samedi 2 juin 2007

Genève: Rémy Pagani, " tête de turc " et élu du peuple

A l’instar des autres institutions du pays, la presse suisse a tendance à privilégier le consensus dans à peu près tous les domaines politiques. Sauf quand il s’agit de la gauche combative qu’elle définit par deux vocables qu’elle espère injurieux : l’extrême gauche ou les communistes. La presse bourgeoise ne sait pas que les progressistes font contre mauvaise fortune bon cœur : il s’est créé une sorte de classement virtuel des politiciens ou organisations les plus vilipendés. Dans le canton de Vaud, par exemple, Josef Zisyadis fait la course en tête depuis des années, avec cette particularité qu’il jouit aussi d’une sorte d’aura parmi ses détracteurs. A Genève, par contre, le Parti du Travail assume le rôle de brebis galeuse depuis des décennies emmené par son conseiller administratif André Hédiger, médiatiquement lapidé par les meilleures plumes du canton. A la veille de la retraite du maire de Genève, apparaît, heureusement pour nos confrères, " l’ennemi public numéro 1 du consensus mou ", Rémy Pagani, " le syndicaliste ", une autre appellation non contrôlée pour certains. Il n’a même pas eu le temps d’envisager de faire la moindre gaffe, Rémy, qu’il est déjà la " tête de turc " des quelques serviteurs zélés et parfois doués d’une Suisse au-dessus de tout soupçon. Dans un raccourci savoureux, un collaborateur de l’Hebdo qui répond au doux prénom de Titus a résumé l’état de la gauche combative romande : Pagani serait une sorte de Zysiadis en pire.
Donc Pagani monte en flèche dans le classement des " insupportables "… Ainsi va la presse.
Par contre, la gauche combative, partenaire de l’alternative ne fera pas contre mauvaise fortune bon cœur si le conseiller administratif sorti de ses rangs n’est pas respecté. Rémy Pagani, par son expérience et son sens politique, est en mesure d’assumer n’importe quelle responsabilité pour contribuer au développement de la ville. Aux Finances, comme à l’Aménagement ou au Social. Mais l’idée qu’il obtienne son mandat par défaut ne serait pas rassurante. Les Genevois n’ont-ils pas clairement fait savoir que les compétences doivent primer sur toute préséance politique ? N’est ce pas aussi ainsi qu’il faut comprendre le vote massif et compact en faveur de la Gauche. N’en déplaise à la presse locale.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007

Europe: La gauche à toutes les sauces du libéralisme

Le recentrage des partis socialistes en Europe sera peut-être l’opportunité pour rebâtir une gauche combative efficace.

Les gauches européennes, parfois en état de décomposition, souvent prisonnières de contradictions essentielles, envisagent sans complexe de se recentrer " à la gauche de la droite " dans des efforts alambiqués de modernisation au nom de l’efficacité et du réalisme imposés par… les lois du marché. La fameuse " théorie " du " ni droite ni gauche " - suicidaire pour les forces progressistes revendicatrices, rassurante pour les citoyens installés dans l’idée du consensus sociétal, nécessaire pour les puissances conservatrices et libérales soucieuses d’en finir avec la confrontation sociale – marque le continent de son empreinte. Les travaillistes britanniques, les socio démocrates allemands, leurs collègues espagnols, belges, luxembourgeois, néerlandais, autrichiens, nordiques, grecs et d’autres encore professent les mérites du réformisme, rejetant, dans le fond sinon dans les formes, les références au marxisme au profit d’une doctrine harmonisant, dans la mesure du possible, l’humanisation de l’économie de marché mondialisée et l’idée, pérenne mais réactualisée au gré des réalités économiques, de l’Etat-providence. Généralement, ces partis se situent au centre gauche de l’échiquier politique : socio démocrates, certes, mais aussi socio libéraux, libéraux sociaux, chrétiens sociaux parfois. Une partie importante de la gauche italienne (DS), composée majoritairement des membres de l’ancien parti communiste (PCI) vient renforcer cette tendance au recentrage : en s’alliant aux catholique modérés, elle crée le Parti Démocrate. Silvio Berlusconi, invité au congrès des DS ne cachait pas son enthousiasme : " j’ai entendu un positionnement social démocrate qui, sur certains points est carrément libéral… Si c’est ça le Parti Démocrate, je suis prêt à m’y inscrire aussi. "
Les encouragements à envisager la création d’une grande formation de centre gauche après la victoire de Nicolas Sarkozy en France, et l’apparent démantèlement électoral des partis de la gauche combative, se précisent. Le bipartisme, l’américanisation – devrait on dire la simplification- du débat politique est à l’ordre du jour. Les résistances semblent affaiblies, l’impact des scrutins personnalisés et médiatisés autorise une approche pratique, efficace… simplifiée de la politique.

Demain la Gauche ?
Tout irait donc mal pour la gauche ? Oui si l’on s’en tient aux chiffres. Partout en Europe, les résultats électoraux des partis progressistes sont, au mieux, modestes, leur influence quasi nulle. Leurs positionnements sur le terrain social ou associatif sont réduits. Les syndicats qui n’épousent pas les thèses réformistes des socio démocrates, stagnent. Pourtant l’état des lieux serait incomplet si la perspective d’une grande alliance de gauche, réellement à gauche, indubitablement marxiste, réaliste et moderne, sociale, féministe, écologique, n’était pas prise en considération. En Allemagne avec le Linkspartei, En Italie, avec les dissidents de la DS et le parti de la Refondation communiste, en France avec l’aile gauche – non négligeable- du PS et les forces de gauche en reconstruction, aux Pays Bas ou en Belgique, il existe à la fois des espaces politiques et des besoins confirmés à la gauche des socio démocrates pour des rassemblement progressiste enfin digne de ce nom.
Le cas de la Suisse est particulier, le morcellement cantonal rend l’évaluation des forces plus complexe, mais il est évident qu’au sein du PS cohabitent les mêmes tendances sociales démocrates, sociales libérales et socialistes de gauche. Le PS n’est pas à l’abri d’appels centristes… et son aile gauche restera sans doute attentive au maintien des valeurs de progrès.
Pour les progressistes suisses, comme dans le reste de l’Europe, plus que jamais, l’intelligence doit être au pouvoir. Parce qu’il faudra répondre aux besoins des gens quand le capital grappillera encore un peu plus de terrain social, culturel… vital.
Le Parti suisse du Travail a été créé il y a plus de soixante ans par des socialistes et des communistes précisément. Quand les conditions l’imposent, les gens de progrès trouvent les moyens de l’action.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007

vendredi 4 mai 2007

Suisse: contre l’insécurité sociale et morale

Selon l’agenda de la droite et de l’extrême droite, la sécurité sera le thème crucial des prochaines élections fédérales, comme elle l’est d’ailleurs de tous les scrutins où elles dictent leur loi.
La sécurité, c’est l’apanage des citoyens. Des citoyens les plus fragiles comme on ne cesse de la répéter semaine après semaine dans ce journal. Alors, mettons les pendules à l’heure : la violence, c’est l’outil de travail des puissants. A Genève, tout au long de l’année, des huissiers opèrent des expulsions de familles désargentées dans les conditions d’autant plus effarantes qu’il est pratiquement impossible aujourd’hui de trouver un logement en location dans le canton.
N’est ce pas cela de la violence ?
Le travail précaire, surtout en Suisse romande, rend les gens dépendants d’officines de travail intérimaire sans aucune garantie du lendemain. N’est-ce pas cela de la violence ?
Les agents de sécurité et les forces de police municipales, auxquels on prétend imposer des missions qui requièrent une formation de plus en plus spécifique, seront bientôt sur le terrain sans être… armés de la connaissance adéquate.
N’est-ce pas cela la violence ?
Si la droite souhaitait vraiment assurer la sécurité " de ses concitoyens, elle penserait à l’essentiel et éviterait de dramatiser les fantasmes qui font son fond de commerce. L’insécurité est une réalité partout dans le monde, en Europe, en Suisse, dans n’importe quel village. Ce qui est violent, c’est exposer certaines catégories de personnes à la vindicte des " autres ". C’est rendre la solidarité improbable qui est irresponsable. L’Union syndicale suisse suggère, dans son Appel du 1er mai, que le respect soit à l’ordre du jour. Ce simple mot mériterait une campagne de signatures et un référendum : oui ou non pour le respect de l’autre ? Au vu des résultats des dernières votations un peu partout dans le pays, on serait en droit de craindre le résultat.
Raison de plus donc pour espérer un 1er mai contre l’insécurité sociale et morale pour toutes et tous, Suisses ou non.
Parce qu’après tout, les électeurs de la droite et de l’extrême droite viennent aussi du monde du travail, comme de n’importe quelle partie de la société. Nous sommes bel et bien concernés.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007

Pologne:Maccarthisme et crétinisme d’Etat

Crypto fascisme : l’anticommunisme en guise de cache sexe

Aleksandra est cadre dans une entreprise américaine de travail intérimaire à Cracovie dans le sud de la Pologne. Comme nombre de ses compatriotes, la jeune femme, diplômée en Sciences politiques, islamologue, spécialiste de la Turquie, a pris un second travail d’appoint : elle est journaliste dans un quotidien provincial. Elle n’y traite pas de sujets stratégiques particuliers. Dernièrement, elle s’était attachée à décrire les talents d’un groupe de dentellières qui brodent des dessous féminins pour les plus belles boutiques ouest-européennes. " La dentelle est une tradition dans certains villages, explique la journaliste à temps partiel, mais plus personne ne veut de draps de lit brodés et même les robes de baptêmes ne rapportent plus de quoi nourrir les quelques dizaines de femmes qui perpétuent cet art raffiné. Quelques unes envisagèrent d’autres créneaux. Les dessous féminins sont les plus porteurs, et le top du top, c’est le string. Les dentellières revivent de leur savoir-faire. Et les curés des villages les soutiennent. La question s’était posée parce qu’elles sont toutes extrêmement croyantes et respectueuses de l’Eglise catholique." Aleksandra n’est pas de gauche, elle vote pour les libéraux. Catholique pratiquante, elle est aussi européenne…pratiquante tant elle croit en une Pologne vivifiée au sein de l’Union. Et c’est là que le bât blesse. Elle ne reconnaît plus sa Pologne : " Je n’envisage pas de quitter le payer comme tant de millions de mes compatriotes le font, parce que ma mère y vit encore. C’est l’unique raison. Pour le reste, je suis consciente de vivre dans un pays dirigé par des fous, mais plus grave, ces fous mettent en place une société rétrograde et dangereuse qui perdurera après les prochaines élections. Je suis née en 1967, je suis donc soumise, puisque je suis collaboratrice d’un journal, à cette loi de " lustration " qui m’impose de déclarer si j’ai été ou non une informatrice de la police secrète pendant l’ère communiste. Les gens nés avant 1972 occupant des fonctions dans 52 professions doivent se plier à cette règle imbécile, les universitaires, les journalistes, les archivistes, les policiers, les fonctionnaires, des avocats, des magistrats, les hommes d’affaires… C’est une loi scélérate parce qu’elle crée le doute entre les gens, elle ouvre des horizons aux ambitieux qui soupçonnent leurs aînés d’avoir été des agents de la police secrète… L’Eglise, à son plus haut niveau, a été touchée par cette réglementation. Le pire en fait, c’est que beaucoup de Polonais, trop de Polonais, s’adaptent à la situation, admettent ce régime absurde moraliste et moralisateur où la délation et le mépris sont les attributs du pouvoir. "
Les frères Kaczynski, président et premier ministre, fignolent une théorie politique étonnante : l’anticommunisme de droit divin. Au nom de la Pologne catholique, ils rêvent de corriger plus de quarante ans d’histoire de leur pays sans trop se soucier des siècles où il plia sous le joug de tous les dictateurs possibles et imaginables. Et pour cause, la Pologne immortelle de leurs fantasmes repose sur les dogmes les plus éculés imposés par le clergé le plus réactionnaire. L’anticommunisme est le cache sexe d’un projet de société qui ferait d’un membre de l’Union européenne, un exemple d’état crypto fasciste. La Pologne rêvée des frères Kaczynski, aurait l’odeur d’une démocratie, la couleur d’une démocratie, le goût d’une démocratie, mais assoirait les normes d’un pays moralement et mentalement fascisant. Les tentatives de durcir la loi sur l’interdiction de l’avortement, les discours officiels ou tolérés, antisémites, homophobes, xénophobes, les imprécations anti européennes, d’autant plus mal venues que la Pologne perçoit de l’Union 75 milliards d’Euros en dix ans, la tentation, si ce n’est militariste, en tout cas " militarisante " pro américaine et anti russe… les démonstrations de l’instauration d’un régime politique particulier ne manquent pas. L’opposition existe, à gauche, à droite, dans les médias ou dans l’église, mais cette phase de maccarthysme, la tétanise. Les victimes du système se multiplient, vilipendées par une presse odieuse. Le Père Tadeusz Rydzyk, le patron de Radio Marija, la station accusatrice et délatrice par excellence, serait traîné devant les tribunaux de n’importe quel pays ouest européen. En Pologne, il est considéré comme un homme d’influence un peu excessif… Les dirigeants des médias audiovisuels publics sont à la botte du régime…
La coalition gouvernementale de Jarozlaw Kaczynski qui réunit les extrémistes de la " Ligue des Familles " et d’ " Autodéfense " autour du Parti " Droit et Justice " joue les vierges effarouchées et dans un élan paranoïaque qui laisse perplexe certains de ses amis américains affirme qu’il existe une " conspiration " qui maintiendrait la Pologne sous le contrôle des ex communistes, des collaborateurs de l’ancien régime, des libéraux laïcs, des hommes d’affaires et des Russes ".
En attendant, en dix-huit mois, quatre ministres des finances, deux ministres des Affaires Etrangères, deux ministres de la Défense et deux Premiers ministres se sont succédés pour parer à l’essentiel : maintenir une image crédible de la Pologne à l’étranger. Dans les couloirs de l’Union européenne, parmi les mots qui fâchent, il y a le mot Pologne. A entendre les Polonais s’inquiéter de leur sort, c’est la moindre des choses.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mai 2007

France: présidentielles: ce ne sera pas maillot jaune et jaune maillot

Personne n’a pensé à organiser un contrôle anti dopage au soir du face à face entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ? On aurait peut-être du y penser : depuis quelques jours le champion de la droite fait allusion au Tour de France, à la difficulté des étapes de montagne et aux victoires nécessaires en plaine. Il ne dit jamais rien par hasard Sarko… Mercredi soir, sur le plateau de Cognac Jay, Ségo fut vive et même efficace pour river son clou à son adversaire. Elle fut fâchée, en colère, sereine, décidée, précise, outrée, sûre d’elle. Elle fut même de gauche avec ses projets de protection sociale, de soutien au premier emploi, au service public, à l’enseignement, dans les domaines économiques. Elle démontra à quel point, la France de Sarkozy n’était pas la France qu’elle espérait. Il n’y a pas de confusion possible.
Lui, avec ses points d’avance dans les sondages, sa large victoire personnelle au premier tour, et une droite électoralement largement majoritaire dans le pays, avait choisi de rester " le nez dans le guidon ". Calme au point d’intriguer les meilleurs connaisseurs de sa personne, il s’est voulu zen, raisonnable, serein, tranquille, donneur de leçon (parce que même sous antidépresseurs ou après un cours de self contrôle on ne se refait pas). Curieusement, il ne fut pas précis, comme si entrer dans les détails et gérer ses angoisses n’allaient pas de paire. Par contre, pour ceux qui viennent de passer quelques années sur mars, cet homme est bien de droite, avec sa vision rigoriste de l’éducation, un sens… obtus de la répression, des certitudes inébranlables quant aux bienfaits du capitalisme.
Pour le reste, rien. On a rien appris de plus. Au cours d’une longue campagne, les candidats ont tout dit. Tout promis. Hier, vingt millions de Français cherchaient la faille de l’un ou de l’autre.

Suisse: pour une Gauche ambitieuse

Face au populisme et à l’individualisme à outrance imprimés par la
droite, il fait prendre le temps de la réflexion pour mieux agir
La Gauche est une tribu fractionnée en familles plus ou moins
nombreuses dont les rejetons ne sont pas toujours bien éduqués et les
anciens pas les moins acariâtres. La Mémoire, celle de l’humanité,
parfois plus précisément la mémoire ouvrière, des luttes ou des
résistances, la cimente et l’unifie aussi sûrement qu’elle la divise.
Parce que la gauche est paradoxale.
Sous les coups de boutoir du libéralisme et de l’individualisme, elle
s’affaiblit, mais ainsi va le combat pour plus de justice sociale:
les générations passent et le temps de défendre les acquis prend le
pas sur les périodes plus revendicatrices, plus offensives. Sauf que
l’affaiblissement de la gauche n’est pas que le fruit des victoires
du capitalisme. C’est de l’intérieur que cet extraordinaire mouvement
de pensée et d’action s’essouffle.
En Suisse, le mouvement syndical, "le bras armé du droit des
travailleurs" se renouvelle difficilement et perd de son influence,
la social démocratie, indispensable à l’inscription législative des
règles de droit social, tangue trop souvent dangereusement vers un
centrisme malencontreux, le mouvement écologiste déserte le camp
progressiste pour quelque aventure droitière, le PST connaît des
fortunes diverses et se marginalise, associé à l’extrême gauche au
sein d’une plateforme "A Gauche Toute!" qui, pour l’instant,
fonctionne au petit bonheur la chance. Voilà la réalité de la Gauche
en Suisse aujourd’hui! Elle ne peut, hélas, être démentie si ce n’est
par des optimistes velléitaires.
L’autre réalité est que, plus que jamais dans l’Histoire, en Suisse
et ailleurs en Europe, les conservateurs ne se contentent pas
d’imposer leurs vues aux citoyens, ils les gagnent à leur cause. Ils
installent un discours, un ton, un vocabulaire, un système de pensée,
une mentalité qui exclut indubitablement l’autre, l’étranger, le
voisin, l’inconnu, le concurrent.
La gauche vit au jour le jour
La gauche fonctionne dans l’urgence, entre deux scrutins, deux
votations, deux campagnes de signatures nécessaires pour combattre
les excès du libéralisme. Aucune de ses composantes ne semble en état
de penser ou prévoir la contre-offensive. Personne n’envisage de
repenser la politique, de réinventer la gauche, d’aller au terme
d’une réflexion, de positionner ou repositionner une idéologie.
Idéologie, terme douteux pour certains parce que des penseurs de
droite ont laissé entendre que "l’idéologie n’était rien, que le
concret était tout"… Cette simple affirmation est le fruit d’une…
idéologie mise au point dans les cercles des intellectuels
conservateurs, comme la formule "la droite et la gauche, c’est la
même chose" ou la stratégie qui consiste pour les politiciens de
droite à confondre la solidarité et l’assistanat et, ainsi prétendre
qu’un chômeur est un assisté plutôt qu’un travailleur jouissant de la
solidarité. La droite pense ce qu’elle fait et dit.
La gauche vit au jour le jour. N’est-il pas au moins temps de
réfléchir à la possibilité de ne pas admettre ipso facto l’agenda
imposé par la droite, ou de récuser ses thèmes de prédilection pour
mieux les resituer dans des contextes plus appropriés? N’est-il pas
temps de redevenir ambitieux? La formation, dans la plupart des
organisations politiques et sociales, est quasi nulle, les cercles de
réflexion politiques sont inexistants ou, quand ils existent,
vilipendés par les dirigeants politiques les plus pragmatiques. Parce
que, très curieusement, le pragmatisme n’inclurait que très peu, ou
pas du tout, l’étude, la formation, le débat d’idées.
Sommes-nous obligés, femmes et hommes de gauche, de concevoir la
politique selon des normes imposées par la tradition bourgeoise?
Devons-nous absolument maintenir des prés-carrés cantonaux ou locaux
en prenant le risque d’ignorer le savoir-faire et l’expérience de nos
camarades distants de quelques dizaines de kilomètres? Ne serons-nous
bientôt que de folkloriques participants à la saga démocratique
bourgeoise? La Gauche ambitieuse, ne serait-elle pas une Gauche qui
se connaît et se redécouvre?
La rédaction de Gauchebdo, Suisse, Mai 2007

samedi 21 avril 2007

Genève: Pierre Maudet, le sarkozyste de service

Comparaison n’est pas raison mais rien n’empêche de constater qu’il y a quelque chose de Sarkozy en Pierre Maudet. De Sarkozy et de Bayrou. Le jeune loup de la politique genevoise qui considère que " la politique française préfigure souvent ce qui va se passer en Suisse " se situe d’ailleurs sans difficulté dans la " mouvance sarkoziste " : " je crois moi aussi en une droite populaire, explique-t-il à Gauchebdo. Sarkozy m’intéresse par son sens du marketing et l’esprit professionnel du politicien ". Au-delà des formules, il y a aussi cette méthode qui consiste à s’affirmer à droite en élargissant le spectre de ses pensées sur les plates-bandes des autres partis. Pierre Maudet prône les vertus du libéralisme économique et argue d’un esprit social. Surtout, il considère la gauche, plus précisément ce qu’il nomme l’extrême gauche, comme archaïque, voire ringarde. Comme tous les politiciens de droite, il se situe ipso facto dans la modernité : "la notion de gauche et de droite est dépassée. D’un point de vue sociétal je me sens plutôt à gauche. " Il n’empêche que c’est de l’UDC que ce " sociétal de gauche " espérait le retrait au prix de quelques concessions pour mieux affronter la gauche en ville de Genève : " je ne travaille pas avec l’UDC. Je n’ai rien de commun avec ce parti. Ce que nous espérions c’était le retrait de la candidature d’Yves Niedegger. En aucun cas nous n’envisagions de faire liste commune. En politique, je suis pragmatique. Dans l’opposition municipale, face à une très forte majorité de gauche influencée par l’extrême gauche, je n’ai eu aucun état d’âme pour mener la vie dure aux magistrats. Si demain je devais siéger avec Remy Pagani, je n’aurais pas non plus d’état d’âme ni de préjugés pour travailler. " Un vrai pro Pierre Maudet, un homme de dossiers, assis sur les valeurs du radicalisme laïc, sensible aux réalités de la jeunesse dont il est apparemment un maillon fort. Sauf que son discours est curieusement pris dans les glaces du conservatisme : à propos de la sécurité, par exemple: " bien sûr que Genève n’est pas le Bronx dit Pierre Maudet. Mais les gens ont le droit de sentir en sécurité." Tout est dans les mots, à défaut d’insécurité réelle, il convient de rassurer la population. Et de redistribuer les cartes en jouant sur les intérêts du citoyen : " les ASM doivent avoir un autre rôle que celui qui consiste à distribuer les amandes "…
La " locomotive " de la droite pour l’exécutif genevois est sur les rails pour pourfendre tout ce que la gauche considère comme prioritaire, tout ce qu’elle a réalisé ces vingt dernières années au nom des solidarités nécessaires.
RLr, Gauchebdo, Suisse, avril 2007

France : Malika Zediri (PCF): " les gens nous reprochent la désunion de la gauche antilibérale "

Rebelle et loyale, Malika Zediri, conseillère régionale communiste d’Ile de France, a parrainé la candidature de José Bové et fait campagne pour Marie Georges Buffet pour les présidentielles. L’élue, qui avait souhaité une candidature unique de la gauche de la gauche, prévoit des lendemains qui déchantent pour les forces progressistes dont les opinions ne sont, dit-elle, plus comprises ou plus entendues dans les Cités de la région parisienne, sa " terre d’élection " : " les électeurs potentiels existent en nombre dans les Cités. De là à dire que les gens, et particulièrement les jeunes, vont voter, il y a de la marge. Et ceux qui voteront le feront dans tous les sens. La Cité est un morceau de France. Toutes les opinions s’y côtoient. Même les pires. La gauche n’y est pas en terrain conquis, contrairement à ce que beaucoup pensent. L’autre jour, sur la " dalle " de Choisy, les jeunes envisageaient l’ensemble de l’offre, de " pas voter " à Sarkozy en passant par le vote blanc. Dans le métro, un " black " me disait qu’il avait toujours voté à gauche mais que cette fois il n’était pas certain de son choix. Reste que la crainte de voir réapparaître Le Pen au second tour fait de l’effet : beaucoup voteront Ségolène Royal. Quand à la gauche de la gauche, même dans les municipalités où le PCF reste influent, elle n’est… " nulle part ". Le changement tel que nous le préconisons n’est pas en débat. Les médias jouent un rôle redoutable dans l’esprit de décision des électeurs, j’ai rarement vu ça. Les jeunes voteront pour les " vainqueurs " annoncés par les sondages. C’est sans doute absurde mais pas illogique dans leur conception du quotidien. Marie Georges Buffet avec ses deux pour cents annoncés est une " looser ". Les nouveaux électeurs veulent contribuer à une bataille de vainqueurs, au combat Sarko-Royal, ils veulent jouer à se faire peur avec la perspective d’un duel Sarko-Le Pen, ils veulent avoir de l’importance, que leur vote soit nécessaire… Ils se disent, comme tant d’autres en France, " essayons Bayrou, essayons le centre ".
Mener campagne sur le terrain semble dès lors compliqué pour les militants communistes et des autres organisations progressistes : " en dehors des grands meetings dans les grandes villes, il n’y a plus de gros rassemblements populaires, l’ambiance n’est pas gaie, il n’y a pas de débat sur le fond. Comme si l’électorat de gauche était… en panne. Les propositions de Marie Georges Buffet, le changement réel et efficace qu’elle préconise, ne trouvent pas " preneur " sur le terrain. Pas parce qu’elle ne défend pas les bonnes idées. Mais parce qu’elle ne fait pas rêver. Voilà le problème, nous ne faisons plus rêver. Tous les jours, je pratique la même approche auprès des gens : je prône en priorité l’opposition à Sarkozy et le Pen, ensuite, et ensuite seulement, je fais valoir le vote à gauche. Et je me retrouve presque toujours devant la même réaction : " vous êtes pitoyables avec vos divisions. On aurait soutenu un candidat unique de la gauche de la gauche. Ils se présentent à quatre, c’est minable. " Tout est dit… on roule contre la droite plus que pour notre candidate. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’être absents. L’avenir, les législatives, s’annoncent dramatiques, je le crains, pour le parti communiste. Nous devons nous attendre au pire. Et le pire sera que le Parti socialiste considère d’autres alliances, moins à gauche. Or le PCF ne tient que par ses onze mille élus, plus par ses structures militantes. Nous sommes malades de l’intérieur et nous n’avons pas réussi à nous unir avec les autres antilibéraux pour une échéance aussi symbolique que l’élection présidentielle, même si j’estime que c’est la LCR de Besancenot qui est responsable de l’échec d’une alliance de gauche. Les gens nous reprochent notre faiblesse..
Malika Zediri ne cache pas ses sympathies pour l’unité antilibérale, mais ne le souhaite pas désorganisée. Elle s’inquiète des velléités des amis de José Bové et des organisations trotskystes de présenter " par principe " des listes dans de nombreuses circonscriptions aux les élections législatives. Cela… confirmerait la marginalisation de la gauche combative et affaiblirait encore le parti communiste : " Personne n’est dupe, le PCF est à la merci du PS… qui sera peut être tenté par des alliances plus ou moins concrètes avec le centre. C’est la fin d’une époque. Si aux yeux des électeurs, le PCF est inclus dans " l’extrême gauche ", il perdra sa spécificité. Paradoxalement, je crois que des candidatures antilibérales unitaires pèseront sur le PS et lui éviteront de se " droitiser ". Cela évitera aussi la marginalisation du parti. Sinon les scores obtenus limiteront sensiblement notre influence pour les seconds tours. Nous sommes à un tournant de l’histoire du parti communiste en France. Ce n’est pas le score de Marie Georges Buffet qui est en question, c’est notre capacité de jouer un rôle efficace et influent dans la construction de la gauche de demain. "
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007

France: l’Ecolo gît

José Bové est un candidat écologiste caché sous les oripeaux d’une gauche combative en détresse. Il dispute à Dominique Voynet, la candidate estampillée de l’écologie politique, les idées les plus performantes sur les énergies renouvelables, le nucléaire, l’agriculture, la biodiversité… Et dans l’ombre, à l’affût en quelque sorte, apparaît le représentant de la ruralité batailleuse, Frédéric Nihous. Ils ont en commun cette particularité : leur thème de prédilection est à peine à l’ordre du jour de la campagne présidentielle. Comme si le coup médiatique de Nicolas Hulot obtenant la signature des principaux candidats au bas de son Pacte écologique avait réduit les revendications environnementales à rien ou presque.
Quoi qu’il en soit, la déprime est totale chez les trois amoureux officiels de la nature.
Dominique Voynet ne sait d’ailleurs plus sur quel air rappeler les dangers d’un oubli des grands dossiers de l’écologie. Sa campagne est littéralement sous l’éteignoir et comme tous, à gauche, elle subit les affres du vote utile en faveur de Ségolène Royal.
José Bové est moins concerné par son score électoral. Il s’est positionné dans le camp antilibéral avec un programme surréaliste mais indubitablement écologique. En l’occurrence il entend faire valoir quelques prétentions pour présenter des listes aux élections législatives qui suivront les présidentielles. En fait, la candidature de José Bové pourrait être la dernière en date des candidatures anticommunistes de l’Histoire, tant il est évident qu’elle est à la fois inutile, inefficace, démagogique et ouvertement hostile à celle de Marie Georges Buffet. Dans la foulée, Bové a entraîné une flopée de militants et d’élus communistes persuadés que l’union de la gauche combative méritait un coup de force ou une fracture avec le PCF. C’est le cas à Marseille où les élus communistes qui lui sont favorables l’ont entraîné dans une cité populaire pour participer à un " aïioli citoyen " et boire du " Che Cola ", un cola sans OGM.
Bové se marque à gauche de la gauche de la gauche, dans cet espace qui se réclame des grandes figures populaires et des bons sentiments " droitdelhommistes " sans complexe. Il tient un discours pour le changement immédiat, velléitaire autour de phrases clés, " le droit à la dignité ", " le changement est possible tout de suite ". Ca mange pas de pain. C’est sans doute là le problème.
Quant à Frédéric Nihous, il poursuit sa course en solitaire avec, comme seule préoccupation, de faire mieux que Dominique Voynet. Il est visiblement dans son monde à lui revendiquant une autre Europe plus proche des chasseurs, plus ouverte aux problèmes des pêcheurs, moins européenne en fait pour permettre, dans chaque pays, le maintien des us, coutumes et traditions. Cela peut sembler curieux comme programme. Mais ce n’est fondamentalement pas très éloigné des programmes de certains eurosceptiques suisses.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Avril 2007

samedi 14 avril 2007

Suisse: C’est pas la faute à pas de chance

Les résultats décevants des différents scrutins et votations confirment l’affaiblissement des forces progressistes. La campagne personnalisée de Josef Zisyadis pour le Conseil d’Etat a échoué, le nombre de parlementaires de la gauche combative au Grand Conseil vaudois a fondu comme peau de chagrin, les élus municipaux dans le canton de Genève sont moins nombreux que jamais. Peut-être dans le canton de Vaud, a-t-on sous-estimé l’importance du législatif au profit de l’exécutif et sans doute à Genève a-t-on surestimé la capacité des organisations de gauche et du monde associatif à faire connaître AGT ! en temps voulu.
Appelons un chat, un chat : quelles que soient les analyses expliquant le contraire, les évaluations les plus plausibles, les démonstrations " chiffres à l’appui " et l’esprit de lutte qui nous caractérise, A Gauche Toute !, cette plate forme qui unit les progressistes, additionne les échecs électoraux et sème le trouble parmi les militants des partis qui la composent.
On ne répétera jamais assez à quel point l’alliance électorale des forces progressistes est nécessaire. Mais il ne sera jamais assez dit non plus qu’une alliance doit impliquer, presque par définition, des partenaires solides.
Pour les militants et les dirigeants du PST, mais on peut décemment supposer que cela est également vrai dans les autres partis, il conviendrait de revenir aux sources, de réinvestir les quartiers et les lieux de vie pour expliquer le fond, de relancer les formations politiques, de réinventer l’art d’être à gauche, de retrouver le sens des mots et des actions.
L’ennemi, c’est l’individualisme forcené dont sont littéralement victimes les citoyens. Un ennemi d’autant plus coriace que rien ou pas grand-chose ne vient contester son hégémonie dans la société.
Il ne suffit plus de s’affirmer " pour les pauvres gens ". Il est désormais urgent de rendre l’espoir à ceux que nous prétendons représenter ou servir. L’espoir. Celui qui fait vivre.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007

Genève: Catherine Gaillard persiste et signe: "je n'envisage pas de quitter AGT!"

" solidaritéS n’a pas joué le jeu à mon égard ". Catherine Gaillard ne décolère pas. La candidate malheureuse à la candidature au Conseil administratif de Genève tient un discours paradoxal après avoir sidéré ses amis politiques par ses déclarations intempestives à la presse genevoise : " Depuis un an au moins, ma candidature était incontournable. La presse et les milieux politiques la considéraient comme légitime. Je m’étais inquiétée auprès de solidaritéS de la position à prendre. On me répondait : " dis que t’en sais rien ". Personnellement, j’étais hésitante. Ce fut le silence radio. Mon parti n’a pas bougé. J’ai revendiqué à plusieurs reprises, en vain, une assemblée pour que la question soit soulevée. En réalité, solidaritéS avait déjà choisi la candidature de Remy Pagani. Et lui voulait être candidat. J’ai été isolée au sein de ma propre organisation. ". Catherine Gaillard s’attendait donc à ne pas être retenue par les militants d’A Gauche Toute ! au lendemain de la débâcle électorale du 25 mars : " la courte avance de Rémy Pagani en voix de préférence n’explique pas le rejet de ma candidature. Je considère qu’il s’agit de la part de mes camarades et des autres organisations de gauche, d’un choix sexiste délibéré. J’ai servi d’alibi en tête de liste aux municipales, il eut été impensable que les femmes ne soient pas présentes aux meilleures places sur la liste d’AGT !. Les partis qui composent la plateforme sont en perte de vitesse, le rôle des féministes en son sein est indéniable. Mais envisager une femme pour le conseil administratif n’était pas à l’ordre du jour. Ni solidaritéS, ni le PdT n’acceptaient l’idée de présenter une féministe. Le vote presque unanime des militants du Parti du Travail en faveur de Pagani le démontre. Il fallait un candidat qui ait le profil adéquat, issu d’un syndicat, pourquoi pas, militant de longue date pour la cause des travailleurs, sans doute. Il ne fallait pas une féministe, liée aux milieux culturels, attentive aux droits de toutes les minorités dont les minorités sexuelles. Alors, mes convictions, je les défends. Je mène la lutte et puisque j’ai la conviction que mes idées et moi-même, n’avons pas été respectées, je ne respecte rien ! Je souhaite la défaite de Rémy Pagani. ".
Reste que Catherine Gaillard est élue du groupe AGT ! au conseil municipal de Genève : " je n’envisage pas de quitter le groupe AGT ! j’y représente un courant de pensée et je n’ai pas l’intention de m’effacer. Mes déclarations à la presse, je les assume. Je ne les trouve pas excessives. Faire de la politique, c’est aussi prendre des risques. J’en prends. Quant aux décisions des militants d'AGT !, je les respecterais si j’avais la certitude que les dés ne sont pas pipés au départ : je suis une artiste, je gagne ma vie en faisant mon métier, en trouvant les contrats, en assurant ma propre logistique professionnelle. J’ai pendant quatre ans assuré ma tâche d’élue municipale… Derrière Remy Pagani, il y avait les structures partisanes, une organisation…ou plusieurs. "
entretien, Gauchehebdo, Suisse, avril 2007

Genève: Les saines colères de Salika Wenger

Salika Wenger, la présidente des Indépendants de Gauche, conseillère municipale nouvellement élue sur la liste AGT ! à Genève et notre collaborateur Ron Linder sont amis. Nous vous proposons un extrait reconstitué d’une de leurs conversations suite aux épanchements de Catherine Gaillard dans les médias genevois après la désignation de Rémy Pagani comme candidat d’AGT ! au Conseil Administratif. (Pagani et Gaillard sont issus de " solidaritéS ", aujourd’hui indubitablement la principale structure électorale d’AGT !, qui a ces dernières années " placé " ses militants à tous les postes électifs disponibles pour la gauche de la gauche dans le canton de Genève.)

- Salika ? on m’a dit que t’es plus en colère
- Quoi ?
- Que tu t’es faite éjecter du mouvement " les femmes en colère " parce que tu avais voté contre la candidature de Catherine Gaillard pour représenter A Gauche Toute ! aux élections du Conseil administratif de Genève…
- …
- T’es toujours en colère ?
- Je risque pas de me calmer si tu n’arrêtes pas de m’asticoter. Oui, j’ai préféré Pagani à Gaillard. Je te signale que les deux tiers de l’Assemblée d’AGT ! ont préféré Pagani à Gaillard. Et franchement, au vu du spectacle de cirque que Catherine nous offre dans les médias genevois, je me dis que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je confonds pas tout : On fait de la politique et, plus compliqué encore, de la politique de gauche. Avec les résultats que l’on vient de s’offrir à Genève, on va plus faire dans la dentelle. La gauche de la gauche est en phase de reconstruction : vive la sociale ! Pagani, le combat social c’est son truc. Il est mandaté pour être à gauche, s’occuper de l’essentiel, de l’emploi, du logement, de la lutte contre la mendicité en ville… J’ai été pragmatique. Et ne me demande pas si je suis encore féministe, tu perdrais de ta crédibilité.
- T’es encore féministe ?
- C’est même pas une question qui fâche… Avec Catherine Gaillard et tant d’autres femmes de tous bords, je suis en lutte permanente contre le patriarcat, contre la société créée par et pour les hommes, contre le discours et la langue imposée par les hommes, et même si ces trente dernières années, nous avons vécu une immense révolution dont on ne calcule pas encore vraiment l’impact, on stagne encore à des années lumières de la société égalitaire à laquelle il n’est pas exagéré d’aspirer. Le rapport de domination hommes/femmes doit être aboli.
- C’est un combat spécifique aux femmes de gauche ?
T’es fâché avec la réflexion camarade ? La lutte contre la pauvreté, contre les injustices, est un combat féministe : les plus faibles, les plus fragiles dans toutes les sociétés, ce sont les femmes et leurs enfants.
- Donc tu t’es fait éjecter des " femmes en colère "… Note, elles disent que tu t’es auto éjectée.
- C’est un procès en sorcellerie. Ces dames ont décrété que je n’étais plus des leurs. Un échange de mails a suffi.
- Tu vas créer le mouvement des " femmes en rogne " pour garder le rythme…
- Je vais surtout éviter de te raconter ma vie si tu persistes à te marrer. La vérité est que nous ne parlons pas toujours du même féminisme. Mon féminisme je l’inclus dans la lutte des classes. Mon combat concret, c’est celui contre les violences domestiques, pour une assurance maternité, pour les femmes sans papiers, en faveur de l’action syndicale, contre la disparité dans le milieu du travail. Catherine, je l’ai pas vue dans ces combats. Pagani, il y a des années qu’il est sur la brèche. Pour la défense des intérimaires, des employées des petites entreprises ou des commerces. Je ne me trompe pas de priorités. Nous n’existons pas seulement dans un parlement ou un conseil municipal. Les femmes ont virtuellement acquis leurs droits politiques en Europe. Pas leurs droits sociaux ou économiques.
- Tu décris une gauche active et combative. Tu estimes donc que l’action politique de Catherine ne s’inscrit pas dans la lutte des classes ou pour plus de justice sociale ? Il n’empêche qu’elle était la tête de liste de l’AGT ! à Genève. C’est idiot, elle a été élue de solidaritéS pendant quatre ans, présidente du Conseil municipal et on découvre, parce qu’elle pète un plomb et s’étend dans les médias, sur tout le mal qu’elle pense de ses petits camarades, on découvre qu’elle n’est pas politiquement au point… On a l’air malin.
- Tu le fais exprès Linder ? Elle était tête de liste pour défendre notre programme, notre politique, pas pour faire une campagne personnelle. C’est pas la Star’Ac !
- T’énerves pas Salika…
- Ca me met en colère…
- Alors tout va bien.
- Non, on n’a pas les moyens de perdre des gens de qualité. D’ailleurs j’aimerais savoir comment Catherine Gaillard compte rester dans le groupe AGT ! Selon moi, rien ne justifie qu’elle continue à siéger. Et en plus, certains bruits laissent entendre qu’elle briguerait la présidence de la commission culturelle à la ville.
- Je suis toujours surpris de constater à quel point la gauche combative en Suisse arrondit les angles qui devraient être pointus.
- Ouais, mais bon, la camarade Gaillard, y a que l’assassinat politique virtuel qu’elle a pas encore essayé.

Genève: Rémy Pagani : je chausserais sans complexe les souliers du magistrat


Remy Pagani sera le candidat d’A Gauche Toute ! aux les élections des conseillers administratifs à Genève, le 29 avril. Il tentera, sur la liste de l’Alternative, avec deux socialistes et un vert, de préserver une majorité de gauche face aux partis de droite réunis au sein de l’Entente et une candidature UDC. Entretien.


Vous succéderiez à des conseillers administratifs de la gauche combative qui laissent des traces de leur passage et un héritage non négligeable. Que retenez-vous des mandats de Hédiger et Ferazino ?

Les deux ont été attentifs au développement et aux acquis d’une fonction publique de qualité. Contrairement au canton, la ville peut se targuer d’avoir maintenu le niveau nécessaire au service du public. Ça c’est une réalité tangible et efficace d’une politique progressiste, une gestion intelligente du capital humain.

Est-ce un pari particulier pour un syndicaliste professionnel ?

Si je suis élu, je chausserai sans complexe, les souliers du magistrat. L’expérience du terrain aidant, je serai en mesure d’harmoniser la fonction et les convictions. En matière d’emploi et de relations humaines par exemple, je défendrais des idées maîtresses de la gauche combative, la promotion des femmes, l’augmentation des postes d’apprentissage, la valorisation des capacités, une direction " collaborante ". Le système hiérarchique pyramidal devrait aussi évoluer : je préconiserais la constitution d’équipes de 20 à 30 personnes avec des délégations de pouvoir très importantes, des coordinateurs dont les mandats seraient renouvelables… La ville doit fonctionner comme une entreprise performante... au service du public.

Ce sera une élection difficile : A Gauche Toute ! a connu un échec redoutable aux municipales

Je veux marquer mon engagement. Si je perds, que ce soit au nom de mon encrage à gauche, et si je gagne, qu’il ne fasse aucun doute que je revendique ce positionnement. Cela ne m’empêcherait pas de travailler avec les conseillers élus par le peuple, mais je me positionnerais sans ambiguïté. Il faut par ailleurs assumer les mauvais résultats d’AGT ! et constater notre échec. Le nom n’est sans doute pas bon ou assez performant, nous n’avions pas non plus de magistrat pour mener la liste et nous ne devons pas nier que le corps électoral a favorisé les compromis politiques, un recentrage qui nous a été défavorable évidemment.
Pour des partis et organisations progressistes, il est difficile de faire face à l’individualisme forcené qui éloigne le citoyen de l’action militante ou sociale. Le citoyen est épuisé par l’impact de la vie professionnelle, sa vie sociale en est littéralement meurtrie… Il n’en demeure pas moins que je reste favorable à la création d’une organisation unique à la gauche du PS et des Verts ? Nous ne pourrons pas faire autrement que nous entendre. Le contraire est illusoire.
Mais notre ambition est essentielle. Comme ce fut le cas au Grand Conseil, notre absence ou notre marginalisation rendraient les Verts et le PS plus attentifs aux chants des sirènes de la droite. Dans la mesure où nous restons des partenaires crédibles, ils devront veiller à maintenir la barre à gauche autant que possible.


Vous ne manquez pas vraiment d’expérience pour briguer le poste

L’image du syndicaliste sans autre expérience ne s’applique pas à moi en effet. Au Grand Conseil, j’ai été directement intéressé aux dossiers fondamentaux en commission des travaux, législative, sociale et de l’aménagement du territoire. J’ai été aussi, pendant 10 ans, éducateur en charge d’enfants en grande difficulté, puis je me suis battu, avec un certain succès, pour la gestion d’un syndicat autogestionnaire. Je continue d’ailleurs à lutter pour un meilleur encadrement des personnes âgées et des projets immobiliers.

Vous n’êtes pas que syndicaliste d’ailleurs. Vous êtes aussi romancier

Le jour où les travailleurs auront le temps et l’énergie d’écrire un livre, la classe ouvrière sera libérée… Je ne sais plus qui a écrit ça. J’ai expérimenté l’écriture. C’est une manière de réfléchir et de…se réfléchir. Les travailleurs doivent en effet libérer le temps pour accéder aux arts. En racontant la vie des gens dans mes livres, je fais aussi de la politique. Je raconte mon univers.

(Rémy Pagani a écrit " Les Beaux jours reviendront ", " Confession d’un commissaire de police ", " Entre chien et loup ", " Etrange ballade ")

entretien, Gauchebdo, Suisse, Avril 2007

France: La trinité trotskiste en campagne

Le jour viendra peut-être, en France comme ailleurs, où les communistes de toutes obédiences trouveront le chemin d’une conciliation ou d’une réconciliation. Il faudra espérer alors que leurs alliances ne réunissent pas des organisations et des partis fantomatiques ou exsangues, des militants fatigués par les luttes intestines et les évaluations catastrophiques des réalités marxistes du terrain. En attendant, quatre des douze candidats aux élections présidentielles françaises se réclament officiellement du marxisme : la communiste Marie Georges Buffet et trois trotskistes, Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire) et Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs).
Les électeurs, pour de nombreuses raisons, risquent de se détourner des candidats de la gauche combative le 21 avril, mais il sera toujours utile de constater le poids des votes contestataires et anticapitalistes que les candidats communistes auront cumulés. Ajoutés aux voix de l’altermondialiste José Bové, il n’est pas exclu que le PCF et l’extrême gauche constituent une force revendicatrice capitale dans les mois qui vont suivre. Ce seront peut être les électeurs progressistes qui dicteront aux partis la voie à suivre pour des alliances efficaces et pratiques.
Encore faudra-t-il que les organisations trotskystes règlent leurs différents. En attendant leurs candidats utilisent au mieux la vitrine électorale qui leur est offerte pour suggérer une société plus adaptée aux besoins des travailleurs.
Arlette Laguiller, contrairement à ce que ses détracteurs plus ou moins amusés affirment, ne se répète pas de campagne présidentielle en campagne présidentielle. Elle persiste à constater que les classes laborieuses françaises s’appauvrissent. Comme Olivier Besancenot, elle réclame une augmentation immédiate des salaires et particulièrement du SMIG. Et comme Besancenot, elle revendique une plus juste participation des travailleurs à la gestion de l’entreprise, une communication adaptée qui ne permettrait plus aux actionnaires de décider sur les seules bases de la rentabilité financière… Le message est complexe. Les sondages ne font plus d’Arlette, la diva de la gauche. Mais la dirigeante de Lutte ouvrière s’en tient à l’essentiel : distiller l’information auprès des travailleurs.
Besancenot, lui, a tendance à séduire les jeunes. La foule qui se presse à ses meetings est peu politisée, souvent attirée par le côté glamour du militant de la LCR, mais aussi par se façon d’exprimer les vérités, exemple à l’appui, sans fanfaronnade.
Le troisième internationaliste de service est le plus atypique. Gérard Schivardi n’est que soutenu par le Parti des Travailleurs (l’ex OCI ou trostkistes lambertistes pour les spécialistes) dont il ne serait pas membre. Pas membre, mais compagnon de route puisqu’il collabore à de nombreux mouvements du PT et de son leader, Daniel Gluckstein. Gérard Schivardi défend surtout les petites communes et les services publics.
Sur le terrain politique, c’est indubitablement Olivier Besancenot qui est à l’offensive, et pas seulement parce qu’il a le " look jeune ". Son discours est clair : Ségolène Royal se trompe de priorités et elle perdra les élections si elle ne se concentre pas sur les réalités sociales du pays. Il ne fait d’ailleurs pas de la victoire socialiste aux présidentielles, une absolue nécessité pour l’avenir.
François Hollande se gausse de la présence de trois candidats trotskystes. Sans doute, et c’est peut –être là le drame de cette campagne, parce que la gauche ne se contente pas des gestes et des discours alambiqués de Ségolène Royal dès que les réalités sociales sont en question. Buffet, Laguiller, Besancenot, Schiviardi, Bové, cela fait du monde pour constater que la candidature socialiste est tout sauf une candidature combative.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, avril 2007

jeudi 22 mars 2007

Suisse: A Gauche! Toute en débat, l’absolue nécessité

Il faudrait faire contre mauvaise fortune bon cœur. La défaite électorale d’AGT ! au Grand Conseil vaudois (5élus contre 11 dans la précédente législature) laisse perplexe de nombreux militants et dirigeants du PST. Les analyses de Christiane Jacquet et Josef Zisyadis dans Gauchebdo (16 mars) sont cohérentes, crédibles et rendent au tassement électoral une plus juste dimension. Il n’en demeure pas moins que les réflexions au lendemain des élections, et avant le deuxième tour de Josef Zisyadis pour le Conseil d’Etat, vont généralement dans le même sens : il est plus que nécessaire de consolider le Parti suisse du Travail et ses sections cantonales pour mieux asseoir la coalition de la gauche combative. A Genève, à la veille des élections municipales, l’alliance avec trois autres organisations (solidaritéS, les communistes, Indépendants de gauche) est un exercice délicat. La bonne volonté et la qualité des relations humaines entre les militants des partis garantissent souvent la cohésion et la cohérence de la plate forme. Mais politiquement il reste à harmoniser l’autonomie de chaque parti et l’unité nécessaire et pragmatique pour mener des luttes électorales au meilleur niveau.
Nelly Buntschu, conseillère administrative à Vernier affirme avoir été choquée par les résultats du canton de Vaud : " nous devons analyser le fonctionnement d’AGT !, discuter entre nous les conditions de l’alliance. Il y a eu, certes, une campagne trop personnalisée autour de Josef Zisyadis, ce qui a peut être mis sous l’éteignoir la campagne pour le Grand Conseil, mais nous ne sommes pas à l’abri d’une déconvenue, à Genève, si nous manquons de clarté. Plus que jamais, le PdT doit se positionner et exister, afin que la plate forme ait plus de poids. Si nous avons trop peu d’influence, l’unité au sein d’AGT ! en souffrira. "
Jean Spielmann, l’ancien président du PdT et ancien député rappelle la raison d’être d’un parti de gauche : " Nous devons parler politique, sans cesse, parce que le changement impose une information, une communication permanente des gens. La personnalisation d’une campagne, ce n’est pas notre tasse de thé. Nous ne sommes pas sensés faire comme les autres. L’élitisme est l’arme de la bourgeoisie… Nous, nous devons nous préoccuper des classes populaires et être un parti populaire. Nous ne remplissons plus cette mission. Nos alliances électorales ne s’en porteront que mieux si notre identité est forte. Retravaillons la base, l’essentiel, assurons la formation des militants pour qu’ils puissent exprimer publiquement et efficacement les projets que nous défendons. N’en déplaise à certains, nous devrions redevenir un parti communiste. Un parti modernisé mais ferme sur l’évidence : soutenir les plus défavorisés, les travailleurs, les classes laborieuses salariées ou non pour plus de justice sociale. "
En des termes plus modérés, Alain Bringolf, ancien président du Parti national, prône également la consolidation du message partisan : " J’ai été fâché et soucieux en apprenant les résultats vaudois. J’ai l’impression que AGT ! est une machine électorale sans conscience politique réellement exprimée, or, notre mission première est de rendre les gens conscients de la situation. A l’intérieur du parti, puis avec nos partenaires, nous devons engager un débat politique, voire idéologique, constant. Nous devons réfléchir. Nous ne l’avons pas assez fait et l’avenir dépendra de cette réflexion. "
" Réfléchir et communiquer précise Hans Braëm, membre de la direction du PdT. Au sein de l’AGT !, nos partenaires sont parfois plus médiatiques. Nous avons un handicap de communication qu’il faut corriger si nous voulons avoir toute notre place et toute notre influence dans la plate forme. C’est aussi une condition sine qua non pour un partenariat solide et serein. "
Partenaires attentifs
Les partenaires du PdT sont soucieux du résultat vaudois de la semaine dernière Pour reprendre une remarque du conseiller national Genevois, Pierre Vaneck : " nous sommes concernés… avec intérêt ". L’ancienne députée Salika Wenger est, comme à son habitude, plus directe : " je suis consternée par le problème de langage. Les gens ne se sont pas identifiés à nos discours dans le canton de Vaud. Nous devons veiller à identifier celles et ceux que nous représentons… "
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mars 2007

jeudi 15 mars 2007

Genève : l’expérience du Parti du Travail dans A Gauche toute !

A Gauche Toute ! n’est pas un parti politique. Qu’on se le dise, redise et que l’on se conforte à l’idée que l’alliance des partis et organisations à la gauche du PS et des Verts est le fruit de connivences intelligentes et de projets ambitieux pour une Suisse moins égoïste. Pour le reste, à chacun sa voie. Le Parti du Travail à Genève ne renie rien de ses sensibilités historiques : les luttes pour plus de justice et de protection sociales, pour les droits des travailleurs, pour la solidarité internationale, pour une participation efficace à la gestion des cantons ou des villes, pour la culture populaire, pour les droit humains fondamentaux à un logement décent, une retraite digne, une éducation et une formation de qualité… Sans doute partage-t-il ces ambitions avec d’autres, mais depuis plus de soixante ans, il marque par son originalité et sa ténacité les actions menées en faveur des moins favorisés.
Dans la plateforme A Gauche Toute ! qu’il a appelée de ses vœux, le PDT investit avec prudence le poids de son expérience : A Genève, depuis 1944, le parti a directement contribué à la qualité de vie des citoyens, sans faillir, opposant vindicatif face à la droite souvent méprisante ou acteur et gestionnaire efficace au sein des coalitions de gauche. Le PDT est un partenaire loyal et attentif, un associé cohérent dont les élus et les militants, souvent discrets et concentrés sur leur travail et leur mission, cherchent le résultat sans effets de manche, sans arrogance.
C’est la recherche de l’efficacité qui a poussé les dirigeants du PDT à promouvoir l’idée d’une nouvelle plateforme de la gauche radicale. Il s’agit clairement d’empêcher la droite de ruiner les efforts des élus progressistes, de contrecarrer les concentrations financières entre le Canton et la Ville, de conserver à la Cité son esprit et ses forces, d’assurer la qualité de vie pour tous, vraiment pour tous.
La dynamique d’alliance des forces de gauche constitue somme toute un bon exercice pour se préparer à assurer l’administration de la ville… ou durcir une stratégie d’opposition. Pendant des mois les dirigeants et les militants de quatre organisations (solidaritéS, les Communistes, PDT, Indépendants de gauche) se sont découverts puis ont défini un discours, un programme minimum mais essentiel d’entente et d’objectifs communs. Ils mènent campagne sur cette base. Et prendront leurs responsabilités si les électeurs leur en donnent l’occasion. Dans les faits, la plateforme AGT ! est candidate, là où elle se présente dans le canton de Genève, à toutes les opportunités. En ville de Genève, le maintien d’une majorité de gauche avec les socialistes et les Verts est possible, d’autant que, preuve en est faite si besoin était, la gestion financière de la gauche est suffisamment sage pour permettre le développement d’une ville sociale et conviviale plus rassurante que la ville inquiète et inquiétante que promet la droite.
Le PDT a démontré que la seule priorité possible est le bien-être de la population par des actes et des faits. Les actes qui rendent la ville ouverte aux citoyens, nouveaux ou anciens,suisses ou immigrés, les faits qui assurent la sécurité publique dans le respect de chacun. Quand il s’agira, si la gauche est appelée à diriger la cité, de choisir le ou les conseillers administratifs, le PDT apportera une fois encore le fruit de son expérience pour soutenir le ou les candidats adéquats, issus de ses rangs ou proches et efficaces venus d’une autre composante d’AGT ! Mais la priorité du parti des travailleurs demeure l’efficacité et le respect de la parole donnée.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, mars 2007

France: Jean Marie Le Pen: le danger du mépris

La scène se passe dans un collège lorrain. Des élèves doivent donner un prénom à un personnage : " Jean Marie " dit une voix, " Jean Marie…Le Pen, yesssssssss " croasse un ado très propre sur lui. Une de ses condisciples, au look gothique, rétorque : " Le Pen, franchement t’as pas mieux à proposer ? ". L’autre insiste : " Le Pen a les idées propres, il vaut mieux que les gauchistes ou les communistes… ". " Sans les communistes, s’offusque la gamine, y aurait pas grand monde pour défendre les pauvres, les chômeurs et les travailleurs…y a des familles qui vivent avec 600 euros (1.000 francs) par mois ". " Impossible rigole le garçon, personne en France ne vit avec 600 euros. "
L’anecdote ne vous est pas rapportée avec une parfaite objectivité, mais les conclusions s’imposent : Jean Marie est un prénom parfois difficile à porter dans l’hexagone et la réalité de la misère n’apparaît pas à tous comme une évidence.
Le candidat du Front National mènera sa dernière campagne présidentielle (on peut décemment envisager que dans cinq ans, le candidat Le Pen soit une dame) jusqu’au terme accordé par les électeurs. Après avoir beaucoup larmoyé sur le risque de ne pas disposer des cinq cents parrainages d’élus, nécessaires à la candidature officielle, Monsieur le Pen a à peine minaudé quand Nicolas Sarkozy a appelé les maires de France à soutenir sa candidature, au nom de la démocratie. Il est vrai que la campagne n’aurait pas été orthodoxe si l’Extrême droite n’y était pas représentée. Désormais, on sait que la droite votera groupée au second tour. Le côté " canaillou anti-Etablissement " du Front National n’est crédible que l’espace d’un sourire.
En toute légitimité le candidat fasciste mènera campagne pour tenter de créer une nouvelle surprise comme en 2002. Parce que Jean Marie Le Pen est un adepte du fascisme, selon la définition d’Albert Camus : " toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ".
Le sommaire du programme électoral de Jean Marie Le Pen suffit pour se persuader que l’extrême droite française a comme préoccupation le…malheur des gens. Au hit parade de ses 24 analyses et projets de société, l’immigration, la sécurité et la justice, la sécurité sociale, la santé, la famille et l’enfance occupent les premières places. Raisonnable à priori, mais ahurissant à la lecture : En toutes lettres, le programme de Jean Marie Le Pen suggère l’aide sociale et les allocation aux seuls français, une préférence nationale pour les prestations sociales, le Revenu minimum d’insertion (RMI) supprimé pour les étrangers, la fin du regroupement familial, l’arrêt de l’immigration, une politique d’assimilation, le rétablissement de la peine de mort, la fin des accords de Schengen, la maîtrise des frontières, un abaissement de la majorité pénale jusqu’à 10 ans dans certains cas, la création de 75.000 places dans les prisons… Une concentration de mauvaises idées en quelque sorte. En quatorzième position dans le programme de Jean Marie Le Pen, apparaît sa stratégie économique et budgétaire. Sans trop caricaturer la pensée de cet… antimondialiste chevronné, cet opposant à la " gouvernance mondiale ", il est raisonnable de constater que les réactionnaires français envisagent La Nation aux allures de village gaulois paumé au milieu d’une Europe en devenir…
Les sondages, cette " nouvelle façon de penser ", ne situent pas le chef du FN en embuscade pour espérer une place en finale. Lui, s’estime à " au moins 20% " et considère la popularité apparente de François Bayrou comme un effet de mode. Il est vrai que si les candidats à la présidentielle n’abordent pas les grands thèmes socio-économiques et de société, Jean Marie Le Pen pourrait encore attirer une clientèle blasée, déçue, perturbée et redevenir le fameux troisième homme.
Comparaison n’est pas raison, mais le programme lepéniste ressemble, parfois dans la lettre, en tout cas dans l’esprit, à ce que l’UDC propose aux Suisses. Et dans les deux cas, force est de constater que, effectivement, le mépris et la méchanceté attirent les électeurs.

France: Raymond Barre-à-mine

Raymond Barre, ancien maire de Lyon, ancien premier ministre français, s'offre une fin de vie à remous. En quelques phrases sur France Culture, il vient de pulvériser son record personnel de déclarations racistes et antisémites. En rajoutant une couche d'indécent respect à la mémoire de Maurice Papon, zélé commis de l'état vichyste puis de la République, et en attestant de la qualité humaine de Bruno Gollnish, bras droit de Jean marie Le Pen, condamné pour négationnisme, Raymond Barre rappelle que l'âge n'excuse pas tout. Il rappelle aussi, que l'extrême droite n'a pas le privilège de la bêtise humaine ou du racisme. Le danger est partout, surtout parmi celles et ceux qui se croient à l'abri du virus de la haine. Le racisme est la petite bête qui monte, qui monte, qui monte dans les esprits. C'est le dérapage assuré pour peu qu'une solution à un quelconque problème nécessite le rejet des autres... parce qu'ils sont autres.
Raymond Barre est bourgeoisement raciste, tranquillement antisémite. Pas beaucoup, un peu comme tout le monde... Juste ce qu'il faut n'est ce pas....
Personne n'est à l'abri. Pas plus nous, les progressistes que nos adversaires. Faut continuer le traitement. A vie.
RLr, Gauchebdo, Suisse, mars 2007

jeudi 1 mars 2007

France: Nicolas Sarkozy : Pas de tromperie sur la marchandise, mais publicité mensongère

Nicolas Sarkozy a une tête de premier de classe, une allure de premier de classe, un discours de premier de classe, l’assurance d’un premier de classe, des amis du premier de classe, et, malgré une prime jeunesse balbutiante pour prétendre au titre, il a effectivement « tout pour plaire » à ceux qui trouvent les premiers de classe jolis garçons par définition. De toute façon, l’idée d’être un français moyen lui serait, selon ses « hagiographes » les plus avertis, insupportable.
Sa scolarité fut sans éclat et, diplômé de droit, il ne marqua pas l’histoire du barreau parisien de son empreinte. Ne pas être brillantissime ne veut pas dire ne pas avoir le sens des affaires : Maître Sarkozy, avocat associé « non pratiquant » dans un cabinet spécialisé dans le droit immobilier perçoit sa part de profit année après année.
A 19 ans, Nicolas se lance en politique. A droite. Ce qui n’est pas tout à fait étonnant ou scandaleux si l’on veut bien considérer que son père, Paul Sarkozy de Nagybocsa, aristocrate hongrois, dont la famille possédait « terre et château » à 100 km de Budapest, avait choisi l’exil en 1944 quand son pays fut libéré par l’Armée Rouge. En politique donc, Le jeune Sarkozy, encore aux études, fait montre de qualités indéniables: un sens de l’arrivisme très vite affiné, une remarquable aptitude à se faire valoir et voir et un formidable talent pour se constituer les réseaux d’influences les plus adéquats. Dans ce domaine, c’est un doué. Il se fera les dents dans l’ombre de son grand homme, Charles Pasqua, gaulliste de droite, inénarrable ministre de l’intérieur, impliqué dans quelques uns des mauvais coups politico-financiers du XXème siècle, qui sera le témoin de son premier mariage en 1982. Les industriels et hommes de médias, Martins Bouygues et Bernard Arnault le seront à son second mariage, en 1996.
Conseiller municipal de Neuilly à 22 ans, maire à 28, député à 34, ministre à 38… comment rester modeste avec pareil palmarès? Il n’y arrive pas vraiment et se prend les pieds dans le tapis à quelques reprises: il choisit Edouard Balladur contre Jacques Chirac aux présidentielles de 1995, ce qui lui vaut l’inimitié du Président français en exercice et de ses amis; en 1999, il mène la liste du RPR à la débâcle aux élections européennes…

Alors, Nicolas Sarkozy a une idée de génie ; il prend du recul, il n’insiste pas. Il écrit même un livre : libre. Tout un programme. Quand il revient en politique, la droite a besoin de lui. Depuis 2002, Nicolas Sarkozy est le chevalier blanc, le « Monsieur Propre » qui montre de quel bois il se chauffe. Au point que la gauche le trouve un rien pyromane quand il s’agit d’éteindre le feu et maintenir l’ordre et la sécurité depuis le ministère de l’Intérieur.
Les français ont aimé. Sarkozy a été visible. Pas vraiment efficace, mais visible. C’est sa recette. Elle fonctionne. Elle risque même de fonctionner le 6 mai prochain, au terme du second tour de l’élection présidentielle. Catherine Nay, journaliste et biographe « folledingue » du président de l’UMP situe le débat : « Il est fait pour commander, impulser, décider. Mais son hyperréactivité, son impulsivité, ses émotions qu’il n’a jamais verrouillées, l’entraînent à être parfois trop hâtif dans ses jugements, à tenir des propos qui surprennent, à faire des promesses dont il n’a pas toujours mesuré la portée. Il lui arrive d’avouer en souriant : « Je suis mon meilleur ennemi ». Et la groupie d’ajouter:« Il avance sans masque. Avec lui, il n’y jamais tromperie sur la marchandise ». Certains observateurs, une formule choisie pour désigner les amis des candidats, en rajoutent une couche : « les français ont le choix entre une psycho rigide et un hyperactif ».
Heureusement il y a la politique : les candidats Sarkozy et Royal refont le monde de gauche à droite et de droite à gauche. Personne ne sait exactement ce dont ils sont capables, mais tout le monde a compris qu’ils lancent projets et promesses comme des confettis, sachant que personne ne collectionne les confettis. Sauf que, vu de gauche, une autre formule qui permet de marquer sa différence, Nicolas Sarkozy a quelques défauts rédhibitoires : il est réellement néo conservateur à l’américaine et les insuccès de cette philosophie ne le perturbent pas ; il confond pouvoir public avec pouvoir sur le public ; il est bêtement et inefficacement répressif ; Il est très légèrement paranoïaque quand il reconnaît avoir repris le ministère de l’Intérieur pour éviter les mauvais coups de ses alliés… et pour utiliser à son profit les services de renseignements liés au ministère; il use de son influence pour faire et défaire les carrières de ceux qui lui ont déplu, les journalistes par exemple…
Pour le reste, malgré tout ce qu’il dit, Sarkozy ne propose rien de plus que de maintenir la droite française au pouvoir en augmentant la puissance des grands financiers et l’influence de la bourse.
Comme dirait Catherine Nay : « Avec lui, il n’y a jamais de tromperie sur la marchandise »… Les armoiries de famille Sarkozy de Nagybocsa sont « un loup orné d’un cimeterre ». Ca ne s’invente pas.
Ron Linder, Gauchebdo, Mars 2007

Italie : Ne pas désespérer les progressistes

La loyauté politique est complexe. En Italie, la semaine dernière, deux sénateurs communistes n’ont pas voté les motions gouvernementales relatives à l’extension d’une base américaine à Vicense et le maintien du contingent italien en Afghanistan. Romano Prodi, le premier ministre centriste de la très large coalition qui dirige le pays a immédiatement présenté la démission de son gouvernement. Ce n’était pas nécessaire, mais à l’analyse, cela lui a été très utile. Quand mercredi soir, Monsieur Prodi a demandé et obtenu la confiance du Sénat, il avait en poche un accord de gouvernement qui rogne les ambitions sociales et pacifiques de ses alliés de la gauche radicale, Rifondazione comunista, Verdi et Comunisti italiani. Le baroud d’honneur des deux sénateurs s’avérait-il être une erreur politique qui remet en question les stratégies en faveur d’une meilleure politique sociale au sein de l’Unione, comme le soutient la direction de Rifondazione comunista? Possible. Mais n’est-il pas difficile de jeter la pierre à des hommes de conviction, fatigués, depuis neuf mois, au nom de la cohésion d’une majorité de 9 partis, qui fait en permanence le grand écart entre le pire et le meilleur, d’avaler des couleuvres dans les domaines dans lesquels ils sont directement engagés?
La gauche radicale italienne est en difficulté. Si le gouvernement Prodi devait tomber à court terme – les Italiens ne parieraient pas un cent sur son avenir selon de récents sondages-, elle serait vouée aux gémonies par les antiberlusconiens. Mais si elle continue à cautionner la politique peu sociale, atlantiste, conservatrice que Prodi conduit tant bien que mal, elle désespérererait les progressistes.
Le premier ministre disait récemment : « le gouvernement ne manifeste pas contre lui-même » pour dissuader les partis de gauche de s’opposer publiquement à l’agrandissement de la base américaine. Voire. La liberté politique que s’octroierait la gauche réelle sera peut –être la meilleure manière de situer le débat : Unis contre le retour de Berlusconi et des organisations fascisantes qui l’entourent à la tête de l’état, mais pour une politique populaire imposée par la base dont les élus communistes et verts ne sont que les représentants. L’Unione est une coalition tellement contre nature qu’il n’est pas insensé d’admettre que le gouvernement puisse « manifester contre lui-même ».
Ron Linder, Gauchebdo, mars 2007