la société malgré la guerre civile, le soutien militaire des pays occidentaux aux armées blanches, l’isolement économique international, le cumul d’événements dramatiques et les situations complexes ou inextricables rendirent les objectifs des communistes difficiles à atteindre. Une bureaucratie lourde, héritière d’institutions tsaristes, développée au rang de classe sociale dominante puis de corps quasi autonome d'un pouvoir sans énergie , la nécessaire mais périlleuse et perverse sécurisation du pays, au prix de nombreuses libertés individuelles, la tentation nationaliste russe au détriment des républiques et peuples allophones de l’Union soviétique creusèrent le fossé empêchant les idées de la Révolution d’avancer.
Il n’en demeure pas moins que, dans toute l’Europe, cette révolution, dont l’importance est contestée par ceux qui, précisément, contestent le principe de la justice sociale vue « d’en bas », fut un des moteurs des luttes ouvrières, syndicales et politiques pour une société plus juste. Elle fut bien entendu imparfaite mais rendit indubitablement service à l’Humanité.
Mais surtout, et peut-être est-ce cela qui lui attire encore la haine des « bien –pensants », la Révolution d’Octobre est inachevée. Avec d’autres moyens, d’autres stratégies, une autre approche du bien public, du bien commun, les idées généreuses d’une révolution populaire peuvent encore servir les intérêts des femmes et des hommes soumis au pouvoir du capitalisme violent, barbare. A nous d’inventer les façons de la mener avec des valeurs nouvelles. Rien ne dit qu’il ne faudra pas, un jour ou l’autre, reprendre d’assaut un Palais d’Hiver, symbolique ou non, pour mettre fin à un pouvoir absolu imposé et inacceptable. Nous saurons alors choisir les meilleures armes de cette démocratie que nous concevons.
« Socialisme ou barbarie » disait Rosa Luxembourg. Socialisme devons-nous répondre encore et toujours !
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007

Suisse: A la recherche du P.S.ychologiquement correct

Affaibli électoralement, le Parti socialiste suisse voudrait penser plus à gauche, plus social, pour reconquérir la vox populi qui lui échappe et lorgner encore et toujours sur sa droite pour rester, autant que faire se peut, dans la foulée des partis gouvernementaux. Il affiche une schizophrénie politique qui se veut pragmatique. Et « pragmatique », c’est le surnom que se donne en Suisse ou ailleurs, tout social démocrate qui se respecte. S’ils se laissaient aller à une quelconque inadéquate immodestie, certains socialistes s’afficheraient comme « Pragmatiques Sociaux », PS. Sauf que leur pragmatisme, parce que l’idée de plaire à tout le monde et de ratisser large après la déconvenue du 21 octobre ne les quitte pas, risque de les rendre moins attentifs encore aux revendications populaires et aux batailles à venir pour le maintien des acquis sociaux. Le pragmatisme des socialistes, au lendemain de leur défaite, se résume à reconsidérer leur « public-cible » et à le reconquérir. En laissant peut-être les plus marginaux, les citoyens les moins « économiquement centristes » succomber sous les slogans xénophobes et d’exclusion de l’UDC. Parce que, outre, la puissance communicatrice de l’UDC, ses budgets astronomiques, ses thèmes de campagne populistes, désastreux, ignominieux mais efficaces, ce qu’il conviendrait de retenir du scrutin fédéral, c’est l’absence de projets et de propositions des socio-démocrates. Ni projet de société, ni proposition sociale, économique, sociétale ou culturelle qui puisse voir le jour à court ou moyen terme. Et ce n’est pas un hasard. Le PS est un parti individualiste. Ses candidats ont mené des campagnes personnelles. L’image plus sociale des candidats romands était sans doute plus adéquate que le caractère urbain et bourgeois des discours de leurs collègues alémaniques, mais ce n’est pas le Parti socialiste qui a mené une campagne plus ou moins à gauche.

Le PSS fait presque cavalier seul à gauche de l’échiquier politique du pays. Les Verts glissent vers la droite malgré quelques résistances internes. L’extrême gauche et le PST survivent difficilement. Les mouvements alternatifs et syndicaux sont trop faibles. Garant autoproclamé des valeurs sociales et laïques, le PSS entend participer au pouvoir. En même temps, il est le relais législatif social indispensable pour empêcher, ou tenter d’empêcher, la droite de se vendre totalement aux patrons.
A moins que la gauche de la gauche ne retrouve au plus vite une place digne de ce nom dans le débat politique, rien ne changera. Et beaucoup dépendra, à gauche, d’un parti socialiste ballotant au gré des personnalités plus que des idées fondamentales. Pourtant, le PSS devra concevoir, créer son propre avenir. Nulle part, en Europe il ne trouvera une situation hégémonique équivalente à la sienne. Partout, à la gauche de la social démocratie, le mouvement social, alternatif ou politique est plus actif et mieux représenté qu’en Suisse.
Le SPD allemand, tente de se réveiller d’une longue période de compromission, de… pragmatisme pourrait-on écrire. L’émergence du parti résolument progressiste, Die Linke, rappelle les socio démocrates allemands à une autre forme de réalisme en revenant aux notions élémentaires de « socialisme démocratique » et d’ « Etat social prévoyant ». En Italie, le nouveau Parti démocrate doit compter avec des centrales syndicales et des partis communistes actifs. Même en Grande Bretagne, en Espagne ou en France, en Grèce, au Portugal, la social démocratie a des comptes à rendre à la gauche politique, associative ou syndicale. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans les pays nordiques, se sont les syndicats qui, le cas échéant, rappellent les socialistes à l’ordre.
Le PSS se retrouve dans une de ces configurations historiques : revenir collectivement à des valeurs et des messages essentiels pour une justice sociale évidente dans un pays riche. Ce sera le prix à payer pour cesser de perdre. Au lieu du mot pragmatique, les camarades du PSS devraient peut-être s’intéresser à nouveau au terme : « solidaire ». C’est un mot très concret aussi, et, bien compris, très efficace.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007

lundi 1 octobre 2007

Suisse: Biographie de Léon Nicole: André Rauber ne partage pas l'analyse freudienne "tuer le père" et réponse...

Dans un courriel à Gauchehebdo qui paraîtra cette semaine, André Rauber émet des réserves quant à mon commentaire sur sa biographie de Léon Nicole:

extrait:
"Je voudrais également souligner que je ne partage pas « l’analyse freudienne » (Tuer le père !) de l’auteur de l’article pour expliquer le conflit qui aboutit, en 1952, à la séparation puis à l’exclusion de Léon Nicole du Parti du Travail. A la lecture de mon ouvrage, qui retrace le cheminement personnel et politique précis du leader ouvrier genevois, chacun pourra affiner son analyse du « phénomène Léon Nicole ».

André Rauber "


ma réaction:
Prendre la mesure de l'Histoire
Les précisions d'André Rauber sont précieuses et importantes tant les événements qui ont marqué la vie politique de Léon Nicole ont été complexes. L'auteur de sa biographie ne s'associe pas au titre du commentaire qui accompagnait son interview, dans Gauchebdo de la semaine dernière. André Rauber a cherché à maintenir son travail dans le cadre strict d'une recherche historique. Le rôle du commentateur n'est pas le même: plus de soixante ans après la mort du chef socialiste genevois, il n'est pas inutile de situer son action, ses choix, ses attitudes, à une aulne plus contemporaine. Léon Nicole fut sans aucun doute un monument du socialisme suisse, il n'est n'est plus l'icône. C'est aussi la conclusion d'André Rauber qui cite Primo Levi et sa suggestion de ne suivre aucun prophète.
la formule "il fallait tuer le père" utilisée dans mon commentaire, n'était pas seulement une référence freudienne et l'article lui-même ne se revendiquait pas d'une école psychanalitique.
La référence à la pensée de Freud - qui me semble cohérente dans le contexte de l'époque - se doublait surtout et prioritairement d'un constat politique, pas d'une analyse. Le livre de Rauber et mes conversations avec de Michel Buenzod qui côtoya Léon Nicole, ne démentent pas que ses convictions socialistes incontestables, son intégrité inébranlable, étaient souvent empêtrées dans un entêtement dont beaucoup déjà, dès 1945, un an après fondation du Parti du Travail, s'inquiétaient.
Mon commentaire visait à rappeler l'intelligence et le courage politique des dirigeants du Parti du Travail quand ils votèrent l'exclusion de Léon Nicole. Compte tenu de la puissance politique du personnage, de sa popularité, de son importance au sein du Parti, la formule "il fallait tuer le père" est-elle exagérée?
Je partage l'avis d'André Rauber: il convient de lire son livre. Pour prendre la leçon et la mesure de l'Histoire.
Ron Linder

mardi 5 juin 2007

Belgique: Jacques Nagels pour un socialisme possible et nécessaire

En mauve, les textes repris dans d'autres médias

Les Belges voteront le 10 juin pour renouveler leurs parlements. Le relativement fantomatique Parti communiste a déposé des listes dans les provinces francophones sans espoir particulier si ce n'est celui de confirmer son existence à celles et ceux - surtout à gauche - qui l'ont enterré depuis des lustres.
Parmi les candidats au Sénat, Jacques Nagels, ancien professeur d'Economie à l'Université libre de Bruxelles, oeuvre pour une réévaluation des acquits et des valeurs du socialisme:

"Il faut mettre un arrêt aux privatisations et promouvoir des services publics de qualité et efficients, il faut stopper la précarisation notamment en renforçant la sécurité sociale, il faut des transports en commun gratuits et efficaces, il faut une fiscalité plus équitable. L’application de ces mesures concrètes et partielles nous rapprochera du socialisme que j’appelle de mes voeux

La raison en est simple : je suis devenu membre du PCB à l’âge de 21 ans parce que les objectifs du Parti – et à long terme la volonté d’instaurer le socialisme – correspondaient intégralement à ma vision du monde. Aujourd’hui, en 2007, la société n’a pas fondamentalement changé, elle est toujours capitaliste et les objectifs de jadis restent les mêmes.

On pourrait me rétorquer : partout où le socialisme a été instauré, il s’est effondré ou il s’est mué en un système social qui n’a plus rien à voir avec le socialisme. Je ne le nie pas. C’est la triste vérité historique. Cela enlève-t-il quelque chose à l’idéal socialiste ? Ma réponse est catégorique : NON.
En fait, le projet " socialiste " en URSS, en Europe de l’Est, en Chine, a été perverti. L’expérience de la construction du socialisme a échoué.
Cela discrédite-t-il toute tentative de construire le socialisme ? La réponse est toute aussi ferme : NON.
Cette construction du socialisme doit prendre en compte les échecs du " socialisme réalisé " et, à partir de là, œuvrer pour un projet de socialisme authentique.
C’est un socialisme démocratique qui non seulement prend en compte le verdict des urnes mais qui de surcroît exerce un contrôle des électeurs sur les élus, qui recourt à des référendums d’initiative populaire quand des questions majeures se posent…
C'est-à-dire un socialisme qui s’en prend frontalement au pouvoir exorbitant des grandes entreprises multinationales et nationales. Qui interdit au grand capital de prendre la poudre d’escampette quand le taux de profit est plus élevé dans d’autres régions du monde. Qui l’oblige d’investir à l’intérieur de nos frontières et donc de créer de l’emploi. Et s’il refuse de s’incliner, la sanction sera simple : une participation croissante de l’Etat dans le capital. La nationalisation n’interviendra que si le grand capital pèche par incivisme.
C'est-à-dire un socialisme qui modernise l’appareil de production en investissant massivement dans la recherche – développement et dans les nouvelles technologies. Dans ce domaine, la Belgique accuse des retards significatifs. Ici encore, une législation appropriée peut forcer le capital à investir plutôt qu’à satisfaire le plaisir de ses actionnaires.
Dans l’immédiat il faut mettre un arrêt aux privatisations et promouvoir des services publics de qualité et efficients, il faut stopper la précarisation notamment en renforçant la sécurité sociale, il faut des transports en commun gratuits et efficaces, il faut une fiscalité plus équitable. L’application de ces mesures concrètes et partielles nous rapprochera du socialisme que j’appelle de mes voeux."
source: http://www.particommuniste.be/

samedi 2 juin 2007

Notes djazzy: foi d'incroyant, la messe n'est pas dite

Je me lance dans l'"impro", je vais me payer un "boeuf" de temps à autre sur toutes les scènes de l'actualité et des idées.
Aux articles publiés dans Gauchebdo, j'ajouterai désormais sur ce blog, en rouge dans le texte, des petits solos de batterie plus ou moins énergiques, toujours subjectifs.

Pas d'opinion à l'emporte-pièce, des réflexions, des nostalgies, quelques souvenirs ou le témoignage de la mémoire des autres, des plans sur la comète sans doute, des projets et des idées décortiquées autant que faire se peut. Mais l'un dans l'autre, il faudra que ça swingue, que ça balance... Parce que les trémolos désespérés de mes petits camarades me fatiguent et que... foi d'incroyant, la messe n'est pas dite: l'avenir est à ceux qui se révoltent tôt contre les tranquilles arrogances des champions de la finance et les ambitions méprisantes des intégristes religieux de tous poils. Si la gauche devait, par inadvertance, ne plus exister par elle-même, par l'expression et la communication de ses idées, elle existera pour réagir aux volontés assassines d'un pape, d'un mollah, d'un rabbin ou des marchands d'armes, institutionnels ou non, partenaires privilégiés de grands médias, de banquiers mondiaux, de pollueurs.
Le socialisme, cette philosophie qui suggère le progrès collectif plutôt que le progrès égoïste, est un recours... celui des femmes et des hommes libres, solidaires et conscients des réalités. Un recours d'autant plus actuel qu'il assume ses fautes et ses erreurs dans l'Histoire.
Réécrivons les fondamentaux d'un communisme occidental. Relisons Marx et replaçons ses idées dans le contexte d'une Europe qui a cessé d'être le centre du Monde. Rendons à la laïcité sa fonction essentielle: provoquer le sens humain de la critique, de la contradiction et du paradoxe.
Mais avant tout, retrouvons le sourire.


Europe: La gauche à toutes les sauces du libéralisme

Le recentrage des partis socialistes en Europe sera peut-être l’opportunité pour rebâtir une gauche combative efficace.

Les gauches européennes, parfois en état de décomposition, souvent prisonnières de contradictions essentielles, envisagent sans complexe de se recentrer " à la gauche de la droite " dans des efforts alambiqués de modernisation au nom de l’efficacité et du réalisme imposés par… les lois du marché. La fameuse " théorie " du " ni droite ni gauche " - suicidaire pour les forces progressistes revendicatrices, rassurante pour les citoyens installés dans l’idée du consensus sociétal, nécessaire pour les puissances conservatrices et libérales soucieuses d’en finir avec la confrontation sociale – marque le continent de son empreinte. Les travaillistes britanniques, les socio démocrates allemands, leurs collègues espagnols, belges, luxembourgeois, néerlandais, autrichiens, nordiques, grecs et d’autres encore professent les mérites du réformisme, rejetant, dans le fond sinon dans les formes, les références au marxisme au profit d’une doctrine harmonisant, dans la mesure du possible, l’humanisation de l’économie de marché mondialisée et l’idée, pérenne mais réactualisée au gré des réalités économiques, de l’Etat-providence. Généralement, ces partis se situent au centre gauche de l’échiquier politique : socio démocrates, certes, mais aussi socio libéraux, libéraux sociaux, chrétiens sociaux parfois. Une partie importante de la gauche italienne (DS), composée majoritairement des membres de l’ancien parti communiste (PCI) vient renforcer cette tendance au recentrage : en s’alliant aux catholique modérés, elle crée le Parti Démocrate. Silvio Berlusconi, invité au congrès des DS ne cachait pas son enthousiasme : " j’ai entendu un positionnement social démocrate qui, sur certains points est carrément libéral… Si c’est ça le Parti Démocrate, je suis prêt à m’y inscrire aussi. "
Les encouragements à envisager la création d’une grande formation de centre gauche après la victoire de Nicolas Sarkozy en France, et l’apparent démantèlement électoral des partis de la gauche combative, se précisent. Le bipartisme, l’américanisation – devrait on dire la simplification- du débat politique est à l’ordre du jour. Les résistances semblent affaiblies, l’impact des scrutins personnalisés et médiatisés autorise une approche pratique, efficace… simplifiée de la politique.

Demain la Gauche ?
Tout irait donc mal pour la gauche ? Oui si l’on s’en tient aux chiffres. Partout en Europe, les résultats électoraux des partis progressistes sont, au mieux, modestes, leur influence quasi nulle. Leurs positionnements sur le terrain social ou associatif sont réduits. Les syndicats qui n’épousent pas les thèses réformistes des socio démocrates, stagnent. Pourtant l’état des lieux serait incomplet si la perspective d’une grande alliance de gauche, réellement à gauche, indubitablement marxiste, réaliste et moderne, sociale, féministe, écologique, n’était pas prise en considération. En Allemagne avec le Linkspartei, En Italie, avec les dissidents de la DS et le parti de la Refondation communiste, en France avec l’aile gauche – non négligeable- du PS et les forces de gauche en reconstruction, aux Pays Bas ou en Belgique, il existe à la fois des espaces politiques et des besoins confirmés à la gauche des socio démocrates pour des rassemblement progressiste enfin digne de ce nom.
Le cas de la Suisse est particulier, le morcellement cantonal rend l’évaluation des forces plus complexe, mais il est évident qu’au sein du PS cohabitent les mêmes tendances sociales démocrates, sociales libérales et socialistes de gauche. Le PS n’est pas à l’abri d’appels centristes… et son aile gauche restera sans doute attentive au maintien des valeurs de progrès.
Pour les progressistes suisses, comme dans le reste de l’Europe, plus que jamais, l’intelligence doit être au pouvoir. Parce qu’il faudra répondre aux besoins des gens quand le capital grappillera encore un peu plus de terrain social, culturel… vital.
Le Parti suisse du Travail a été créé il y a plus de soixante ans par des socialistes et des communistes précisément. Quand les conditions l’imposent, les gens de progrès trouvent les moyens de l’action.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007