Le deuxième congrès d Parti de la Gauche européenne s’est réuni à Prague ce dernier weekend de novembre. Des organisations des différents horizons de la gauche communisante, écologique et altermondialiste ont tenté d’asseoir les bases d’une structure commune pour une Europe progressiste et sociale. Le Parti suisse du Travail est partenaire de l’initiative.
Des ambitions concrètes, une appréciation réaliste des forces actuelles de la gauche de la gauche européenne, voilà ce que retient du congrès de Prague, le nouveau délégué suisse à l’exécutif du Parti de la Gauche européenne (PGE), Norberto Crivelli : « J’ai bon espoir de voir grandir un véritable parti continental, plutôt qu’un club de partis dont les délégués se rencontrent pour discuter de tout et de rien. Lothar Bisky (Die Linke, Allemagne), le nouveau président du PGE propose une dynamique d’ouverture très nécessaire pour harmoniser des organisations aux antagonismes historiques. Il y a des crises à surmonter. Les 19 partis membres et les nombreux partis observateurs ne sont pas tous des partis communistes monolithiques, traditionnels. Le Bloc portugais, par exemple, ou la Gauche Unie espagnole sont froidement antagonistes des partis communistes, le PCP et le PCE. Ils ne le cachent pas. Cette franchise, au sein du PGE, rassure pourtant certains candidats à l’adhésion. Un délégué du parti des communistes italien (PdCI) me disait apprécier cette fédération de partis et de sensibilités. Nous avons des adversaires communs, des luttes communes, des projets communs. Cela doit être suffisant pour bâtir, ensemble, un parti européen influent. Sans pour autant nier nos différences et nos divergences. Ce que nous devrons apprendre, c’est à les relativiser. Tout le monde s’entend pour affirmer une nouvelle vision de la gauche, une vison refondatrice.»
A entendre le dirigeant du parti communiste tessinois, le PGE ressemble au PST : « Nous avons effectivement une expérience à mettre à la disposition du parti européen. Nous ne sommes pas les seuls. Mais notre système de sections cantonales très autonomes, des sensibilités politiques complémentaires ou, parfois, divergentes au sein d’une même organisation coïncide assez justement avec cette grande structure européenne qui se développe à la gauche du parti socialiste avec des communistes, des écologistes, mais aussi des socialistes de gauche ou des éléments très radicaux. Nous vivons cette réalité, au PST, depuis la création de notre parti, en 1944. Nous pourrions aussi apporter notre vécu et notre savoir pratique dans le domaine plus général du développement de la démocratie participative que revendique le PGE, au sein de l’Union européenne, qui se prononce dans l’immédiat pour des referendums sur l’avenir du projet européen. La situation du PST est évidement un peu particulière, au sein du PGE. Nous en sommes membres à part entière, totalement intégrés à la structure sans que notre pays ne soit membre de L’Union européenne. Dans bien des domaines spécifiques, la législation de l’Union par exemple, notre contribution est plus que limitée, mais d’un autre côté, nous jouissons d’une liberté d’appréciation de ce que nous entendons, ce qui peut être utile à nos camarades. Quoi qu’il en soit, l’avenir dira si nous sommes entendus, nous les représentants d’un petit parti, d’un petit pays. Mais encore une fois, j’ai confiance : nous sommes parmi les nôtres pour lutter pour le droit syndical, l’environnement, pour le monde agricole, pour une Europe des citoyens. »
Propos recueillis par Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
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jeudi 29 novembre 2007
jeudi 22 novembre 2007
Suisse-Europe : l’Internationale "brun clair" existe…
Il nous est parfois fait grief, même chez nos amis politiques, de dénoncer le fascisme de l’UDC. Certains puristes de la science politique s’inquiètent de la banalisation du terme, d’autres, pragmatiques, estiment que le parti blochérien, aussi insupportable puisse-t-il être, ne s’inscrit pas dans la ligne de Mussolini, Franco, Salazar ou des ligues françaises de l’entre-deux guerres, par exemple. Tout au plus, reprocheraient-ils à l’UDC d’avoir accordé l’asile à quelques anciens militants nazillons, un adepte de la secte Moon en rédemption, quelques racistes déclarés, deux ou trois négationnistes de la Shoah… Mais ils persistent à considérer qu’un parti qui admet les principes et les règles de la démocratie n’est pas un parti fasciste. Ne prenons pas acte de cette dernière affirmation sans rappeler que la démocratie fut toujours, à un moment ou l’autre de l’Histoire, l’otage, puis la victime du fascisme, précisément.
La Société du Mont Pélerin
Le débat existe en fait. Considérer l’UDC comme fasciste est facile et pratique, mais pas efficace. Plus prosaïquement, ce n’est pas dans le passé nauséabond qu’il convient de chercher son « fonds » idéologique. L’UDC répond aux critères modernes de l’ultralibéralisme. Elle est en Suisse l’avant-garde du mouvement pour la déstructuration sociale. Elle se nourrit des réflexions et des travaux des penseurs les plus réactionnaires, souvent les plus brillants aussi, qui cogitent, entre autres think tanks et fondations, au sein de la Société du Mont Pèlerin, près de Montreux. Ce rassemblement d’experts de haut niveau (huit prix Nobel d’économie y ont adhérés) défend pour l’essentiel une vision libérale radicale. Ses membres envisagent le danger du « plus d’Etat », de « Etat-Providence », du « pouvoir des syndicats »… des « entreprises monopolistiques » et « la menace de l’inflation ».
Moins d’Etat, c’est plus de pouvoir à la Bourse
Cela nous éloigne évidemment de Zottel, la chèvre- peluche « made in China », propagandiste en chef de la campagne blochérienne contre les immigrés, pour une Suisse aux Suisse, contre l’Etat social et responsable de ses citoyens les plus fragiles, pour une sécurisation de la société…
Peut-être moins qu’il n’y paraît. Christophe Blocher et ses idées… « révolutionnaires » séduisent les électeurs autour d’un thème central, pratiquement un non-dit : « citoyen, occupes-toi de toi-même, protège tes intérêts, ton terroir. Tu es ton propre avenir ». En d’autres termes, « ne laisse pas la communauté se soucier de toi ». Le message des grosses têtes pensantes de l’économie libérale ne dit rien d’autre. Moins d’Etat, c’est plus de pouvoir à la bourse et à l’entrepreneur. Au capitalisme pur et dur.
Des dirigeants « propres sur eux »
Et l’UDC n’est qu’un bataillon parmi d’autres en Europe. L’extrême droite en Flandre, au Danemark, en Norvège, aux Pays-Bas, en Autriche, s’est transformée en des partis habiles dont les dirigeants sont « propres sur eux », symboles de réussites sociales personnelles, étrangers, autant que possible, aux événements funestes de l’Histoire du XXème siècle. La droite dure, on dit déjà moins « l’extrême droite » et pratiquement plus « les fascistes », est totalement décomplexée face à une gauche sans ressort. Sa mission, qu’elle mène à bien, consiste à entraîner les autres forces libérales vers un projet sociétal totalement individualisé. Et privatisé. Dans ces petits pays riches, le citoyen peut à la fois s’affirmer dans sa spécificité locale et admettre l’évidence de la mondialisation économique. Les économistes et les politologues de droite qui ont pensé à ce détail sont des génies.
Pas fasciste. Mais…
L’internationale « brun clair » existe. Elle n’est donc pas fasciste. Mais il sera difficile de ne pas lui trouver des « marques de fabrique » dont les Européens se seraient bien passés : populiste, xénophobe, raciste, antisociale, autoritariste, chauvine, nationaliste, régionaliste, ultralibérale…
Craignons le pire avec ces partis qui ne sont pas fascistes.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
La Société du Mont Pélerin
Le débat existe en fait. Considérer l’UDC comme fasciste est facile et pratique, mais pas efficace. Plus prosaïquement, ce n’est pas dans le passé nauséabond qu’il convient de chercher son « fonds » idéologique. L’UDC répond aux critères modernes de l’ultralibéralisme. Elle est en Suisse l’avant-garde du mouvement pour la déstructuration sociale. Elle se nourrit des réflexions et des travaux des penseurs les plus réactionnaires, souvent les plus brillants aussi, qui cogitent, entre autres think tanks et fondations, au sein de la Société du Mont Pèlerin, près de Montreux. Ce rassemblement d’experts de haut niveau (huit prix Nobel d’économie y ont adhérés) défend pour l’essentiel une vision libérale radicale. Ses membres envisagent le danger du « plus d’Etat », de « Etat-Providence », du « pouvoir des syndicats »… des « entreprises monopolistiques » et « la menace de l’inflation ».
Moins d’Etat, c’est plus de pouvoir à la Bourse
Cela nous éloigne évidemment de Zottel, la chèvre- peluche « made in China », propagandiste en chef de la campagne blochérienne contre les immigrés, pour une Suisse aux Suisse, contre l’Etat social et responsable de ses citoyens les plus fragiles, pour une sécurisation de la société…
Peut-être moins qu’il n’y paraît. Christophe Blocher et ses idées… « révolutionnaires » séduisent les électeurs autour d’un thème central, pratiquement un non-dit : « citoyen, occupes-toi de toi-même, protège tes intérêts, ton terroir. Tu es ton propre avenir ». En d’autres termes, « ne laisse pas la communauté se soucier de toi ». Le message des grosses têtes pensantes de l’économie libérale ne dit rien d’autre. Moins d’Etat, c’est plus de pouvoir à la bourse et à l’entrepreneur. Au capitalisme pur et dur.
Des dirigeants « propres sur eux »
Et l’UDC n’est qu’un bataillon parmi d’autres en Europe. L’extrême droite en Flandre, au Danemark, en Norvège, aux Pays-Bas, en Autriche, s’est transformée en des partis habiles dont les dirigeants sont « propres sur eux », symboles de réussites sociales personnelles, étrangers, autant que possible, aux événements funestes de l’Histoire du XXème siècle. La droite dure, on dit déjà moins « l’extrême droite » et pratiquement plus « les fascistes », est totalement décomplexée face à une gauche sans ressort. Sa mission, qu’elle mène à bien, consiste à entraîner les autres forces libérales vers un projet sociétal totalement individualisé. Et privatisé. Dans ces petits pays riches, le citoyen peut à la fois s’affirmer dans sa spécificité locale et admettre l’évidence de la mondialisation économique. Les économistes et les politologues de droite qui ont pensé à ce détail sont des génies.
Pas fasciste. Mais…
Dans ces pays où la droite dure est potentiellement ou pratiquementEn France, un pays important où la stratégie des « petits et riches » ne fonctionne pas, Nicolas Sarkozy a embrassé quelques idées maîtresses de Jean Marie Le Pen. En Flandre, les partis catholiques et libéraux ont été élus sur un programme populiste et conservateur. Les Danois retrouveront l’extrême droite au gouvernement. La politique batave en matière d’immigration renie des siècles d’ouverture…
un partenaire acceptable pour les autres forces politiques, la pensée
ultralibérale et réactionnaire fait son chemin. Elle devient
incontournable.
L’internationale « brun clair » existe. Elle n’est donc pas fasciste. Mais il sera difficile de ne pas lui trouver des « marques de fabrique » dont les Européens se seraient bien passés : populiste, xénophobe, raciste, antisociale, autoritariste, chauvine, nationaliste, régionaliste, ultralibérale…
Craignons le pire avec ces partis qui ne sont pas fascistes.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
mardi 30 octobre 2007
Suisse: A la recherche du P.S.ychologiquement correct
Affaibli électoralement, le Parti socialiste suisse voudrait penser plus à gauche, plus social, pour reconquérir la vox populi qui lui échappe et lorgner encore et toujours sur sa droite pour rester, autant que faire se peut, dans la foulée des partis gouvernementaux. Il affiche une schizophrénie politique qui se veut pragmatique. Et « pragmatique », c’est le surnom que se donne en Suisse ou ailleurs, tout social démocrate qui se respecte. S’ils se laissaient aller à une quelconque inadéquate immodestie, certains socialistes s’afficheraient comme « Pragmatiques Sociaux », PS. Sauf que leur pragmatisme, parce que l’idée de plaire à tout le monde et de ratisser large après la déconvenue du 21 octobre ne les quitte pas, risque de les rendre moins attentifs encore aux revendications populaires et aux batailles à venir pour le maintien des acquis sociaux. Le pragmatisme des socialistes, au lendemain de leur défaite, se résume à reconsidérer leur « public-cible » et à le reconquérir. En laissant peut-être les plus marginaux, les citoyens les moins « économiquement centristes » succomber sous les slogans xénophobes et d’exclusion de l’UDC. Parce que, outre, la puissance communicatrice de l’UDC, ses budgets astronomiques, ses thèmes de campagne populistes, désastreux, ignominieux mais efficaces, ce qu’il conviendrait de retenir du scrutin fédéral, c’est l’absence de projets et de propositions des socio-démocrates. Ni projet de société, ni proposition sociale, économique, sociétale ou culturelle qui puisse voir le jour à court ou moyen terme. Et ce n’est pas un hasard. Le PS est un parti individualiste. Ses candidats ont mené des campagnes personnelles. L’image plus sociale des candidats romands était sans doute plus adéquate que le caractère urbain et bourgeois des discours de leurs collègues alémaniques, mais ce n’est pas le Parti socialiste qui a mené une campagne plus ou moins à gauche.
Le PSS fait presque cavalier seul à gauche de l’échiquier politique du pays. Les Verts glissent vers la droite malgré quelques résistances internes. L’extrême gauche et le PST survivent difficilement. Les mouvements alternatifs et syndicaux sont trop faibles. Garant autoproclamé des valeurs sociales et laïques, le PSS entend participer au pouvoir. En même temps, il est le relais législatif social indispensable pour empêcher, ou tenter d’empêcher, la droite de se vendre totalement aux patrons.
A moins que la gauche de la gauche ne retrouve au plus vite une place digne de ce nom dans le débat politique, rien ne changera. Et beaucoup dépendra, à gauche, d’un parti socialiste ballotant au gré des personnalités plus que des idées fondamentales. Pourtant, le PSS devra concevoir, créer son propre avenir. Nulle part, en Europe il ne trouvera une situation hégémonique équivalente à la sienne. Partout, à la gauche de la social démocratie, le mouvement social, alternatif ou politique est plus actif et mieux représenté qu’en Suisse.
Le SPD allemand, tente de se réveiller d’une longue période de compromission, de… pragmatisme pourrait-on écrire. L’émergence du parti résolument progressiste, Die Linke, rappelle les socio démocrates allemands à une autre forme de réalisme en revenant aux notions élémentaires de « socialisme démocratique » et d’ « Etat social prévoyant ». En Italie, le nouveau Parti démocrate doit compter avec des centrales syndicales et des partis communistes actifs. Même en Grande Bretagne, en Espagne ou en France, en Grèce, au Portugal, la social démocratie a des comptes à rendre à la gauche politique, associative ou syndicale. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans les pays nordiques, se sont les syndicats qui, le cas échéant, rappellent les socialistes à l’ordre.
Le PSS se retrouve dans une de ces configurations historiques : revenir collectivement à des valeurs et des messages essentiels pour une justice sociale évidente dans un pays riche. Ce sera le prix à payer pour cesser de perdre. Au lieu du mot pragmatique, les camarades du PSS devraient peut-être s’intéresser à nouveau au terme : « solidaire ». C’est un mot très concret aussi, et, bien compris, très efficace.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Le PSS fait presque cavalier seul à gauche de l’échiquier politique du pays. Les Verts glissent vers la droite malgré quelques résistances internes. L’extrême gauche et le PST survivent difficilement. Les mouvements alternatifs et syndicaux sont trop faibles. Garant autoproclamé des valeurs sociales et laïques, le PSS entend participer au pouvoir. En même temps, il est le relais législatif social indispensable pour empêcher, ou tenter d’empêcher, la droite de se vendre totalement aux patrons.
A moins que la gauche de la gauche ne retrouve au plus vite une place digne de ce nom dans le débat politique, rien ne changera. Et beaucoup dépendra, à gauche, d’un parti socialiste ballotant au gré des personnalités plus que des idées fondamentales. Pourtant, le PSS devra concevoir, créer son propre avenir. Nulle part, en Europe il ne trouvera une situation hégémonique équivalente à la sienne. Partout, à la gauche de la social démocratie, le mouvement social, alternatif ou politique est plus actif et mieux représenté qu’en Suisse.
Le SPD allemand, tente de se réveiller d’une longue période de compromission, de… pragmatisme pourrait-on écrire. L’émergence du parti résolument progressiste, Die Linke, rappelle les socio démocrates allemands à une autre forme de réalisme en revenant aux notions élémentaires de « socialisme démocratique » et d’ « Etat social prévoyant ». En Italie, le nouveau Parti démocrate doit compter avec des centrales syndicales et des partis communistes actifs. Même en Grande Bretagne, en Espagne ou en France, en Grèce, au Portugal, la social démocratie a des comptes à rendre à la gauche politique, associative ou syndicale. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans les pays nordiques, se sont les syndicats qui, le cas échéant, rappellent les socialistes à l’ordre.
Le PSS se retrouve dans une de ces configurations historiques : revenir collectivement à des valeurs et des messages essentiels pour une justice sociale évidente dans un pays riche. Ce sera le prix à payer pour cesser de perdre. Au lieu du mot pragmatique, les camarades du PSS devraient peut-être s’intéresser à nouveau au terme : « solidaire ». C’est un mot très concret aussi, et, bien compris, très efficace.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
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samedi 2 juin 2007
Europe: La gauche à toutes les sauces du libéralisme
Le recentrage des partis socialistes en Europe sera peut-être l’opportunité pour rebâtir une gauche combative efficace.
Les gauches européennes, parfois en état de décomposition, souvent prisonnières de contradictions essentielles, envisagent sans complexe de se recentrer " à la gauche de la droite " dans des efforts alambiqués de modernisation au nom de l’efficacité et du réalisme imposés par… les lois du marché. La fameuse " théorie " du " ni droite ni gauche " - suicidaire pour les forces progressistes revendicatrices, rassurante pour les citoyens installés dans l’idée du consensus sociétal, nécessaire pour les puissances conservatrices et libérales soucieuses d’en finir avec la confrontation sociale – marque le continent de son empreinte. Les travaillistes britanniques, les socio démocrates allemands, leurs collègues espagnols, belges, luxembourgeois, néerlandais, autrichiens, nordiques, grecs et d’autres encore professent les mérites du réformisme, rejetant, dans le fond sinon dans les formes, les références au marxisme au profit d’une doctrine harmonisant, dans la mesure du possible, l’humanisation de l’économie de marché mondialisée et l’idée, pérenne mais réactualisée au gré des réalités économiques, de l’Etat-providence. Généralement, ces partis se situent au centre gauche de l’échiquier politique : socio démocrates, certes, mais aussi socio libéraux, libéraux sociaux, chrétiens sociaux parfois. Une partie importante de la gauche italienne (DS), composée majoritairement des membres de l’ancien parti communiste (PCI) vient renforcer cette tendance au recentrage : en s’alliant aux catholique modérés, elle crée le Parti Démocrate. Silvio Berlusconi, invité au congrès des DS ne cachait pas son enthousiasme : " j’ai entendu un positionnement social démocrate qui, sur certains points est carrément libéral… Si c’est ça le Parti Démocrate, je suis prêt à m’y inscrire aussi. "
Les encouragements à envisager la création d’une grande formation de centre gauche après la victoire de Nicolas Sarkozy en France, et l’apparent démantèlement électoral des partis de la gauche combative, se précisent. Le bipartisme, l’américanisation – devrait on dire la simplification- du débat politique est à l’ordre du jour. Les résistances semblent affaiblies, l’impact des scrutins personnalisés et médiatisés autorise une approche pratique, efficace… simplifiée de la politique.
Demain la Gauche ?
Tout irait donc mal pour la gauche ? Oui si l’on s’en tient aux chiffres. Partout en Europe, les résultats électoraux des partis progressistes sont, au mieux, modestes, leur influence quasi nulle. Leurs positionnements sur le terrain social ou associatif sont réduits. Les syndicats qui n’épousent pas les thèses réformistes des socio démocrates, stagnent. Pourtant l’état des lieux serait incomplet si la perspective d’une grande alliance de gauche, réellement à gauche, indubitablement marxiste, réaliste et moderne, sociale, féministe, écologique, n’était pas prise en considération. En Allemagne avec le Linkspartei, En Italie, avec les dissidents de la DS et le parti de la Refondation communiste, en France avec l’aile gauche – non négligeable- du PS et les forces de gauche en reconstruction, aux Pays Bas ou en Belgique, il existe à la fois des espaces politiques et des besoins confirmés à la gauche des socio démocrates pour des rassemblement progressiste enfin digne de ce nom.
Le cas de la Suisse est particulier, le morcellement cantonal rend l’évaluation des forces plus complexe, mais il est évident qu’au sein du PS cohabitent les mêmes tendances sociales démocrates, sociales libérales et socialistes de gauche. Le PS n’est pas à l’abri d’appels centristes… et son aile gauche restera sans doute attentive au maintien des valeurs de progrès.
Pour les progressistes suisses, comme dans le reste de l’Europe, plus que jamais, l’intelligence doit être au pouvoir. Parce qu’il faudra répondre aux besoins des gens quand le capital grappillera encore un peu plus de terrain social, culturel… vital.
Le Parti suisse du Travail a été créé il y a plus de soixante ans par des socialistes et des communistes précisément. Quand les conditions l’imposent, les gens de progrès trouvent les moyens de l’action.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007
Les gauches européennes, parfois en état de décomposition, souvent prisonnières de contradictions essentielles, envisagent sans complexe de se recentrer " à la gauche de la droite " dans des efforts alambiqués de modernisation au nom de l’efficacité et du réalisme imposés par… les lois du marché. La fameuse " théorie " du " ni droite ni gauche " - suicidaire pour les forces progressistes revendicatrices, rassurante pour les citoyens installés dans l’idée du consensus sociétal, nécessaire pour les puissances conservatrices et libérales soucieuses d’en finir avec la confrontation sociale – marque le continent de son empreinte. Les travaillistes britanniques, les socio démocrates allemands, leurs collègues espagnols, belges, luxembourgeois, néerlandais, autrichiens, nordiques, grecs et d’autres encore professent les mérites du réformisme, rejetant, dans le fond sinon dans les formes, les références au marxisme au profit d’une doctrine harmonisant, dans la mesure du possible, l’humanisation de l’économie de marché mondialisée et l’idée, pérenne mais réactualisée au gré des réalités économiques, de l’Etat-providence. Généralement, ces partis se situent au centre gauche de l’échiquier politique : socio démocrates, certes, mais aussi socio libéraux, libéraux sociaux, chrétiens sociaux parfois. Une partie importante de la gauche italienne (DS), composée majoritairement des membres de l’ancien parti communiste (PCI) vient renforcer cette tendance au recentrage : en s’alliant aux catholique modérés, elle crée le Parti Démocrate. Silvio Berlusconi, invité au congrès des DS ne cachait pas son enthousiasme : " j’ai entendu un positionnement social démocrate qui, sur certains points est carrément libéral… Si c’est ça le Parti Démocrate, je suis prêt à m’y inscrire aussi. "
Les encouragements à envisager la création d’une grande formation de centre gauche après la victoire de Nicolas Sarkozy en France, et l’apparent démantèlement électoral des partis de la gauche combative, se précisent. Le bipartisme, l’américanisation – devrait on dire la simplification- du débat politique est à l’ordre du jour. Les résistances semblent affaiblies, l’impact des scrutins personnalisés et médiatisés autorise une approche pratique, efficace… simplifiée de la politique.
Demain la Gauche ?
Tout irait donc mal pour la gauche ? Oui si l’on s’en tient aux chiffres. Partout en Europe, les résultats électoraux des partis progressistes sont, au mieux, modestes, leur influence quasi nulle. Leurs positionnements sur le terrain social ou associatif sont réduits. Les syndicats qui n’épousent pas les thèses réformistes des socio démocrates, stagnent. Pourtant l’état des lieux serait incomplet si la perspective d’une grande alliance de gauche, réellement à gauche, indubitablement marxiste, réaliste et moderne, sociale, féministe, écologique, n’était pas prise en considération. En Allemagne avec le Linkspartei, En Italie, avec les dissidents de la DS et le parti de la Refondation communiste, en France avec l’aile gauche – non négligeable- du PS et les forces de gauche en reconstruction, aux Pays Bas ou en Belgique, il existe à la fois des espaces politiques et des besoins confirmés à la gauche des socio démocrates pour des rassemblement progressiste enfin digne de ce nom.
Le cas de la Suisse est particulier, le morcellement cantonal rend l’évaluation des forces plus complexe, mais il est évident qu’au sein du PS cohabitent les mêmes tendances sociales démocrates, sociales libérales et socialistes de gauche. Le PS n’est pas à l’abri d’appels centristes… et son aile gauche restera sans doute attentive au maintien des valeurs de progrès.
Pour les progressistes suisses, comme dans le reste de l’Europe, plus que jamais, l’intelligence doit être au pouvoir. Parce qu’il faudra répondre aux besoins des gens quand le capital grappillera encore un peu plus de terrain social, culturel… vital.
Le Parti suisse du Travail a été créé il y a plus de soixante ans par des socialistes et des communistes précisément. Quand les conditions l’imposent, les gens de progrès trouvent les moyens de l’action.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007
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