Lénine était encore à Zurich au mois de mars 1917, au lendemain de l’abdication du Tsar Nicolas II, quand, dans quatre courriers, il exigeait de ses camarades la préparation active de la phase « prolétarienne » de la révolution. Les soviets, ces organes révolutionnaires qui pullulaient partout dans le pays, et qui se développaient souvent de façon anarchique, devaient prendre le pouvoir par la force et mettre fin à la guerre impérialiste avec l’Allemagne. Même au prix d’une guerre civile qu’il considérait comme inévitable dans tout processus révolutionnaire. Dans ses « Thèses d’Avril » rédigées dès son retour en Russie, il attaqua encore la légitimité de la république parlementaire et du processus démocratique. Exilé en Finlande, après les manifestations réprimées de juillet, il n’abandonna pas l’idée de la nécessité d’une prise de pouvoir par la force : "En proposant une paix immédiate et en donnant la terre aux paysans, les bolcheviks établiront un pouvoir que personne ne renversera, écrivait-il. Il serait vain d'attendre une majorité formelle en faveur des bolcheviks. Aucune révolution n'attend ça. L'Histoire ne nous pardonnera pas si nous ne prenons pas maintenant le pouvoir."
La vérité est bonne à dire. Lénine dut batailler ferme au sein du parti bolchévik pour imposer l’idée de la prise du pouvoir par la force. Et ce n’est vraisemblablement pas son prétendu goût du sang et de la castagne qui le poussait à espérer et prévoir une révolution par les armes. La Russie, en automne 1917 était exsangue : le gouvernement bourgeois, issu des révoltes de février et de la chute de la monarchie, était paralysé, persévérait dans la poursuite de la guerre désastreuse contre l’Allemagne au prix de 1.600.000 morts et 6.000.000 de blessés, maintenait les privilèges des gros propriétaires terriens au détriment des paysans, se montrait totalement incapable de faire fonctionner les corps de l’Etat, l’administration, la police, l’économie. L’armée, composée essentiellement de paysans allait de défaite en défaite : de juin à octobre 1917, près de deux millions de soldats désertèrent.
La société dut concevoir les conditions de son autonomie. Dès février 1917, les comités d’usine, de soldats, les soviets de quartiers, les milices ouvrières se multiplièrent et s’organisèrent tant bien que mal. Certains dirent que ce fut une « fête de liberté », d’autres constatèrent l’anarchie.
Les Bolcheviks craignaient l’anarchie. Depuis la création de leur parti en 1903, ils avaient opté pour une stratégie volontariste en rupture avec l’ordre existant. Lénine, dans les semaines qui précédèrent la prise du Palais d’Hiver, s’en tint à cette analyse. La révolution lui semblait la solution évidente. Mais il développa un point de vue nouveau : dans son essai "L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme". Il envisageait la révolution non dans le pays où le capitalisme était le plus fort, mais dans un État économiquement peu développé comme la Russie, à condition que le mouvement révolutionnaire y fût dirigé par une avant-garde disciplinée, prête à aller jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu’à la dictature du prolétariat et la transformation de la guerre impérialiste en une guerre civile.
La Révolution d’Octobre eut lieu… en toute logique léniniste. Elle fut, compte tenu des événements géopolitiques, un moindre mal. Et, compte tenu, de la misère des travailleurs et paysans russes, l’objet d’un espoir raisonnable. La fin de la guerre avec l’Allemagne, la redistribution des terres, en attendant leur impopulaire collectivisation quelques années plus tard, la réorganisation de la société malgré la guerre civile, le soutien militaire des pays occidentaux aux armées blanches, l’isolement économique international, le cumul d’événements dramatiques et les situations complexes ou inextricables rendirent les objectifs des communistes difficiles à atteindre. Une bureaucratie lourde, héritière d’institutions tsaristes, développée au rang de classe sociale dominante puis de corps quasi autonome d'un pouvoir sans énergie , la nécessaire mais périlleuse et perverse sécurisation du pays, au prix de nombreuses libertés individuelles, la tentation nationaliste russe au détriment des républiques et peuples allophones de l’Union soviétique creusèrent le fossé empêchant les idées de la Révolution d’avancer.
Il n’en demeure pas moins que, dans toute l’Europe, cette révolution, dont l’importance est contestée par ceux qui, précisément, contestent le principe de la justice sociale vue « d’en bas », fut un des moteurs des luttes ouvrières, syndicales et politiques pour une société plus juste. Elle fut bien entendu imparfaite mais rendit indubitablement service à l’Humanité.
Mais surtout, et peut-être est-ce cela qui lui attire encore la haine des « bien –pensants », la Révolution d’Octobre est inachevée. Avec d’autres moyens, d’autres stratégies, une autre approche du bien public, du bien commun, les idées généreuses d’une révolution populaire peuvent encore servir les intérêts des femmes et des hommes soumis au pouvoir du capitalisme violent, barbare. A nous d’inventer les façons de la mener avec des valeurs nouvelles. Rien ne dit qu’il ne faudra pas, un jour ou l’autre, reprendre d’assaut un Palais d’Hiver, symbolique ou non, pour mettre fin à un pouvoir absolu imposé et inacceptable. Nous saurons alors choisir les meilleures armes de cette démocratie que nous concevons.
« Socialisme ou barbarie » disait Rosa Luxembourg. Socialisme devons-nous répondre encore et toujours !
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
mardi 30 octobre 2007
Espagne: No Passaran !
Ce numéro de Gauchebdo offre une place importante aux événements de l’Histoire. Comment penser l’après, ignorant l’avant ?
Le sens de l’Histoire tient lieu de lettre d’introduction à celles et ceux qui ne réduisent pas la planète et la vie de ses habitants à un monopoly réservé aux plus malins des boursicoteurs… en herbe puisque nous vivons une époque « écologique ».
Les parlementaires espagnols, pour envisager l’avenir, ont voulu assurer le passé. Ils ont adopté la loi sur la « mémoire historique », reconnaissant ou réhabilitant les victimes du franquisme. Cela n’allait sans doute pas de soi, puisque la loi a été adoptée au Cortès par 185 voix contre 137. Cette loi est très précise : elle vise à la « réparation morale » et au « rétablissement public de la mémoire des victimes des persécutions politiques, idéologiques ou religieuses durant la guerre civile et la dictature de Fransisco Franco ». Le parti écolo-communiste a veillé à ce que soit incluse dans le texte de loi, une condamnation officielle du régime franquiste, mais n’a pas obtenu l’annulation des jugements sommaires prononcés par les tribunaux militaires qui décidèrent de cinquante mille exécutions.
La droite espagnole dit pi que pendre de cette loi, qui rompt, selon elle, l’héritage qui a permis la transition démocratique du pays. Par contre la même droite est toute émue par la béatification, par le pape Benoît XVI, de 498 religieux exécutés par le camp républicain durant cette même guerre civile. 498 martyrs, précise le Vatican, mort pour leur foi et leur « amour du Christ ». Parce qu’il ne semble pas que les religieux proches de la République espagnole, assassinés par les fascistes de Franco, puissent avoir été victimes de mécréants. Ils ne devaient pas aimer Jésus, eux, puisqu’ils fricotaient avec les Rouges.
L’Ayatollah Benoît XVI ne rate pas une occasion pour faire valoir l’évidence : la politique du pire n’a pas de secret pour lui. Et en Espagne, son action bienfaitrice va droit au cœur de l’épiscopat local qui conteste la nouvelle loi scolaire votée au Cortès en septembre dernier, et précisément, le développement du cours d’ « Education à la citoyenneté ». Il s’agit en l’occurrence d’enseigner aux collégiens espagnols des notions sur le fonctionnement des institutions, l’égalité entre les sexes, la lutte contre les préjugés homophobes, raciaux ou religieux, la diversité culturelle, la globalisation, la consommation responsable et la sécurité routière…
Bref, tous en cœur, chantons : A bas la calotte…
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Le sens de l’Histoire tient lieu de lettre d’introduction à celles et ceux qui ne réduisent pas la planète et la vie de ses habitants à un monopoly réservé aux plus malins des boursicoteurs… en herbe puisque nous vivons une époque « écologique ».
Les parlementaires espagnols, pour envisager l’avenir, ont voulu assurer le passé. Ils ont adopté la loi sur la « mémoire historique », reconnaissant ou réhabilitant les victimes du franquisme. Cela n’allait sans doute pas de soi, puisque la loi a été adoptée au Cortès par 185 voix contre 137. Cette loi est très précise : elle vise à la « réparation morale » et au « rétablissement public de la mémoire des victimes des persécutions politiques, idéologiques ou religieuses durant la guerre civile et la dictature de Fransisco Franco ». Le parti écolo-communiste a veillé à ce que soit incluse dans le texte de loi, une condamnation officielle du régime franquiste, mais n’a pas obtenu l’annulation des jugements sommaires prononcés par les tribunaux militaires qui décidèrent de cinquante mille exécutions.
La droite espagnole dit pi que pendre de cette loi, qui rompt, selon elle, l’héritage qui a permis la transition démocratique du pays. Par contre la même droite est toute émue par la béatification, par le pape Benoît XVI, de 498 religieux exécutés par le camp républicain durant cette même guerre civile. 498 martyrs, précise le Vatican, mort pour leur foi et leur « amour du Christ ». Parce qu’il ne semble pas que les religieux proches de la République espagnole, assassinés par les fascistes de Franco, puissent avoir été victimes de mécréants. Ils ne devaient pas aimer Jésus, eux, puisqu’ils fricotaient avec les Rouges.
L’Ayatollah Benoît XVI ne rate pas une occasion pour faire valoir l’évidence : la politique du pire n’a pas de secret pour lui. Et en Espagne, son action bienfaitrice va droit au cœur de l’épiscopat local qui conteste la nouvelle loi scolaire votée au Cortès en septembre dernier, et précisément, le développement du cours d’ « Education à la citoyenneté ». Il s’agit en l’occurrence d’enseigner aux collégiens espagnols des notions sur le fonctionnement des institutions, l’égalité entre les sexes, la lutte contre les préjugés homophobes, raciaux ou religieux, la diversité culturelle, la globalisation, la consommation responsable et la sécurité routière…
Bref, tous en cœur, chantons : A bas la calotte…
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Suisse: les médias et la gauche: Cherchez l’erreur !
Les journaux romands jouent la transparence... à gauche. La "rocade" entre l'élue vaudoise du POP, Marianne Huguenin et ce "vieux-cheval-toujours-sur-le-retour", Josef Zisyadis, battu de 800 voix aux élections fédérales, tient lieu de roman d'automne dans la presse.
Un parti marginalisé par les électeurs fait les choux gras de la presse bourgeoise. Cherchez l’erreur ! Le PST/POP n’est pas à proprement parlé, sorti vainqueur des dernières élections fédérales. La seule élue de la gauche de la gauche, Marianne H.… est devenue le seul élu de la gauche de la gauche, Josef Z.. Et la presse commerciale, souvent de qualité, y trouve à la fois à redire mais aussi matière à faire la leçon « aux communistes » ou à « l’extrême gauche ». Elle aurait tort de se gêner la « grande presse », puisque la corde pour pendre la gauche combative est souvent gracieusement fournie par les militants.
La « pipolisation », la médiatisation des personnes au détriment de leurs idées pose problème. Surtout quand, comme c’est le cas chez les progressistes, les idées ne manquent pas. Encore faut-il ne pas dire que cela pose problème et, en même temps, prendre le risque d’en « remettre une couche » en se faisant aimablement manipuler. La presse fantasme toujours un petit peu à l’idée de jouer un vilain tour « à l’ogre communiste ». Les « petits meurtres entre amis de gauche » lui conviennent. Il ne s’agit pas d’un débat d’idées mais de l’utilisation des positions ou des états d’âme de nos propres amis… avec un objectif évident : décrédibiliser la gauche. C ’est dans l’air du temps. Il faut s’y faire mais ne pas s’y habituer.
Gauchebdo, bien moins puissant que la presse bourgeoise, suggère le débat au lieu des petites phrases assassines des uns et des autres. Nos colonnes sont ouvertes aux opinions et aux idées.
RLr, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
Un parti marginalisé par les électeurs fait les choux gras de la presse bourgeoise. Cherchez l’erreur ! Le PST/POP n’est pas à proprement parlé, sorti vainqueur des dernières élections fédérales. La seule élue de la gauche de la gauche, Marianne H.… est devenue le seul élu de la gauche de la gauche, Josef Z.. Et la presse commerciale, souvent de qualité, y trouve à la fois à redire mais aussi matière à faire la leçon « aux communistes » ou à « l’extrême gauche ». Elle aurait tort de se gêner la « grande presse », puisque la corde pour pendre la gauche combative est souvent gracieusement fournie par les militants.
La « pipolisation », la médiatisation des personnes au détriment de leurs idées pose problème. Surtout quand, comme c’est le cas chez les progressistes, les idées ne manquent pas. Encore faut-il ne pas dire que cela pose problème et, en même temps, prendre le risque d’en « remettre une couche » en se faisant aimablement manipuler. La presse fantasme toujours un petit peu à l’idée de jouer un vilain tour « à l’ogre communiste ». Les « petits meurtres entre amis de gauche » lui conviennent. Il ne s’agit pas d’un débat d’idées mais de l’utilisation des positions ou des états d’âme de nos propres amis… avec un objectif évident : décrédibiliser la gauche. C ’est dans l’air du temps. Il faut s’y faire mais ne pas s’y habituer.
Gauchebdo, bien moins puissant que la presse bourgeoise, suggère le débat au lieu des petites phrases assassines des uns et des autres. Nos colonnes sont ouvertes aux opinions et aux idées.
RLr, Gauchebdo, Suisse, Novembre 2007
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Suisse: Le choix de Marianne
J’aime bien Marianne Huguenin. Son militantisme, les batailles politiques et publiques qu’elle a menées à tous les niveaux de responsabilités locales ou nationales en ont fait un personnage crédible et, dans toute l’acception du terme, honorable. Sa réélection au Parlement, dans la grisaille des résultats décevants pour notre Gauche, m’avait fait plaisir. Sa décision, exprimée dans une lettre ouverte sur le site du POP vaudois, de céder - mais confier serait le mot juste - son siège à Josef Zisyadis, révèle que la militante, la syndique de Renans a pour principale qualité d’être un être humain soucieux de ses limites.
Camarades, c’est à vous que cet éditorial s’adresse, nous parlons du seul et unique siège à gauche du parti socialiste. Un siège de survie, le temps de repenser notre action et de retourner auprès des citoyens pour expliquer pourquoi ils doivent nous faire confiance. Il ne s’agit pas seulement d’y poser ses fesses pendant quatre ans, c’est un poste d’observation et de combat. Marianne a décidé de faire front depuis sa ville de Renans pour freiner ou arrêter l’avance de l’extrême droite. Honni soit qui mal y pense. Sa décision est décente même si ses amis et ses supporters sont déçus. Il est vrai que si son successeur avait été n’importe qui sauf Josef Zisyadis, personne n’y aurait trouvé trop à redire.
Josef Z. ne fait pas l’unanimité parmi les siens, il est autant honni qu’aimé des médias bourgeois, et sa façon de faire énerve. Sans doute parce que son omniprésence, depuis tant d’années, a lassé celles et ceux qui voudrait voir cette gauche qu’il représente morte et enterrée.
Le désamour entre Josef Zisyadis et Gauchebdo est notoire. Mais nous ne nous trompons pas de combat. S’il est bien un homme susceptible de rendre service à la gauche combative, c’est Josef Zisyadis à Berne. Sa personnalité, son expérience… se tendance à se battre seul, son sens du spectacle et sa sensibilité politique en font un «sniper» idéal, un tireur embusqué en territoire ennemi. Le pacifiste qu’il est ne nous pardonnera sans doute pas ces références guerrières, mais l’essentiel est que le siège de Marianne, notre siège, soit bien défendu.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Camarades, c’est à vous que cet éditorial s’adresse, nous parlons du seul et unique siège à gauche du parti socialiste. Un siège de survie, le temps de repenser notre action et de retourner auprès des citoyens pour expliquer pourquoi ils doivent nous faire confiance. Il ne s’agit pas seulement d’y poser ses fesses pendant quatre ans, c’est un poste d’observation et de combat. Marianne a décidé de faire front depuis sa ville de Renans pour freiner ou arrêter l’avance de l’extrême droite. Honni soit qui mal y pense. Sa décision est décente même si ses amis et ses supporters sont déçus. Il est vrai que si son successeur avait été n’importe qui sauf Josef Zisyadis, personne n’y aurait trouvé trop à redire.
Josef Z. ne fait pas l’unanimité parmi les siens, il est autant honni qu’aimé des médias bourgeois, et sa façon de faire énerve. Sans doute parce que son omniprésence, depuis tant d’années, a lassé celles et ceux qui voudrait voir cette gauche qu’il représente morte et enterrée.
Le désamour entre Josef Zisyadis et Gauchebdo est notoire. Mais nous ne nous trompons pas de combat. S’il est bien un homme susceptible de rendre service à la gauche combative, c’est Josef Zisyadis à Berne. Sa personnalité, son expérience… se tendance à se battre seul, son sens du spectacle et sa sensibilité politique en font un «sniper» idéal, un tireur embusqué en territoire ennemi. Le pacifiste qu’il est ne nous pardonnera sans doute pas ces références guerrières, mais l’essentiel est que le siège de Marianne, notre siège, soit bien défendu.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Suisse: A la recherche du P.S.ychologiquement correct
Affaibli électoralement, le Parti socialiste suisse voudrait penser plus à gauche, plus social, pour reconquérir la vox populi qui lui échappe et lorgner encore et toujours sur sa droite pour rester, autant que faire se peut, dans la foulée des partis gouvernementaux. Il affiche une schizophrénie politique qui se veut pragmatique. Et « pragmatique », c’est le surnom que se donne en Suisse ou ailleurs, tout social démocrate qui se respecte. S’ils se laissaient aller à une quelconque inadéquate immodestie, certains socialistes s’afficheraient comme « Pragmatiques Sociaux », PS. Sauf que leur pragmatisme, parce que l’idée de plaire à tout le monde et de ratisser large après la déconvenue du 21 octobre ne les quitte pas, risque de les rendre moins attentifs encore aux revendications populaires et aux batailles à venir pour le maintien des acquis sociaux. Le pragmatisme des socialistes, au lendemain de leur défaite, se résume à reconsidérer leur « public-cible » et à le reconquérir. En laissant peut-être les plus marginaux, les citoyens les moins « économiquement centristes » succomber sous les slogans xénophobes et d’exclusion de l’UDC. Parce que, outre, la puissance communicatrice de l’UDC, ses budgets astronomiques, ses thèmes de campagne populistes, désastreux, ignominieux mais efficaces, ce qu’il conviendrait de retenir du scrutin fédéral, c’est l’absence de projets et de propositions des socio-démocrates. Ni projet de société, ni proposition sociale, économique, sociétale ou culturelle qui puisse voir le jour à court ou moyen terme. Et ce n’est pas un hasard. Le PS est un parti individualiste. Ses candidats ont mené des campagnes personnelles. L’image plus sociale des candidats romands était sans doute plus adéquate que le caractère urbain et bourgeois des discours de leurs collègues alémaniques, mais ce n’est pas le Parti socialiste qui a mené une campagne plus ou moins à gauche.
Le PSS fait presque cavalier seul à gauche de l’échiquier politique du pays. Les Verts glissent vers la droite malgré quelques résistances internes. L’extrême gauche et le PST survivent difficilement. Les mouvements alternatifs et syndicaux sont trop faibles. Garant autoproclamé des valeurs sociales et laïques, le PSS entend participer au pouvoir. En même temps, il est le relais législatif social indispensable pour empêcher, ou tenter d’empêcher, la droite de se vendre totalement aux patrons.
A moins que la gauche de la gauche ne retrouve au plus vite une place digne de ce nom dans le débat politique, rien ne changera. Et beaucoup dépendra, à gauche, d’un parti socialiste ballotant au gré des personnalités plus que des idées fondamentales. Pourtant, le PSS devra concevoir, créer son propre avenir. Nulle part, en Europe il ne trouvera une situation hégémonique équivalente à la sienne. Partout, à la gauche de la social démocratie, le mouvement social, alternatif ou politique est plus actif et mieux représenté qu’en Suisse.
Le SPD allemand, tente de se réveiller d’une longue période de compromission, de… pragmatisme pourrait-on écrire. L’émergence du parti résolument progressiste, Die Linke, rappelle les socio démocrates allemands à une autre forme de réalisme en revenant aux notions élémentaires de « socialisme démocratique » et d’ « Etat social prévoyant ». En Italie, le nouveau Parti démocrate doit compter avec des centrales syndicales et des partis communistes actifs. Même en Grande Bretagne, en Espagne ou en France, en Grèce, au Portugal, la social démocratie a des comptes à rendre à la gauche politique, associative ou syndicale. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans les pays nordiques, se sont les syndicats qui, le cas échéant, rappellent les socialistes à l’ordre.
Le PSS se retrouve dans une de ces configurations historiques : revenir collectivement à des valeurs et des messages essentiels pour une justice sociale évidente dans un pays riche. Ce sera le prix à payer pour cesser de perdre. Au lieu du mot pragmatique, les camarades du PSS devraient peut-être s’intéresser à nouveau au terme : « solidaire ». C’est un mot très concret aussi, et, bien compris, très efficace.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Le PSS fait presque cavalier seul à gauche de l’échiquier politique du pays. Les Verts glissent vers la droite malgré quelques résistances internes. L’extrême gauche et le PST survivent difficilement. Les mouvements alternatifs et syndicaux sont trop faibles. Garant autoproclamé des valeurs sociales et laïques, le PSS entend participer au pouvoir. En même temps, il est le relais législatif social indispensable pour empêcher, ou tenter d’empêcher, la droite de se vendre totalement aux patrons.
A moins que la gauche de la gauche ne retrouve au plus vite une place digne de ce nom dans le débat politique, rien ne changera. Et beaucoup dépendra, à gauche, d’un parti socialiste ballotant au gré des personnalités plus que des idées fondamentales. Pourtant, le PSS devra concevoir, créer son propre avenir. Nulle part, en Europe il ne trouvera une situation hégémonique équivalente à la sienne. Partout, à la gauche de la social démocratie, le mouvement social, alternatif ou politique est plus actif et mieux représenté qu’en Suisse.
Le SPD allemand, tente de se réveiller d’une longue période de compromission, de… pragmatisme pourrait-on écrire. L’émergence du parti résolument progressiste, Die Linke, rappelle les socio démocrates allemands à une autre forme de réalisme en revenant aux notions élémentaires de « socialisme démocratique » et d’ « Etat social prévoyant ». En Italie, le nouveau Parti démocrate doit compter avec des centrales syndicales et des partis communistes actifs. Même en Grande Bretagne, en Espagne ou en France, en Grèce, au Portugal, la social démocratie a des comptes à rendre à la gauche politique, associative ou syndicale. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans les pays nordiques, se sont les syndicats qui, le cas échéant, rappellent les socialistes à l’ordre.
Le PSS se retrouve dans une de ces configurations historiques : revenir collectivement à des valeurs et des messages essentiels pour une justice sociale évidente dans un pays riche. Ce sera le prix à payer pour cesser de perdre. Au lieu du mot pragmatique, les camarades du PSS devraient peut-être s’intéresser à nouveau au terme : « solidaire ». C’est un mot très concret aussi, et, bien compris, très efficace.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
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Suisse: Révolution culturelle à la tessinoise ?
La section tessinoise du Parti Suisse du Travail a changé de nom sans demander l’avis des camarades des autres cantons. Il existe donc, désormais, un Parti communiste, section tessinoise du PST. Dans l’enthousiasme local et sous le regard désapprobateur mais résigné de la direction nationale du Parti.
Partout en Europe, les partis communistes réfléchissent à une évolution nominale sinon idéologique. Le PC Italien s’est scindé et sa majorité fait un curieux, et parfois douloureux, « coming out » social démocrate, emportant avec elle les bijoux de famille, tel que le quotidien historique du Parti, « l’Unita ». Deux partis, Rifondazione Comunista et le parti des Communistes italiens se partagent l’électorat ébranlé et réduit, ouvertement marxiste. Le PDS allemand, allié à d’autres forces de gauche non communiste au sein d’une nouvelle organisation, die Linke, tente de redynamiser la frange progressiste de la population tandis qu’un minuscule Parti communiste allemand réunit quelques adversaires de la fusion. Le PC espagnol anime la coalition « Gauche Unie » avec des écologistes et des mouvements associatifs...
Seul, souvent comme un bateau ivre, le PC Français sauvegarde son identité et conserve à la fois une image et une spécificité. Mais le quotidien communiste « l’Humanité », depuis longtemps, n’arbore plus le marteau et la faucille et les tentatives, très souvent malheureuses, d’alliances et de d’union de la gauche sont nombreuses. Presque partout donc, y compris dans les pays où les partis communistes n’ont pas ou plus joué un rôle prépondérant dans la vie politique, l’identité des communistes s’implique dans un projet progressiste, au nom de l’efficacité, quand ce n’est pas au nom de la vision prosaïque selon laquelle le marxisme, même revu et corrigé, mérite de survivre au poids de l’Histoire.
Pendant que les partis communistes se cherchent ou trouvent des portes de sortie plus ou moins honorables, la section tessinoise du PST redessine le mot communiste en guise de signature. Le poids de l’Histoire serait moins lourd que l’avenir possible du socialisme, disent en substance les Jeunes Progressistes, à l’origine de la démarche : « Pourquoi ne pas être ce que l’on prétend si souvent, un parti communiste, explique Leonardo Schmid, l’un des animateurs de la section tessinoise. Un parti qui puisse travailler en s’appuyant sur des théories claires et adaptées. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des conservateurs de gauche. Je comprends les doutes de ceux qui, par rapport à l’histoire du socialisme réel, ne se reconnaissent pas comme communistes. Nous savons ce qu’a été le socialisme réel, ses fautes, ses erreurs. Mais l’avenir ne repose pas sur le socialisme réel de l’Union Soviétique. Notre génération aspire à un communisme aguerri. Nous cherchons une voie pour arriver à une société nouvelle. Nous revendiquons une société différente. Dépasser le capitalisme n’est pas suffisant. »
Le changement de nom ne fut néanmoins pas unanimement apprécié. Norberto Crivelli, le dirigeant « historique » du Parti tessinois, mit ses camarades en garde contre toute forme de précipitation, rappelant l’importance et le caractère rassembleur du Parti du Travail.
Dans une contribution sévère au congrès extraordinaire, Norberto Crivelli fit appel au sens des réalités des Jeunes Progressistes, à la solidarité nécessaire au sein du PST, et à sa crainte d’assister à une tentative de scission d’un groupe de militants. Rien n’y fit, les délégués tessinois votèrent le changement à une forte majorité. « On en avait besoin, affirme Leonardo Schmid. Nous ne sommes pas le petit frère, un peu malade, du PS, comme l’écrivent certains responsables du parti. Nous ne voulons pas tirer le PS à gauche, ce n’est pas l’objectif. On a fait notre révolution culturelle. Nous voulons un parti qui crée son propre discours politique, qui conserve son identité et qui ne se laisse pas mener par le discours de la droite. Quant au nom, celui du Parti du Travail n’interpelle pas les gens dans le Tessin. Le mot « travail » pose problème. Nous sommes communistes. Disons-le. Je ne vois par ailleurs pas où est le problème pour le parti suisse. Nous restons tous militants du PST. Mais la vérité est que le Parti ne nous a pas apporté les réponses aux questions que nous posons. Les formations sont inexistantes. Nous sommes livrés à nous-mêmes. Mais en attendant, des dizaines de jeunes militants nous ont rejoints. On ne va quand même pas attendre que la direction nationale s’aperçoive de notre existence. Nous sommes un petit parti, notre situation est très différente que dans les autres sections cantonales au passé plus glorieux. Dès que nous avons annoncé le changement de nom… il faut bien reconnaître que nous avons existé aux yeux des dirigeants de partout. Josef Zisyadis nous a envoyé un mail pour contester notre décision. D’autres aussi s’expriment. Ce pourrait être un point de départ intéressant pour le parti. Ce n’est pas un parti très uni. Un débat de fond lancé depuis le Tessin, ce serait nouveau. »
Un débat ? « absolument, dit Josef Zisyadis, le dirigeant vaudois. Ce changement de nom est un choix politique inadapté et dangereux qui remet en question le fondement du Parti du Travail. Nulle part dans nos statuts n’apparaît le mot communiste, précisément parce que trois sensibilités politiques en sont à l’origine. Qui plus est, ces statuts ont évolué et des termes comme « dictature du prolétariat » ou « centralisme démocratique » en ont été retirés. Je suis favorable à un débat national parce que d’importantes questions de notre Histoire doivent d’être traitées. »
A Genève, René Ecuyer, qualifie le choix tessinois « d’erreur ». « Changer de nom ne clarifie rien. On en revient à la fameuse phrase : « l’étiquette ne fait pas le contenu ». Cela me rappelle le cas du mouvement des jeunes du PST, la Jeunesse Libre qui se transforma en 1973 en Jeunesse communiste. Sans grand succès… » L’ancien Conseiller national Jean Spielmann semble moins concerné et moins alarmé: « ce n’est pas un handicap particulier pour le parti ».
La contribution de Norberto Crivelli exprimait des craintes de scission et interrogeait la finalité de la démarche des Jeunes Progressistes. Si Leonardo Schmid confirme la totale adhésion de la section au PST, il reste que la visite de militants tessinois aux communistes genevois, des formations au marxisme, à Genève, structurées par des formateurs proches du PTB, un parti communiste issu de la mouvance maoïste, des liens avec le Parti des Communistes italiens, adversaire de Rifondazione, ont de quoi laisser perplexe. « Le PST n’assure aucune formation. Aucune, rien, nada. Nous sommes deux à avoir assisté à des formations organisées par Chemarx, à Genève. Et oui, l’organisation du PTB nous semble une bonne base pour nous structurer. Nous sommes plus proches du PdCI que de Refondazione parce que nous croyons plus en la modernité du premier qu’au conservatisme du second. Au congrès du parti, j’ai dit qu’il fallait créer un nouveau parti communiste en Suisse, avec une organisation nouvelle. On ne peut pas me reprocher d’être logique. Il est tout aussi logique de chercher à se former. A défaut d’une formation de qualité du PST, nous allons là où ou nous trouvons la qualité. Que chacun prenne ses responsabilités dans ce domaine. »
« Surtout pas de vague, rétorque Nelly Buntschu, la présidente du PST. Nous prenons acte de la décision des Tessinois. Cela ne veut pas dire que nous l’apprécions. Mon leitmotiv, je ne m’en cache pas, c’est : pas de scission ! »
« Les Jeunes Progressistes ne sont pas marqués par la guerre froide, analyse Anoushka Weil, dirigeante du PST. Ils ne sont pas non plus liés à la tradition de notre parti. Ils nous offrent l’occasion d’un débat dont il ne faut en aucun cas faire l’impasse. Leur notion du communisme est différente. Ils ont ma sympathie, mais, leur décision n’est peut-être pas la meilleure des idées pour le moment.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Partout en Europe, les partis communistes réfléchissent à une évolution nominale sinon idéologique. Le PC Italien s’est scindé et sa majorité fait un curieux, et parfois douloureux, « coming out » social démocrate, emportant avec elle les bijoux de famille, tel que le quotidien historique du Parti, « l’Unita ». Deux partis, Rifondazione Comunista et le parti des Communistes italiens se partagent l’électorat ébranlé et réduit, ouvertement marxiste. Le PDS allemand, allié à d’autres forces de gauche non communiste au sein d’une nouvelle organisation, die Linke, tente de redynamiser la frange progressiste de la population tandis qu’un minuscule Parti communiste allemand réunit quelques adversaires de la fusion. Le PC espagnol anime la coalition « Gauche Unie » avec des écologistes et des mouvements associatifs...
Seul, souvent comme un bateau ivre, le PC Français sauvegarde son identité et conserve à la fois une image et une spécificité. Mais le quotidien communiste « l’Humanité », depuis longtemps, n’arbore plus le marteau et la faucille et les tentatives, très souvent malheureuses, d’alliances et de d’union de la gauche sont nombreuses. Presque partout donc, y compris dans les pays où les partis communistes n’ont pas ou plus joué un rôle prépondérant dans la vie politique, l’identité des communistes s’implique dans un projet progressiste, au nom de l’efficacité, quand ce n’est pas au nom de la vision prosaïque selon laquelle le marxisme, même revu et corrigé, mérite de survivre au poids de l’Histoire.
Pendant que les partis communistes se cherchent ou trouvent des portes de sortie plus ou moins honorables, la section tessinoise du PST redessine le mot communiste en guise de signature. Le poids de l’Histoire serait moins lourd que l’avenir possible du socialisme, disent en substance les Jeunes Progressistes, à l’origine de la démarche : « Pourquoi ne pas être ce que l’on prétend si souvent, un parti communiste, explique Leonardo Schmid, l’un des animateurs de la section tessinoise. Un parti qui puisse travailler en s’appuyant sur des théories claires et adaptées. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des conservateurs de gauche. Je comprends les doutes de ceux qui, par rapport à l’histoire du socialisme réel, ne se reconnaissent pas comme communistes. Nous savons ce qu’a été le socialisme réel, ses fautes, ses erreurs. Mais l’avenir ne repose pas sur le socialisme réel de l’Union Soviétique. Notre génération aspire à un communisme aguerri. Nous cherchons une voie pour arriver à une société nouvelle. Nous revendiquons une société différente. Dépasser le capitalisme n’est pas suffisant. »
Le changement de nom ne fut néanmoins pas unanimement apprécié. Norberto Crivelli, le dirigeant « historique » du Parti tessinois, mit ses camarades en garde contre toute forme de précipitation, rappelant l’importance et le caractère rassembleur du Parti du Travail.
Dans une contribution sévère au congrès extraordinaire, Norberto Crivelli fit appel au sens des réalités des Jeunes Progressistes, à la solidarité nécessaire au sein du PST, et à sa crainte d’assister à une tentative de scission d’un groupe de militants. Rien n’y fit, les délégués tessinois votèrent le changement à une forte majorité. « On en avait besoin, affirme Leonardo Schmid. Nous ne sommes pas le petit frère, un peu malade, du PS, comme l’écrivent certains responsables du parti. Nous ne voulons pas tirer le PS à gauche, ce n’est pas l’objectif. On a fait notre révolution culturelle. Nous voulons un parti qui crée son propre discours politique, qui conserve son identité et qui ne se laisse pas mener par le discours de la droite. Quant au nom, celui du Parti du Travail n’interpelle pas les gens dans le Tessin. Le mot « travail » pose problème. Nous sommes communistes. Disons-le. Je ne vois par ailleurs pas où est le problème pour le parti suisse. Nous restons tous militants du PST. Mais la vérité est que le Parti ne nous a pas apporté les réponses aux questions que nous posons. Les formations sont inexistantes. Nous sommes livrés à nous-mêmes. Mais en attendant, des dizaines de jeunes militants nous ont rejoints. On ne va quand même pas attendre que la direction nationale s’aperçoive de notre existence. Nous sommes un petit parti, notre situation est très différente que dans les autres sections cantonales au passé plus glorieux. Dès que nous avons annoncé le changement de nom… il faut bien reconnaître que nous avons existé aux yeux des dirigeants de partout. Josef Zisyadis nous a envoyé un mail pour contester notre décision. D’autres aussi s’expriment. Ce pourrait être un point de départ intéressant pour le parti. Ce n’est pas un parti très uni. Un débat de fond lancé depuis le Tessin, ce serait nouveau. »
Un débat ? « absolument, dit Josef Zisyadis, le dirigeant vaudois. Ce changement de nom est un choix politique inadapté et dangereux qui remet en question le fondement du Parti du Travail. Nulle part dans nos statuts n’apparaît le mot communiste, précisément parce que trois sensibilités politiques en sont à l’origine. Qui plus est, ces statuts ont évolué et des termes comme « dictature du prolétariat » ou « centralisme démocratique » en ont été retirés. Je suis favorable à un débat national parce que d’importantes questions de notre Histoire doivent d’être traitées. »
A Genève, René Ecuyer, qualifie le choix tessinois « d’erreur ». « Changer de nom ne clarifie rien. On en revient à la fameuse phrase : « l’étiquette ne fait pas le contenu ». Cela me rappelle le cas du mouvement des jeunes du PST, la Jeunesse Libre qui se transforma en 1973 en Jeunesse communiste. Sans grand succès… » L’ancien Conseiller national Jean Spielmann semble moins concerné et moins alarmé: « ce n’est pas un handicap particulier pour le parti ».
La contribution de Norberto Crivelli exprimait des craintes de scission et interrogeait la finalité de la démarche des Jeunes Progressistes. Si Leonardo Schmid confirme la totale adhésion de la section au PST, il reste que la visite de militants tessinois aux communistes genevois, des formations au marxisme, à Genève, structurées par des formateurs proches du PTB, un parti communiste issu de la mouvance maoïste, des liens avec le Parti des Communistes italiens, adversaire de Rifondazione, ont de quoi laisser perplexe. « Le PST n’assure aucune formation. Aucune, rien, nada. Nous sommes deux à avoir assisté à des formations organisées par Chemarx, à Genève. Et oui, l’organisation du PTB nous semble une bonne base pour nous structurer. Nous sommes plus proches du PdCI que de Refondazione parce que nous croyons plus en la modernité du premier qu’au conservatisme du second. Au congrès du parti, j’ai dit qu’il fallait créer un nouveau parti communiste en Suisse, avec une organisation nouvelle. On ne peut pas me reprocher d’être logique. Il est tout aussi logique de chercher à se former. A défaut d’une formation de qualité du PST, nous allons là où ou nous trouvons la qualité. Que chacun prenne ses responsabilités dans ce domaine. »
« Surtout pas de vague, rétorque Nelly Buntschu, la présidente du PST. Nous prenons acte de la décision des Tessinois. Cela ne veut pas dire que nous l’apprécions. Mon leitmotiv, je ne m’en cache pas, c’est : pas de scission ! »
« Les Jeunes Progressistes ne sont pas marqués par la guerre froide, analyse Anoushka Weil, dirigeante du PST. Ils ne sont pas non plus liés à la tradition de notre parti. Ils nous offrent l’occasion d’un débat dont il ne faut en aucun cas faire l’impasse. Leur notion du communisme est différente. Ils ont ma sympathie, mais, leur décision n’est peut-être pas la meilleure des idées pour le moment.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, novembre 2007
Suisse: La gauche condamnée à exister
Tout est dit sur la défaite électorale des gauches, la victoire de la droite musclée, le tassement des conservateurs de toutes obédiences.Les médias du monde découvrent une Suisse encline à se vautrer dans la fange réactionnaire. Les neiges éternelles des sommets alpins seraient plus grises que blanches. Pourtant, s’il est vrai que Blocher a fait fureur le 21 octobre, les Suisses n’ont été que fidèles à eux-mêmes : résolument conservateurs. 70 % des électeurs n’ont pas voté à gauche. Comme d’habitude. La «ratatinade» de la petite gauche, nommons-la ainsi le temps qu’elle se remette de ses émotions, n’est qu’un épiphénomène qui s’inscrit parfaitement dans l’espace politique européen. L’ennui est que la pensée et l’idéologie de l’extrême droite pénètrent les esprits plus profondément encore que les résultats électoraux ne le laissent supposer, dans toutes les couchesde la population. Il est prévisible, désormais, que le raisonnement politique ne repose plus sur la recherche d’un consensus social quelconque. La grille de lecture de la vie politique se lira de droite à l’extrême droite et l’ultra-libéralisme fera office de mètre étalon de la pensée. La Suisse sera le laboratoire européen de l’Etat-au-service-de-la-finance-et-des-entrepreneurs. Dans ce laboratoire, les citoyens seront les cobayes.
Les gauches ont joué les seconds couteaux. Concurrents, socialistes et Verts ont cherché à se rendre crédibles… vus de droite. Les écologistes étaient meilleurs dans cet exercice et les électeurs socialistes ont peu apprécié l’encanaillement de leurs politiciens. Dans les cantons francophones où elle influence encore un tant soit peu la vie publique, la gauche de la gauche n’a pas inventé le fil à couper le beurre. L’honorable prestation du POPsol à Neuchâtel n’efface pas les résultats médiocres à Genève et dans le canton deVaud, ni les difficultés relationnelles entre les formations progressistes. La gauche combative a trop tendance à jouer les DonQuichotte dans un monde où les moulins à vent sont les immeubles sécurisés des entreprises du Swiss Market Index. Elle est condamnée à rejeter les règles du jeu imposées, sans coup férir par la droite, à présenter son propre agenda, à imposer le terrain d’action. Les grèves des ouvriers du bâtiment démontrent que les travailleurs ne restent pas inertes devant l’arrogance patronale.
Pour exister, la gauche doit, au moins, ne pas être l’ombre d’elle-même.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Octobre 2007
Les gauches ont joué les seconds couteaux. Concurrents, socialistes et Verts ont cherché à se rendre crédibles… vus de droite. Les écologistes étaient meilleurs dans cet exercice et les électeurs socialistes ont peu apprécié l’encanaillement de leurs politiciens. Dans les cantons francophones où elle influence encore un tant soit peu la vie publique, la gauche de la gauche n’a pas inventé le fil à couper le beurre. L’honorable prestation du POPsol à Neuchâtel n’efface pas les résultats médiocres à Genève et dans le canton deVaud, ni les difficultés relationnelles entre les formations progressistes. La gauche combative a trop tendance à jouer les DonQuichotte dans un monde où les moulins à vent sont les immeubles sécurisés des entreprises du Swiss Market Index. Elle est condamnée à rejeter les règles du jeu imposées, sans coup férir par la droite, à présenter son propre agenda, à imposer le terrain d’action. Les grèves des ouvriers du bâtiment démontrent que les travailleurs ne restent pas inertes devant l’arrogance patronale.
Pour exister, la gauche doit, au moins, ne pas être l’ombre d’elle-même.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Octobre 2007
Suisse: Les voix qui valent de l'or
Les milieux bancaires et financiers, ceux de l’industrie, de la construction, des PME, de la pharmacie, des assurances privées, les milieux agricoles et le patronat sortent renforcés du scrutin fédéral. Selon le Temps du 25 octobre, les lobbies patronaux vont connaître une législature facilitée par l’élection de nombreuxdéputés «amis» ou redevables. On se demande d’ailleurs s’il ne serait pas plus simple de présenter au suffrage des électeurs un parti des banques, un parti des patrons ou le parti de la construction… Cela donnerait une meilleure visibilité au parti des travailleurs. De nombreux élus occupent des fonctions dans les conseils d’administration de groupes financiers, d’institutions ou d’associations corporatistes. Certains, nettement moins nombreux, sont proches des organisations syndicales. Un travailleur vaudois pourrait avoir voté pour un élu représentant prioritairement les intérêts patronaux et une chômeuse bâloise aura accordé son suffrage à un champion des intérêts des assureurs privés. En connaissance de cause?
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, octobre 2007
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, octobre 2007
samedi 20 octobre 2007
Suisse: Pour un programme commun minimum des gens de gauche
Mes divergences avec Josef Zisyadis (Z-blogue) sont nombreuses. Nous ne parlons pas toujours la même langue, lui, le dirigeant politique du PST le mieux élu depuis longtemps et moi, militant communiste genevois, membre permanent de la rédaction de Gauchebdo, journal dont il pense du mal.
A entendre le mot communisme, il sort son revolver (bien qu'il soit un adepte d'une Suisse sans armée et un pacifiste avéré) et moi mon drapeau rouge ( quoique je me félicite de l'existence d'une armée de conscrits et considère l'action armée comme une option extrême mais possible dans le combat pour plus de justice sociale). Il prône la création d'un grand petit parti à la gauche de la social démocratie pendant que j'imagine une force progressiste arrimée à un Parti du Travail communisant restructuré, refondé, réorganisé.
Mais l'hiver politique sera difficile et long en Suisse et partout ailleurs. Les convictions que je partage avec le chef du POP vaudois, contre le fascisme, pour la justice sociale, pour une société plus sereine et moins arrogante, constituent un "programme commun minimum", qui, s'il n'efface aucuns de nos désaccords ni nos conflits potentiels, impose le combat commun, l'alliance.
Il nous faudra bien du talent et une volonté politique avérée pour, dans les semaines à venir, au lendemain des élections et dans le flou qui caractérise le discours et l'action des partis de gauche dont le PST, ne pas faire semblant de rien, penser l'avenir, rebâtir une gauche combative sans être tentés par les règlements de compte primaires.
Je suis pour la refondation du Parti du Travail, pour son évolution vers un projet communiste moderne. Mais pas sans Zisyadis, Huguenin et tous ceux qui pensent autrement. Et s'il faut mettre de l'eau dans mon vin rouge pour contribuer à l'unité au sein du parti, j'en mettrai. De l'eau avec des bulles, de la minérale, pas de l'eau stagnante.
Le danger du fascisme n'est pas un leurre. Je fais partie de la génération des enfants du hasard, j'ai la mémoire...à vif . Je crois en la possibilité d'un monde meilleur, au bien commun plutôt qu'au bien individuel.
Le communisme d'avenir est une voie ambitieuse pour une société pacifiée. Tant pis pour ceux qui n'entendent par ce mot que le pire, alors qu'il n'a de sens que dans ce qu'il exprime de meilleur. Mes idées , et celles de mes camarades n'ont d'efficacité que dans la mesure où elles brisent le mur de l'indifférence de la population. Seuls nous ne sommes nulle part. Divisés, nous n'existont plus.
A entendre le mot communisme, il sort son revolver (bien qu'il soit un adepte d'une Suisse sans armée et un pacifiste avéré) et moi mon drapeau rouge ( quoique je me félicite de l'existence d'une armée de conscrits et considère l'action armée comme une option extrême mais possible dans le combat pour plus de justice sociale). Il prône la création d'un grand petit parti à la gauche de la social démocratie pendant que j'imagine une force progressiste arrimée à un Parti du Travail communisant restructuré, refondé, réorganisé.
Mais l'hiver politique sera difficile et long en Suisse et partout ailleurs. Les convictions que je partage avec le chef du POP vaudois, contre le fascisme, pour la justice sociale, pour une société plus sereine et moins arrogante, constituent un "programme commun minimum", qui, s'il n'efface aucuns de nos désaccords ni nos conflits potentiels, impose le combat commun, l'alliance.
Il nous faudra bien du talent et une volonté politique avérée pour, dans les semaines à venir, au lendemain des élections et dans le flou qui caractérise le discours et l'action des partis de gauche dont le PST, ne pas faire semblant de rien, penser l'avenir, rebâtir une gauche combative sans être tentés par les règlements de compte primaires.
Je suis pour la refondation du Parti du Travail, pour son évolution vers un projet communiste moderne. Mais pas sans Zisyadis, Huguenin et tous ceux qui pensent autrement. Et s'il faut mettre de l'eau dans mon vin rouge pour contribuer à l'unité au sein du parti, j'en mettrai. De l'eau avec des bulles, de la minérale, pas de l'eau stagnante.
Le danger du fascisme n'est pas un leurre. Je fais partie de la génération des enfants du hasard, j'ai la mémoire...à vif . Je crois en la possibilité d'un monde meilleur, au bien commun plutôt qu'au bien individuel.
Le communisme d'avenir est une voie ambitieuse pour une société pacifiée. Tant pis pour ceux qui n'entendent par ce mot que le pire, alors qu'il n'a de sens que dans ce qu'il exprime de meilleur. Mes idées , et celles de mes camarades n'ont d'efficacité que dans la mesure où elles brisent le mur de l'indifférence de la population. Seuls nous ne sommes nulle part. Divisés, nous n'existont plus.
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dimanche 14 octobre 2007
APPEL AU VOTE: Le 21 octobre, en Suisse, votez résolument à gauche !
En Suisse, le 21 octobre, VOTEZ résolument à gauche. Pas seulement CONTRE le fascisme rampant et l'individualisme forcéné, mais aussi POUR PLUS DE JUSTICE SOCIALE. POUR UNE JUSTICE SOCIALE QUI EXCLUT L'EXCLUSION.
A GENEVE ACCORDEZ VOTRE CONFIANCE AUX CANDIDATS COMMUNISTES DU PARTI DU TRAVAIL (LISTE 13)
DANS LE CANTON DE VAUD, SOUTENEZ LA LISTE POP (AGT!)
ET DANS LE RESTE DE LA SUISSE, LES LISTES "A GAUCHE TOUTE!" ET LEURS ALLIES
CESSEZ DE CROIRE QUE VOTER UTILE C'EST VOTER POUR LES PUISSANTS.
lundi 1 octobre 2007
Suisse: Biographie de Léon Nicole: André Rauber ne partage pas l'analyse freudienne "tuer le père" et réponse...
Dans un courriel à Gauchehebdo qui paraîtra cette semaine, André Rauber émet des réserves quant à mon commentaire sur sa biographie de Léon Nicole:
extrait:
"Je voudrais également souligner que je ne partage pas « l’analyse freudienne » (Tuer le père !) de l’auteur de l’article pour expliquer le conflit qui aboutit, en 1952, à la séparation puis à l’exclusion de Léon Nicole du Parti du Travail. A la lecture de mon ouvrage, qui retrace le cheminement personnel et politique précis du leader ouvrier genevois, chacun pourra affiner son analyse du « phénomène Léon Nicole ».
André Rauber "
ma réaction:
Prendre la mesure de l'Histoire
Les précisions d'André Rauber sont précieuses et importantes tant les événements qui ont marqué la vie politique de Léon Nicole ont été complexes. L'auteur de sa biographie ne s'associe pas au titre du commentaire qui accompagnait son interview, dans Gauchebdo de la semaine dernière. André Rauber a cherché à maintenir son travail dans le cadre strict d'une recherche historique. Le rôle du commentateur n'est pas le même: plus de soixante ans après la mort du chef socialiste genevois, il n'est pas inutile de situer son action, ses choix, ses attitudes, à une aulne plus contemporaine. Léon Nicole fut sans aucun doute un monument du socialisme suisse, il n'est n'est plus l'icône. C'est aussi la conclusion d'André Rauber qui cite Primo Levi et sa suggestion de ne suivre aucun prophète.
la formule "il fallait tuer le père" utilisée dans mon commentaire, n'était pas seulement une référence freudienne et l'article lui-même ne se revendiquait pas d'une école psychanalitique.
La référence à la pensée de Freud - qui me semble cohérente dans le contexte de l'époque - se doublait surtout et prioritairement d'un constat politique, pas d'une analyse. Le livre de Rauber et mes conversations avec de Michel Buenzod qui côtoya Léon Nicole, ne démentent pas que ses convictions socialistes incontestables, son intégrité inébranlable, étaient souvent empêtrées dans un entêtement dont beaucoup déjà, dès 1945, un an après fondation du Parti du Travail, s'inquiétaient.
Mon commentaire visait à rappeler l'intelligence et le courage politique des dirigeants du Parti du Travail quand ils votèrent l'exclusion de Léon Nicole. Compte tenu de la puissance politique du personnage, de sa popularité, de son importance au sein du Parti, la formule "il fallait tuer le père" est-elle exagérée?
Je partage l'avis d'André Rauber: il convient de lire son livre. Pour prendre la leçon et la mesure de l'Histoire.
Ron Linder
extrait:
"Je voudrais également souligner que je ne partage pas « l’analyse freudienne » (Tuer le père !) de l’auteur de l’article pour expliquer le conflit qui aboutit, en 1952, à la séparation puis à l’exclusion de Léon Nicole du Parti du Travail. A la lecture de mon ouvrage, qui retrace le cheminement personnel et politique précis du leader ouvrier genevois, chacun pourra affiner son analyse du « phénomène Léon Nicole ».
André Rauber "
ma réaction:
Prendre la mesure de l'Histoire
Les précisions d'André Rauber sont précieuses et importantes tant les événements qui ont marqué la vie politique de Léon Nicole ont été complexes. L'auteur de sa biographie ne s'associe pas au titre du commentaire qui accompagnait son interview, dans Gauchebdo de la semaine dernière. André Rauber a cherché à maintenir son travail dans le cadre strict d'une recherche historique. Le rôle du commentateur n'est pas le même: plus de soixante ans après la mort du chef socialiste genevois, il n'est pas inutile de situer son action, ses choix, ses attitudes, à une aulne plus contemporaine. Léon Nicole fut sans aucun doute un monument du socialisme suisse, il n'est n'est plus l'icône. C'est aussi la conclusion d'André Rauber qui cite Primo Levi et sa suggestion de ne suivre aucun prophète.
la formule "il fallait tuer le père" utilisée dans mon commentaire, n'était pas seulement une référence freudienne et l'article lui-même ne se revendiquait pas d'une école psychanalitique.
La référence à la pensée de Freud - qui me semble cohérente dans le contexte de l'époque - se doublait surtout et prioritairement d'un constat politique, pas d'une analyse. Le livre de Rauber et mes conversations avec de Michel Buenzod qui côtoya Léon Nicole, ne démentent pas que ses convictions socialistes incontestables, son intégrité inébranlable, étaient souvent empêtrées dans un entêtement dont beaucoup déjà, dès 1945, un an après fondation du Parti du Travail, s'inquiétaient.
Mon commentaire visait à rappeler l'intelligence et le courage politique des dirigeants du Parti du Travail quand ils votèrent l'exclusion de Léon Nicole. Compte tenu de la puissance politique du personnage, de sa popularité, de son importance au sein du Parti, la formule "il fallait tuer le père" est-elle exagérée?
Je partage l'avis d'André Rauber: il convient de lire son livre. Pour prendre la leçon et la mesure de l'Histoire.
Ron Linder
jeudi 27 septembre 2007
Monde & Suisse: Ces gens qui nous gouvernent
L’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, rassemble un parterre impressionnant de chefs d’Etats, tous plus soucieux les uns que les autres de contribuer au bonheur universel.
A entendre les chantres de la paix, Georges W. Bush par exemple, ou les champions de l’économie sociale, Nicolas Sarkozy parmi d’autres penseurs, nous sommes en droit d’espérer les lendemains qui chantent que, très modestement, les progressistes du monde entier revendiquent depuis toujours. Maintenant que « la crème de la crème » de nos politiciens s’en mêle, le monde ne peut que croître et embellir. Croître et embellir. Croître et embellir.
Bush, pardon, le Président Bush ment. Son « filleul » français ment. Les autres aussi… Mais le pire est qu’ils nous prennent pour des idiots. Plus rudement encore, ils font comme si nous n’existions pas. Figurez-vous que ça marche. Bush, Sarkozy, Poutine, Blair en son temps et leurs collègues de partout ont été bel et bien élu. Leurs discours sont légitimes, leurs actions aussi. Ils ne sont donc pas totalement responsables de ce qui pourrait … nous arriver. C’est la démocratie en marche qui veut ça : Personne n’est sensé ignorer la loi dit on. Alors pourquoi serait-on sensés rester ignorants avant de poser un acte aussi important que le vote ?
En Suisse, une majorité de citoyens ne votera pas. Et parmi ceux qui accordent de l’importance au devoir civique, un grand nombre votera les yeux fermés sur son propre intérêt. C’est paraît-il honorable mais est-ce raisonnable ? Donner le pouvoir à des politiciens qui, à la première occasion se feront les chantres d’une société d’exclusion, cela équivaut à se tirer une balle dans le pied.
Aux nations Unes, de nombreux chefs d’Etat représentent des électeurs qui ont voté les yeux fermés sur leur propre intérêt. Ils ont le pouvoir de la majorité silencieuse. Personne n’empêchera la Suisse d’être dans le lot des démocraties endormies. Sauf si le citoyen décidait de s’informer… C’est pas gagné. Pour beaucoup de citoyens, le bonheur est dans le pré. Se poser des questions, c’est se priver d’herbe tendre.
En attendant, Bush, Sarkozy, Poutine ont le droit de dire ce qu’ils veulent… Ils sont ce que nous méritons. « La crème de la crème », même si elle est rance.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
A entendre les chantres de la paix, Georges W. Bush par exemple, ou les champions de l’économie sociale, Nicolas Sarkozy parmi d’autres penseurs, nous sommes en droit d’espérer les lendemains qui chantent que, très modestement, les progressistes du monde entier revendiquent depuis toujours. Maintenant que « la crème de la crème » de nos politiciens s’en mêle, le monde ne peut que croître et embellir. Croître et embellir. Croître et embellir.
Bush, pardon, le Président Bush ment. Son « filleul » français ment. Les autres aussi… Mais le pire est qu’ils nous prennent pour des idiots. Plus rudement encore, ils font comme si nous n’existions pas. Figurez-vous que ça marche. Bush, Sarkozy, Poutine, Blair en son temps et leurs collègues de partout ont été bel et bien élu. Leurs discours sont légitimes, leurs actions aussi. Ils ne sont donc pas totalement responsables de ce qui pourrait … nous arriver. C’est la démocratie en marche qui veut ça : Personne n’est sensé ignorer la loi dit on. Alors pourquoi serait-on sensés rester ignorants avant de poser un acte aussi important que le vote ?
En Suisse, une majorité de citoyens ne votera pas. Et parmi ceux qui accordent de l’importance au devoir civique, un grand nombre votera les yeux fermés sur son propre intérêt. C’est paraît-il honorable mais est-ce raisonnable ? Donner le pouvoir à des politiciens qui, à la première occasion se feront les chantres d’une société d’exclusion, cela équivaut à se tirer une balle dans le pied.
Aux nations Unes, de nombreux chefs d’Etat représentent des électeurs qui ont voté les yeux fermés sur leur propre intérêt. Ils ont le pouvoir de la majorité silencieuse. Personne n’empêchera la Suisse d’être dans le lot des démocraties endormies. Sauf si le citoyen décidait de s’informer… C’est pas gagné. Pour beaucoup de citoyens, le bonheur est dans le pré. Se poser des questions, c’est se priver d’herbe tendre.
En attendant, Bush, Sarkozy, Poutine ont le droit de dire ce qu’ils veulent… Ils sont ce que nous méritons. « La crème de la crème », même si elle est rance.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
Edition suisse : Une biographie de Léon Nicole
L'homme qui rêva Genève-la-Rouge
« Journal politique successeur de la Voix Ouvrière, fondée par Léon Nicole en 1944 ». En exergue à son titre, Gauchebdo affiche sa filiation à cette presse progressiste qui, envers et contre tous les pouvoirs établis, fut un fer de lance, souvent trop fragile ou dérisoire, des luttes sociales et politiques en Suisse. Notre journal rend, dans la même épigraphe, hommage à Léon Nicole, «plume » acerbe et pamphlétaire, homme politique genevois de premier plan, Conseiller d'Etat, socialiste convaincu, admirateur patenté de Joseph Staline, cofondateur du Parti du Travail… dont il fut exclu.
Nicole écrivait comme il pensait : avec véhémence et conviction. Pour la classe ouvrière, contre la bourgeoisie. Sa carrière politique fut littéralement combative, spectaculaire, contestée et sans doute contestable. Curieusement, sa première biographie est publiée plus de quarante ans après sa mort, comme si le personnage hantait les mémoires politiques de la gauche et de Genève, au point d'en être encore dérangeant.
André Rauber, l'auteur de L'histoire du mouvement communiste suisse ( Slatkine, 1997 et 2000) et ancien rédacteur en chef de la Voix Ouvrière, s'est efforcé de « rendre justice » à Léon Nicole, tentant de faire la part des choses entre le tribun excessif, le militant intègre, le politicien rigoureux, l'homme du peuple, le naïf ou l'autocrate. Il publie aux Editions Slatkine, "Léon Nicole, le franc tireur de la Gauche suisse" (368 pages, 39 francs).
Entretien.
La vie personnelle de Léon Nicole apparaît peu dans cette biographie. Ce communicateur-né était-il à ce point secret ?
Lénine, reprenant Tchernichevski, l'auteur de « Que Faire ? », disait qu'un révolutionnaire doit exclusivement se concentrer sur sa cause. Nicole était de cette eau là : dans le mouvement ouvrier, la cause primait. On ne sait pratiquement rien de la vie privée de Léon Nicole. D'après l'historien Marc Vuilleumier, sa veuve a détruit toute sa correspondance, tous les éléments qui permettaient de se faire une idée de sa vie privée. Je ne peux m'empêcher de penser, mais ce n'est qu'une supposition gratuite, qu'elle a peut-être voulu se venger d'avoir été « secondaire » dans la vie de son mari. Dans son village natal, j'ai rencontré deux de ses petits cousins qui se souviennent à peine de lui. On sait que sa famille possédait une ferme, il en a été question dans la presse en 1936. Il avait un fils et une fille. C'était un père autoritaire : son fils, Pierre, qui travaillait à la Voix Ouvrière, se cachait parfois dans les caves de l'imprimerie du journal pour avoir la paix et éviter ses colères, mais Léon lui reconnaissait des qualités journalistiques. C'était difficile d'être le fils d'un tel père. Ceci dit, Nicole avait l' « esprit de famille » : il avait fait engager ses enfants et certains amis à la COOPI, l'imprimerie du PdT.
On dirait qu'il a toujours dirigé. Les partis, les journaux, les foules. En même temps, il était proche du peuple et souvent aimé…
Léon Nicole n'était pas commode. Il restait distant. Il se positionnait comme un supérieur hiérarchique mais il recevait tout le monde. Il était curieusement naïf, il croyait toujours que les gens étaient victimes de la bourgeoisie et qu'il était de son devoir d'aider tous les travailleurs qui lui demandaient son soutien.
Il était un dirigeant-né, mais un piètre gestionnaire. Il écrivait, il rédigeait des discours, il catalysait les énergies populaires. Il était le patron, tout le monde spontanément le disait, particulièrement au PSG. Mais un patron qui se désintéressait de l'intendance. Quand il a quitté Voix Ouvrière, il a laissé une situation catastrophique.
Ceci dit, il ne souciait pas plus de sa propre intendance. Léon Nicole est mort dans la misère à l'asile de Loëx. En 1952, quand il toucha sa rente AVS, évidemment insuffisante pour vivre, certains de ses amis obtinrent du Conseil d'Etat, dont il fut membre, qu'il lui soit alloué une rente. Ce fut l'objet d'une énorme contestation. La bourgeoisie ne lui pardonnait pas d'avoir « failli mettre Genève à feu et à sang ». La rente fut supprimée.
Il incarnait les espoirs de la classe ouvrière. Son intégrité était incontestable. Conseiller national, il allait à Berne en troisième classe. Il a fallu que ses camarades lui imposent de prendre un abonnement en deuxième classe plus confortable. Les gens n'étaient pas insensibles à son caractère intransigeant et pur. Ils aimaient l'entendre. Il débutait ses discours d'une voix inaudible, obligeant ses auditeurs à faire silence pour l'entendre. Puis il se déchaînait… Il était habité d'un sentiment de classes… Il entraînait les gens parce que la situation politique et sociale son discours se prêtait à la réalité politique et sociale de l'entre deux guerres. Oui, Léon Nicole était un leader populaire mais aussi assez populiste.
Il lui fut aussi reproché d'avoir des tentations fascisantes. Il était question d'un fascisme de gauche.
En aucun cas, il n'a été un fasciste de gauche, comme cela a été effectivement dit.
Le fascisme et le nazisme ont tenté d'appliquer le programme de l'inhumanité , du racisme, de l'exploitation … cela ne colle pas, au contraire, avec la personnalité de Nicole, adepte de l'égalité, de la justice… Il fut en réalité un barrage au fascisme en suisse, il a joué un rôle utile. Ces démocrates bourgeois qui étaient prêts à céder à «l'ordre nouveau » en ont été empêchés par des gens comme Nicole.
Bien sûr, en soutenant le pacte germano-soviétique en 1939, il s'est laissé aller à des phrases terribles : « On apprend peu à peu que c'est vers un régime économique et social à base socialiste (mais d'un socialisme viril) que marche l'Allemagne ». Et le Komintern le montrait en exemple aux communistes suisses beaucoup moins enthousiastes à applaudir la stratégie soviétique.
Comment le définiriez-vous personnellement ?
Sincère, courageux, rebelle, individualiste et narcissique. Il était nicoliste. Voilà ce que je pense.
Son admiration pour Staline et l'Union soviétique a dépassé beaucoup de bornes. Ceci dit, il n'était pas le seul stalinien à l'époque, parmi les socialistes
Il était et est resté, au fond, social démocrate,. Mais voulant un socialisme sans compromission avec la bourgeoisie. Dès les années 20 c’est un partisan de l'Union soviétique puis un admirateur de Staline. Il était attiré par sa stature, par la puissance qui en émanait Rien n'est simple. Effectivement, de nombreux socialistes, par esprit anti bourgeois, considéraient favorablement l'Union soviétique. Mais soutenir Staline, c'était une autre histoire. Au sein du parti socialiste suisse on avait du mal à admettre l'admiration du principal dirigeant de la section genevoise pour le Petit Père des Peuples. Quand Nicole soutint sans état d'âme le pacte germano-soviétique, ce fut trop pour ses amis politiques. Il fut exclu du PSS.
Il était en quelque sorte un compagnon de route des communistes, mais il ne semblait pas les apprécier vraiment.
Léon Nicole n'était pas un idéologue, ni marxiste, ni quoi que ce soit d'autre. Ce n'était pas un révolutionnaire. Il se méfiait des intellectuels. Cela expliquera partiellement ses relations difficiles avec les communistes au sein du PdT dont Jean Vincent à Genève. Ses conceptions dictatoriales étaient confrontées à l'organisation des militants communistes.
Dans les années 20 et 30, Nicole considérait les communistes comme les communistes ont ensuite considéré les gauchistes… des groupuscules irresponsables. Avant guerre, Le mouvement communiste, se développait à Bâle et Zurich…En suisse romande, c'était une secte. Le grand parti socialiste genevois résolument à gauche lui barrait la route. Nicole était très à gauche à la direction du PSS et dirigeait les journaux vaudois et genevois… Dans les années 20, il voyait les communistes comme des diviseurs de la classe ouvrière à Genève, et exprimait son point de vue avec son excès habituel : « un communiste vaut un réactionnaire » ou il les situait comme « un cénacle d'intellectuels russes mandatés par d'infimes minorités des différents pays d'Occident ».
Pourtant, en 1937, prévoyant l'interdiction du parti communiste, il avait proposé la création d'une fraction communiste au sein du parti socialiste genevois.
Je ne sais trop si Nicole a vraiment profité des communistes ou le contraire. Les deux premiers élus communistes à Genève, avant-guerre, étaient sur une liste socialo-communiste. Avec la création du Parti du Travail, en 1944, il me semble que Léon Nicole a « fait la courte échelle » à Jean Vincent et aux communistes du parti. Mais alors que les communistes suisses se sont montrés attentifs aux réalités, Nicole fonçait, intransigeant…
Intransigeant au point de perdre le sens des réalités politiques ?
Léon Nicole fut égal à lui-même. Excessif, borné. Quand le PdT opta pour une politique de défense de la neutralité suisse au début de la guerre froide, il se fit plus que jamais le champion d'une stratégie pro soviétique. Il était persuadé d'avoir raison. Sa position devenait intenable et son exclusion en 1952 était quasiment devenue inévitable. Egal à lui-même donc, il déclencha dans une campagne de calomnies à l'encontre des dirigeants du PdT qui firent eux, en l'occurrence, preuve de lucidité politique et d'abnégation. Selon moi, Nicole était surtout blessé parce qu'il perdait son pouvoir. Au point de tenter de s'allier avec des intellectuels eux aussi moscoutaires, pour essayer de le reprendre.Il échoua.
Que reste-t-il du « nicolisme » au PdT?
Il reste une culture « ouvriériste » indéniable chez un certain nombre d’anciens militants.
Le Léon Nicole socialiste d'avant guerre était plus important que le Léon Nicole « pédétiste » d'après 44 ?
Il n'y a pas de différence entre les deux périodes pour ce qui concerne sa vision politique. Pour lui, le PdT était une « resucée » du Parti socialiste genevois interdit avant la guerre. Il s'imaginait qu'il allait faire avec le PdT ce qu'il avait fait avec le PSG, le diriger sans partage. Les communistes, au sein du parti, l'ont empêché de faire ce qu'il voulait.
Mais son rôle fut plus considérable avant 40.
Du gouvernement cantonal « rouge » auquel il a participé entre 1933 et 1936, il ne reste pas grand-chose de palpable. C'était la crise, les banques bloquaient les tentatives de faire évoluer la société, le conseil fédéral, le gouvernement ont tout fait pour empêcher le gouvernement de gauche de fonctionner.
Les années trente furent spectaculaires du point de vue politique, les événements de novembre 1932, le gouvernement cantonal de gauche, la guerre d'Espagne avec le départ de volontaires suisses…. Nicole n'était étranger à rien.
La gauche suisse a-t-elle besoin d'un autre Léon Nicole ?
Léon Nicole manquerait à la gauche, dans une certaine mesure, comme catalyseur des énergies populaires. Mais il ne correspond plus à l'époque… Il est typiquement un personnage de son temps….. Son monde était divisé entre ouvriers et bourgeois.
Nicole écrivait comme il pensait : avec véhémence et conviction. Pour la classe ouvrière, contre la bourgeoisie. Sa carrière politique fut littéralement combative, spectaculaire, contestée et sans doute contestable. Curieusement, sa première biographie est publiée plus de quarante ans après sa mort, comme si le personnage hantait les mémoires politiques de la gauche et de Genève, au point d'en être encore dérangeant.
André Rauber, l'auteur de L'histoire du mouvement communiste suisse ( Slatkine, 1997 et 2000) et ancien rédacteur en chef de la Voix Ouvrière, s'est efforcé de « rendre justice » à Léon Nicole, tentant de faire la part des choses entre le tribun excessif, le militant intègre, le politicien rigoureux, l'homme du peuple, le naïf ou l'autocrate. Il publie aux Editions Slatkine, "Léon Nicole, le franc tireur de la Gauche suisse" (368 pages, 39 francs).
Entretien.
La vie personnelle de Léon Nicole apparaît peu dans cette biographie. Ce communicateur-né était-il à ce point secret ?
Lénine, reprenant Tchernichevski, l'auteur de « Que Faire ? », disait qu'un révolutionnaire doit exclusivement se concentrer sur sa cause. Nicole était de cette eau là : dans le mouvement ouvrier, la cause primait. On ne sait pratiquement rien de la vie privée de Léon Nicole. D'après l'historien Marc Vuilleumier, sa veuve a détruit toute sa correspondance, tous les éléments qui permettaient de se faire une idée de sa vie privée. Je ne peux m'empêcher de penser, mais ce n'est qu'une supposition gratuite, qu'elle a peut-être voulu se venger d'avoir été « secondaire » dans la vie de son mari. Dans son village natal, j'ai rencontré deux de ses petits cousins qui se souviennent à peine de lui. On sait que sa famille possédait une ferme, il en a été question dans la presse en 1936. Il avait un fils et une fille. C'était un père autoritaire : son fils, Pierre, qui travaillait à la Voix Ouvrière, se cachait parfois dans les caves de l'imprimerie du journal pour avoir la paix et éviter ses colères, mais Léon lui reconnaissait des qualités journalistiques. C'était difficile d'être le fils d'un tel père. Ceci dit, Nicole avait l' « esprit de famille » : il avait fait engager ses enfants et certains amis à la COOPI, l'imprimerie du PdT.
On dirait qu'il a toujours dirigé. Les partis, les journaux, les foules. En même temps, il était proche du peuple et souvent aimé…
Léon Nicole n'était pas commode. Il restait distant. Il se positionnait comme un supérieur hiérarchique mais il recevait tout le monde. Il était curieusement naïf, il croyait toujours que les gens étaient victimes de la bourgeoisie et qu'il était de son devoir d'aider tous les travailleurs qui lui demandaient son soutien.
Il était un dirigeant-né, mais un piètre gestionnaire. Il écrivait, il rédigeait des discours, il catalysait les énergies populaires. Il était le patron, tout le monde spontanément le disait, particulièrement au PSG. Mais un patron qui se désintéressait de l'intendance. Quand il a quitté Voix Ouvrière, il a laissé une situation catastrophique.
Ceci dit, il ne souciait pas plus de sa propre intendance. Léon Nicole est mort dans la misère à l'asile de Loëx. En 1952, quand il toucha sa rente AVS, évidemment insuffisante pour vivre, certains de ses amis obtinrent du Conseil d'Etat, dont il fut membre, qu'il lui soit alloué une rente. Ce fut l'objet d'une énorme contestation. La bourgeoisie ne lui pardonnait pas d'avoir « failli mettre Genève à feu et à sang ». La rente fut supprimée.
Il incarnait les espoirs de la classe ouvrière. Son intégrité était incontestable. Conseiller national, il allait à Berne en troisième classe. Il a fallu que ses camarades lui imposent de prendre un abonnement en deuxième classe plus confortable. Les gens n'étaient pas insensibles à son caractère intransigeant et pur. Ils aimaient l'entendre. Il débutait ses discours d'une voix inaudible, obligeant ses auditeurs à faire silence pour l'entendre. Puis il se déchaînait… Il était habité d'un sentiment de classes… Il entraînait les gens parce que la situation politique et sociale son discours se prêtait à la réalité politique et sociale de l'entre deux guerres. Oui, Léon Nicole était un leader populaire mais aussi assez populiste.
Il lui fut aussi reproché d'avoir des tentations fascisantes. Il était question d'un fascisme de gauche.
En aucun cas, il n'a été un fasciste de gauche, comme cela a été effectivement dit.
Le fascisme et le nazisme ont tenté d'appliquer le programme de l'inhumanité , du racisme, de l'exploitation … cela ne colle pas, au contraire, avec la personnalité de Nicole, adepte de l'égalité, de la justice… Il fut en réalité un barrage au fascisme en suisse, il a joué un rôle utile. Ces démocrates bourgeois qui étaient prêts à céder à «l'ordre nouveau » en ont été empêchés par des gens comme Nicole.
Bien sûr, en soutenant le pacte germano-soviétique en 1939, il s'est laissé aller à des phrases terribles : « On apprend peu à peu que c'est vers un régime économique et social à base socialiste (mais d'un socialisme viril) que marche l'Allemagne ». Et le Komintern le montrait en exemple aux communistes suisses beaucoup moins enthousiastes à applaudir la stratégie soviétique.
Comment le définiriez-vous personnellement ?
Sincère, courageux, rebelle, individualiste et narcissique. Il était nicoliste. Voilà ce que je pense.
Son admiration pour Staline et l'Union soviétique a dépassé beaucoup de bornes. Ceci dit, il n'était pas le seul stalinien à l'époque, parmi les socialistes
Il était et est resté, au fond, social démocrate,. Mais voulant un socialisme sans compromission avec la bourgeoisie. Dès les années 20 c’est un partisan de l'Union soviétique puis un admirateur de Staline. Il était attiré par sa stature, par la puissance qui en émanait Rien n'est simple. Effectivement, de nombreux socialistes, par esprit anti bourgeois, considéraient favorablement l'Union soviétique. Mais soutenir Staline, c'était une autre histoire. Au sein du parti socialiste suisse on avait du mal à admettre l'admiration du principal dirigeant de la section genevoise pour le Petit Père des Peuples. Quand Nicole soutint sans état d'âme le pacte germano-soviétique, ce fut trop pour ses amis politiques. Il fut exclu du PSS.
Il était en quelque sorte un compagnon de route des communistes, mais il ne semblait pas les apprécier vraiment.
Léon Nicole n'était pas un idéologue, ni marxiste, ni quoi que ce soit d'autre. Ce n'était pas un révolutionnaire. Il se méfiait des intellectuels. Cela expliquera partiellement ses relations difficiles avec les communistes au sein du PdT dont Jean Vincent à Genève. Ses conceptions dictatoriales étaient confrontées à l'organisation des militants communistes.
Dans les années 20 et 30, Nicole considérait les communistes comme les communistes ont ensuite considéré les gauchistes… des groupuscules irresponsables. Avant guerre, Le mouvement communiste, se développait à Bâle et Zurich…En suisse romande, c'était une secte. Le grand parti socialiste genevois résolument à gauche lui barrait la route. Nicole était très à gauche à la direction du PSS et dirigeait les journaux vaudois et genevois… Dans les années 20, il voyait les communistes comme des diviseurs de la classe ouvrière à Genève, et exprimait son point de vue avec son excès habituel : « un communiste vaut un réactionnaire » ou il les situait comme « un cénacle d'intellectuels russes mandatés par d'infimes minorités des différents pays d'Occident ».
Pourtant, en 1937, prévoyant l'interdiction du parti communiste, il avait proposé la création d'une fraction communiste au sein du parti socialiste genevois.
Je ne sais trop si Nicole a vraiment profité des communistes ou le contraire. Les deux premiers élus communistes à Genève, avant-guerre, étaient sur une liste socialo-communiste. Avec la création du Parti du Travail, en 1944, il me semble que Léon Nicole a « fait la courte échelle » à Jean Vincent et aux communistes du parti. Mais alors que les communistes suisses se sont montrés attentifs aux réalités, Nicole fonçait, intransigeant…
Intransigeant au point de perdre le sens des réalités politiques ?
Léon Nicole fut égal à lui-même. Excessif, borné. Quand le PdT opta pour une politique de défense de la neutralité suisse au début de la guerre froide, il se fit plus que jamais le champion d'une stratégie pro soviétique. Il était persuadé d'avoir raison. Sa position devenait intenable et son exclusion en 1952 était quasiment devenue inévitable. Egal à lui-même donc, il déclencha dans une campagne de calomnies à l'encontre des dirigeants du PdT qui firent eux, en l'occurrence, preuve de lucidité politique et d'abnégation. Selon moi, Nicole était surtout blessé parce qu'il perdait son pouvoir. Au point de tenter de s'allier avec des intellectuels eux aussi moscoutaires, pour essayer de le reprendre.Il échoua.
Que reste-t-il du « nicolisme » au PdT?
Il reste une culture « ouvriériste » indéniable chez un certain nombre d’anciens militants.
Le Léon Nicole socialiste d'avant guerre était plus important que le Léon Nicole « pédétiste » d'après 44 ?
Il n'y a pas de différence entre les deux périodes pour ce qui concerne sa vision politique. Pour lui, le PdT était une « resucée » du Parti socialiste genevois interdit avant la guerre. Il s'imaginait qu'il allait faire avec le PdT ce qu'il avait fait avec le PSG, le diriger sans partage. Les communistes, au sein du parti, l'ont empêché de faire ce qu'il voulait.
Mais son rôle fut plus considérable avant 40.
Du gouvernement cantonal « rouge » auquel il a participé entre 1933 et 1936, il ne reste pas grand-chose de palpable. C'était la crise, les banques bloquaient les tentatives de faire évoluer la société, le conseil fédéral, le gouvernement ont tout fait pour empêcher le gouvernement de gauche de fonctionner.
Les années trente furent spectaculaires du point de vue politique, les événements de novembre 1932, le gouvernement cantonal de gauche, la guerre d'Espagne avec le départ de volontaires suisses…. Nicole n'était étranger à rien.
La gauche suisse a-t-elle besoin d'un autre Léon Nicole ?
Léon Nicole manquerait à la gauche, dans une certaine mesure, comme catalyseur des énergies populaires. Mais il ne correspond plus à l'époque… Il est typiquement un personnage de son temps….. Son monde était divisé entre ouvriers et bourgeois.
propos recueillis par Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
Edition suisse: une biographie de Léon Nicole
Suisse : Il fallait « tuer le père » du PdT
Si je devais résumer l’histoire et l’épopée de Léon Nicole à des adolescents plus ou moins attardés, en mal de héros suisse, je dirais : « Léon Nicole c’était le mec plus ultra de la classe ouvrière ». Il fut honni par les bourgeois agacés de trouver à qui parler en des temps où les pauvres ne se révoltaient que pour survivre; haï par les fascistes qui, sans des hommes tels que lui, auraient trouvé le terreau helvétique plus malléable pour gagner à leurs idées nauséabondes des bien-pensants intrigués par Mussolini ou Hitler; rejeté par les socio démocrates trop enclins à la collaboration de classes avec les conservateurs dans l’espoir de partager le pouvoir. Et quand il fit le plein de ses ennemis de droite, Léon Nicole s’offrit aussi une dose d’inimitié parmi ses amis de gauche. Parce que ce héros de la classe ouvrière était aussi l’anti héros de ses propres rêves.
André Rauber a écrit cette biographie de Léon Nicole avec le souci de faire œuvre d’historien. Rigoureusement, les faits défilent, l’auteur s’est évertué à conserver, autant que faire se peut, une distance avec les événements comme s’il craignait qu’une évaluation trop personnelle ne nuise à la vérité. Ce n’est pas un livre objectif. C’est un livre honnête. Rauber ne fait pas dans la littérature, il ne s’émancipe pas de sa fonction de chercheur et de découvreur d’information. Il raconte Léon Nicole, il rapporte les éléments qui concrétisent l’histoire. Et les faits se suffisent à eux-mêmes. Sauf qu’il ne raconte pas seulement la vie d’un personnage hors du commun dont on a parfois du mal à apprécier toute la grandeur et plus de mal encore à comprendre les petitesses. Il fut donc un géant, lui qui était plutôt petit de taille. Et il influença deux générations de progressistes. C’est aussi de cela dont il est question dans le livre de Rauber : deux générations de femmes et d’hommes qui ont du, à un moment ou à un autre, se déterminer par rapport à Léon, au patron, au chef du gouvernement genevois, au stalinien obtus… Les dirigeants communistes, au sein du Parti du Travail, ont écrit avec un sang froid remarquable et un sens de l’histoire incontestable, le dernier chapitre de la vie politique de Léon Nicole. Ils l’ont exclu, en pleine guerre froide, pour ne pas le suivre dans une dérive stalinienne suicidaire et pour maintenir le Parti dans la communauté nationale attachée à la politique de neutralité. Ils ont du « tuer le père ». André Rauber décrit dans les deux derniers chapitres du livre huit ans d’Histoire partisane, dans le détail. Huit ans, pas plus, qui se lisent comme un roman politique. Et de choisir une citation de Primo Levi pour conclure, dont je ne retiendrai qu’une phrase : « Puisqu’il est difficile de distinguer les vrais prophètes des faux, méfions-nous de tous les prophètes » (Si c’est un homme)
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
jeudi 13 septembre 2007
Belgique : Le surréalisme élevé au niveau de l’art…brut
Les Belges se font une raison. Leurs dirigeants ne s’entendent plus. Ils sont donc condamnés à s’entendre. La dernière histoire belge pourrait servir d’exemple. Le danger populiste est partout. Les flamands jouent au poker menteur. En on-ils les moyens ?
Le 12 septembre, le Vlams Belang, parti nationaliste flamand, xénophobe, ultra libéral, défenseur patenté de la dignité et des droits des anciens collaborateurs nazis, a annoncé, dans un communiqué, qu’il portait plainte auprès du « Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme » contre des policiers « liégeois » qui avaient appréhendé ses dirigeants participant à une manifestation interdite «anti-islamiste », à Bruxelles. Accessoirement, le communiqué précisait que le bourgmestre (maire) de Bruxelles et le chef de sa police étaient de « vulgaires menteurs ». Le Vlams Belang, qui réunit le suffrage d’un flamand sur quatre, dénonce le comportement brutal de la police et son attitude anti-flamande.
Si le lecteur de Gauchebdo, qui n’est pas belge ou qui n’a pas passé une semaine dans le plat pays, ne comprend rien ou pas grand-chose à ce qui précède, c’est qu’il n’a pas cette fibre caractéristique et multilingue des compatriotes de Brel, Simenon ou Magritte : il n’a pas la fibre surréaliste, cet élément essentiel, voire existentiel pour comprendre ou admettre la légitimité profonde de La Belgique.
Explication de texte donc : les parlementaires d’un parti fasciste s’étonnent que la police ait fait son travail pour empêcher une manifestation de haine à l’égard des musulmans habitant à Bruxelles. Qui plus est, ils n’ont même pas été tabassés ou arrêté en flamand, ce qui leur semble un comble.
Trois mois après les élections, l’Europe s’émeut, plus que le Belgique elle-même, des velléités d’une apparente majorité de flamands de réduire à presque rien l’Etat fédéral. Les dirigeants socio chrétiens flamands vainqueurs des dernières élections législatives, sont à la merci d’alliés flamingants encombrants qui les laisseraient choir si les revendications nationalistes et souverainistes n’étaient pas affirmées. La Flandre pourrait ne plus vouloir de la Belgique, si la Belgique maintenait les liens forts entre les communautés. Ce n’est pas encore l’équipe nationale de football qui est en question (il reste quelques Wallons qui jouent pas trop mal), mais bien tous les mécanismes de solidarité sociale et économiques. La « Flandre qui gagne » ne veut pas de la « Wallonie qui se traîne ». Par contre la Flandre qui gagne veut bien de la Région Bruxelles Capitale, dont 85% de la population est francophone. Bruxelles est la capitale de la Flandre tout en étant celle de l’Europe et de la Belgique. Les Wallons, les proches cousins des Bruxellois, avaient choisi, avec une intelligence pratique qui reste discutable, Namur une petite ville au bord de la Meuse pour siège de leur gouvernement. Par contre la Communauté française de Belgique, qui réunit Bruxellois et Wallons en un gouvernement et un parlement, siège à Bruxelles. Donc les Flamands veulent Bruxelles mais Bruxelles ne veut pas des Flamands. A vrai dire, Bruxelles ne veut pas non plus trop des Wallons, mais ce sera une autre histoire belge, un jour peut –être… si le Roi Albert II, Roi des Belges… mais pas roi de la Belgique, avait encore, dans les années qui viennent, l’occasion de s’exprimer dans les trois langues nationales (dont l’allemand) en commençant par : « mes chers compatriotes… ». La Flandre n’a pas les moyens de « se payer » Bruxelles. Trop chère la capitale de la Belgique. Tellement chère que les excès nationalistes n’y changeront rien.
La question flamande est une question de sous. Aujourd’hui, la Flandre finance les tentatives de redressement de la Wallonie, le vieillissement de sa population, le chômage endémique. Et les Wallons, hélas, paient cash les scandales politiques et financiers qui ont perduré sur deux décennies, sans doute aussi une absence d’ambition politique pour relancer une région dont les joyaux industriels se sont écroulés il y a plus de trente ans. Ca fait mauvais genre vu de Gand ou d’Anvers. Par contre la Flandre succombe à tous ses démons réactionnaires. Ceux qui parlent en son nom expriment des nostalgies nauséabondes qui rappellent qu’hélas, les Flamands ne furent pas toujours du bon côté de l’Histoire. C’est l’Europe, qui risque de payer ce nationalisme là, quand s’ouvriront les boîtes à pandores régionalistes d’un côté à l’autre du continent. Du côté de Liège ou de Charleroi , ça fait mauvais genre aussi. Et l’économie flamande si performante pourrait être victimes de ces démons-là. Les entrepreneurs s’inquiètent. Il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’en Flandre l’évaluation de Karl Marx en 1869 soit encore de rigueur : Ce petit pays unique et béni, c'est la Belgique, l'Etat modèle du constitutionnalisme continental, le confortable paradis et la chasse gardée des propriétaires fonciers, des capitalistes et des curés.»
La réalité de la Belgique démontre, en 2007, une autre affirmation de Marx selon laquelle tous les conflits ne sont que l’expression de la lutte des classes.
L’erreur majeure serait de croire que l’exemple belge est unique malgré la spécificité surréaliste qui le caractérise. Partout où le discours réactionnaire se nourrit de la haine des autres, partout où des dirigeants nationalistes et populistes trouvent un terrain fertile parmi les gens les plus fragiles avec le soutien du grand patronat, partout où l’idée de la lutte des classes est bafouée ou niée, le risque est grand de voir s’installer des régimes financiers, boursiers plutôt que des gouvernements citoyens.
Partout, même en Suisse, quand il sera dit : « les romands sont fainéants et nous coûtent de l’argent ».
Ron Linder
Le 12 septembre, le Vlams Belang, parti nationaliste flamand, xénophobe, ultra libéral, défenseur patenté de la dignité et des droits des anciens collaborateurs nazis, a annoncé, dans un communiqué, qu’il portait plainte auprès du « Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme » contre des policiers « liégeois » qui avaient appréhendé ses dirigeants participant à une manifestation interdite «anti-islamiste », à Bruxelles. Accessoirement, le communiqué précisait que le bourgmestre (maire) de Bruxelles et le chef de sa police étaient de « vulgaires menteurs ». Le Vlams Belang, qui réunit le suffrage d’un flamand sur quatre, dénonce le comportement brutal de la police et son attitude anti-flamande.
Si le lecteur de Gauchebdo, qui n’est pas belge ou qui n’a pas passé une semaine dans le plat pays, ne comprend rien ou pas grand-chose à ce qui précède, c’est qu’il n’a pas cette fibre caractéristique et multilingue des compatriotes de Brel, Simenon ou Magritte : il n’a pas la fibre surréaliste, cet élément essentiel, voire existentiel pour comprendre ou admettre la légitimité profonde de La Belgique.
Explication de texte donc : les parlementaires d’un parti fasciste s’étonnent que la police ait fait son travail pour empêcher une manifestation de haine à l’égard des musulmans habitant à Bruxelles. Qui plus est, ils n’ont même pas été tabassés ou arrêté en flamand, ce qui leur semble un comble.
Trois mois après les élections, l’Europe s’émeut, plus que le Belgique elle-même, des velléités d’une apparente majorité de flamands de réduire à presque rien l’Etat fédéral. Les dirigeants socio chrétiens flamands vainqueurs des dernières élections législatives, sont à la merci d’alliés flamingants encombrants qui les laisseraient choir si les revendications nationalistes et souverainistes n’étaient pas affirmées. La Flandre pourrait ne plus vouloir de la Belgique, si la Belgique maintenait les liens forts entre les communautés. Ce n’est pas encore l’équipe nationale de football qui est en question (il reste quelques Wallons qui jouent pas trop mal), mais bien tous les mécanismes de solidarité sociale et économiques. La « Flandre qui gagne » ne veut pas de la « Wallonie qui se traîne ». Par contre la Flandre qui gagne veut bien de la Région Bruxelles Capitale, dont 85% de la population est francophone. Bruxelles est la capitale de la Flandre tout en étant celle de l’Europe et de la Belgique. Les Wallons, les proches cousins des Bruxellois, avaient choisi, avec une intelligence pratique qui reste discutable, Namur une petite ville au bord de la Meuse pour siège de leur gouvernement. Par contre la Communauté française de Belgique, qui réunit Bruxellois et Wallons en un gouvernement et un parlement, siège à Bruxelles. Donc les Flamands veulent Bruxelles mais Bruxelles ne veut pas des Flamands. A vrai dire, Bruxelles ne veut pas non plus trop des Wallons, mais ce sera une autre histoire belge, un jour peut –être… si le Roi Albert II, Roi des Belges… mais pas roi de la Belgique, avait encore, dans les années qui viennent, l’occasion de s’exprimer dans les trois langues nationales (dont l’allemand) en commençant par : « mes chers compatriotes… ». La Flandre n’a pas les moyens de « se payer » Bruxelles. Trop chère la capitale de la Belgique. Tellement chère que les excès nationalistes n’y changeront rien.
La question flamande est une question de sous. Aujourd’hui, la Flandre finance les tentatives de redressement de la Wallonie, le vieillissement de sa population, le chômage endémique. Et les Wallons, hélas, paient cash les scandales politiques et financiers qui ont perduré sur deux décennies, sans doute aussi une absence d’ambition politique pour relancer une région dont les joyaux industriels se sont écroulés il y a plus de trente ans. Ca fait mauvais genre vu de Gand ou d’Anvers. Par contre la Flandre succombe à tous ses démons réactionnaires. Ceux qui parlent en son nom expriment des nostalgies nauséabondes qui rappellent qu’hélas, les Flamands ne furent pas toujours du bon côté de l’Histoire. C’est l’Europe, qui risque de payer ce nationalisme là, quand s’ouvriront les boîtes à pandores régionalistes d’un côté à l’autre du continent. Du côté de Liège ou de Charleroi , ça fait mauvais genre aussi. Et l’économie flamande si performante pourrait être victimes de ces démons-là. Les entrepreneurs s’inquiètent. Il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’en Flandre l’évaluation de Karl Marx en 1869 soit encore de rigueur : Ce petit pays unique et béni, c'est la Belgique, l'Etat modèle du constitutionnalisme continental, le confortable paradis et la chasse gardée des propriétaires fonciers, des capitalistes et des curés.»
La réalité de la Belgique démontre, en 2007, une autre affirmation de Marx selon laquelle tous les conflits ne sont que l’expression de la lutte des classes.
L’erreur majeure serait de croire que l’exemple belge est unique malgré la spécificité surréaliste qui le caractérise. Partout où le discours réactionnaire se nourrit de la haine des autres, partout où des dirigeants nationalistes et populistes trouvent un terrain fertile parmi les gens les plus fragiles avec le soutien du grand patronat, partout où l’idée de la lutte des classes est bafouée ou niée, le risque est grand de voir s’installer des régimes financiers, boursiers plutôt que des gouvernements citoyens.
Partout, même en Suisse, quand il sera dit : « les romands sont fainéants et nous coûtent de l’argent ».
Ron Linder
Vatican: Le politicien Benoît VXI ne confesse pas encore sa stratégie
Le Pape est en croisade. Il fustige la tolérance qui consisterait en une « indifférence privée de références à des valeurs permanentes ». Il stigmatise le droit à l’avortement « qui est le contraire d’un droit de l’Homme » qu’il dénonce en toute circonstance, même pour des raisons thérapeutiques. Le Catholique Suprême surprendrait s’il s’exprimait autrement. Il ne serait que l’ombre de lui-même. Défenseur d’une Eglise dont il ne veut voir qu’un clocher, il met les points sur les i dans tous les domaines, avec sobriété et entêtement. Non à l’euthanasie, non à l’utilisation des préservatifs pour combattre la pandémie du Sida, non à l’avortement, oui à une église conservatrice, non à une église populaire. La liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut. La politique papale tend à réunir les catholiques soucieux d’une église forte, concentrée, prête à mener le combat spirituel contre les croyances « autres », chrétiennes ou non. Et contre celles et ceux qui persistent à accorder leur préférence à l’Humanité.
A Vienne la semaine dernière, Benoît XVI s’est penché sur l’Europe dont il estime qu’elle ne remplit plus son rôle de « meneur ». Il a rappelé que notre continent avait une « responsabilité unique dans le monde » et a regretté de voir l’Union européenne « renier ses racines chrétiennes ». Le Pape faisait allusion à l’absence de la mention « christianisme » dans le préambule du traité constitutionnel de l’UE.
C’est donc l’Europe qui devra, selon les politologues du Vatican, constituer la base stratégique et idéologique pour faire front dans un monde où l’ennemi, presque par définition épiscopale, porte haut les couleurs de l’Islam ou les bontés d’une philosophie orientale qui fait son chemin. Au point où il en est de ses déclarations politico-religieuses, Benoît XVI envisagerait un Yalta de fois et croyances. A chacun son territoire. Le monde catholique perd du terrain en Afrique et en Amérique du sud, au profit des Musulmans et des Chrétiens évangéliques.
Ce qui devrait inquiéter les Laïques, c’est que le Pape ne joue pas les Don Quichotte. Il est armé de certitudes plus moralisatrices que morales et soutenu par des alliés bien réels et bien actifs. Sa bataille spirituelle risque de tourner à l’aventure politico-on-ne-sait-trop-quoi avec des alliés « à haut risque » partout en Europe, dans les mouvances les plus droitières du monde politique. Les Polonais ne sont pas les seuls à être encore nombreux à croire que les choix de Rome doivent être pris en compte pour choisir un gouvernement. Le consensus existe dans le monde chrétien toutes obédiences confondues, pour un monde plus dépendant de Dieu (et de ses représentants sur la terre) que des Hommes.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
A Vienne la semaine dernière, Benoît XVI s’est penché sur l’Europe dont il estime qu’elle ne remplit plus son rôle de « meneur ». Il a rappelé que notre continent avait une « responsabilité unique dans le monde » et a regretté de voir l’Union européenne « renier ses racines chrétiennes ». Le Pape faisait allusion à l’absence de la mention « christianisme » dans le préambule du traité constitutionnel de l’UE.
C’est donc l’Europe qui devra, selon les politologues du Vatican, constituer la base stratégique et idéologique pour faire front dans un monde où l’ennemi, presque par définition épiscopale, porte haut les couleurs de l’Islam ou les bontés d’une philosophie orientale qui fait son chemin. Au point où il en est de ses déclarations politico-religieuses, Benoît XVI envisagerait un Yalta de fois et croyances. A chacun son territoire. Le monde catholique perd du terrain en Afrique et en Amérique du sud, au profit des Musulmans et des Chrétiens évangéliques.
Ce qui devrait inquiéter les Laïques, c’est que le Pape ne joue pas les Don Quichotte. Il est armé de certitudes plus moralisatrices que morales et soutenu par des alliés bien réels et bien actifs. Sa bataille spirituelle risque de tourner à l’aventure politico-on-ne-sait-trop-quoi avec des alliés « à haut risque » partout en Europe, dans les mouvances les plus droitières du monde politique. Les Polonais ne sont pas les seuls à être encore nombreux à croire que les choix de Rome doivent être pris en compte pour choisir un gouvernement. Le consensus existe dans le monde chrétien toutes obédiences confondues, pour un monde plus dépendant de Dieu (et de ses représentants sur la terre) que des Hommes.
Ron Linder, Gauchebdo, Suisse, Septembre 2007
lundi 9 juillet 2007
Genève: Parti du Travail: La Réalité du Terrain, Camarade
Le Congrès extraordinaire du PDT a élu son benjamin au Comité Directeur, en la personne de Alexander I., 17 ans, de Meyrin. Sur son blog, Alexander se fécilite des décisions prises par le Congrès , particulièrement du choix d'une confortable majorité des délégués en faveur d'une liste du PdT en sous apparentement AGT! aux prochaines élections nationales. Dans son analyse des raisons qui ont nécessité et expliqué l'option choisie par le PdT, Alexander stigmatise les attitudes de certains partenaires, "solidaritéS" et les "Indépendants de Gauche" en la personne de son leader, Chrisitian Grobet. J'ai réagi à son article, cohérent et concret, en rappelant que, selon moi, la priorité absolue est la refondation du Parti. J'a voulu aussi souligner que les alliances, l'électoralisme sont des outils qu'Engels, Marx ou Lénine n'avaient pas sous estimés. Au nom de la réalité du terrain.
Le Grand Soir, Camarade, c’est un espoir raisonnable selon la pensée de Che Guevara : " soyez réalistes demandez l’impossible ". Mais la pensée marxiste met un bémol ou un préalable à cet enthousiasme. La réalité du terrain, cette… obsession des communistes et des marxistes rend la citation du Che plus pointue et plus exigeante qu’il n’y paraît.
J’ai lu avec attention ton compte-rendu du congrès extraordinaire du Parti du Travail à Genève. Je regrette que tu n’aies pas retenu l’expression de mon inquiétude quand à l’ouverture d’un " front " électoral alors que toutes nos forces devraient être concentrées sur les travaux de refondation organisationnelle, politique et idéologique du Parti. Je n’ai pas été suivi par le Congrès et je me plie donc aux décisions qu’il a prises. Il n’en demeure pas moins qu’il est à espérer que notre direction ne se trompe pas de priorité : c’est de l’intérieur que nous devons " retravailler " notre organisation.
L’alliance " A Gauche Toute ! " ne trouve pas grâce à tes yeux, et j’en critique sévèrement le fonctionnement, l’existence floue, les objectifs et les ambitions " personnalisés ", qui ne permettent pas à notre Parti d’y jouer pleinement son rôle. Mais il est important de situer notre part de responsabilité pour expliquer le danger que pourrait constituer l’alliance dans l’avenir, ou le danger qu’elle pourrait courir. Parce que la notion d’alliance est un objectif systématique du Parti. Cela ne date pas d’hier :
" la position des communistes à l'égard des partis ouvriers déjà constitués s'explique d'elle-même, et, partant, leur position à l'égard des chartistes en Angleterre et des réformateurs agraires dans l'Amérique du Nord.
Ils combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l'avenir du mouvement. En France, les communistes se rallient au Parti démocrate-socialiste contre la bourgeoisie conservatrice et radicale, tout en se réservant le droit de critiquer les phrases et les illusions léguées par la tradition révolutionnaire.
En Suisse, ils appuient les radicaux, sans méconnaître que ce parti se compose d'éléments contradictoires, moitié de démocrates socialistes, dans l'acception française du mot, moitié de bourgeois radicaux.
En Pologne, les communistes soutiennent le parti qui voit, dans une révolution agraire, la condition de l'affranchissement national, c'est-à-dire le parti qui fit, en 1846,l'insurrection de Cracovie.
En Allemagne, le Parti communiste lutte d'accord avec la bourgeoisie, toutes les fois que la bourgeoisie agit révolutionnairement contre la monarchie absolue, la propriété foncière féodale et la petite bourgeoisie.
…En somme, les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre social et politique existant. " (Marx, Engels, Manifeste du Parti Communiste)
Nous avons besoin de ces alliances électorales. C’est une évidence politique, une " réalité du terrain ". Nous avons aussi besoin de tenter de leur imposer notre stratégie, nos dynamiques. Si " solidaritéS " ou les Indépendants de Gauche à Genève, mènent le bal, nous devons faire front, pas se plaindre ou reprocher à l’un ou à l’autre de jouer sa propre carte. C’est insuffisant, inefficace…
Le choix du Congrès ne se suffit pas non plus à lui-même. Il doit s’accompagner de mesures dynamiques pour nous renforcer. Lénine écrivait :
" Le parlement est un produit du développement historique, que nous ne pouvons éliminer tant que nous ne sommes pas suffisamment forts pour dissoudre cette institution bourgeoise. "
Par extension, cette phrase est d’actualité en toutes circonstances pour les communistes…. Face à AGT ! ou tout autre forme d’association ou de regroupement. Tant que nous ne sommes pas assez forts pour réduire l’influence ou la nécessité d’une alliance, elle ne doit ni ne peut être dissoute ou éliminée.
Nous avons été trop peu attentifs à ce qui se passait dans l’alliance, à Genève et au niveau suisse… Nous avons sans doute oublié une autre phrase du Manifeste , prise hors contexte, mais néanmoins explicite, dont l’actualité est flagrante :
" Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets... "
La réalité du terrain, Camarade, encore et toujours. Lénine toujours, si éloigné de notre possible dans ses méthodes mais plus actuel que jamais dans ses propos :
" Vous êtes bien naïfs, si vous vous imaginez que le jour de la victoire du prolétariat, les intellectuels, la classe moyenne, la petite bourgeoisie deviendront communistes (1920). "
Le fascisme de moins en moins rampant occupe le terrain partout en Suisse, ailleurs. Il constitue un danger immense. Nous avons la responsabilité de reprendre des forces pour mener le seul combat pour lequel nous existons, à l’exemple de nos aînés : le combat pour le socialisme, la liberté, la laïcité et contre la pensée et l’action réactionnaire et fasciste. Et je n’ai pas la certitude que ce combat, ces luttes ne soient que démocratiques ou pacifiques dans un proche avenir.
...
Ron Linder
Le Grand Soir, Camarade, c’est un espoir raisonnable selon la pensée de Che Guevara : " soyez réalistes demandez l’impossible ". Mais la pensée marxiste met un bémol ou un préalable à cet enthousiasme. La réalité du terrain, cette… obsession des communistes et des marxistes rend la citation du Che plus pointue et plus exigeante qu’il n’y paraît.
J’ai lu avec attention ton compte-rendu du congrès extraordinaire du Parti du Travail à Genève. Je regrette que tu n’aies pas retenu l’expression de mon inquiétude quand à l’ouverture d’un " front " électoral alors que toutes nos forces devraient être concentrées sur les travaux de refondation organisationnelle, politique et idéologique du Parti. Je n’ai pas été suivi par le Congrès et je me plie donc aux décisions qu’il a prises. Il n’en demeure pas moins qu’il est à espérer que notre direction ne se trompe pas de priorité : c’est de l’intérieur que nous devons " retravailler " notre organisation.
L’alliance " A Gauche Toute ! " ne trouve pas grâce à tes yeux, et j’en critique sévèrement le fonctionnement, l’existence floue, les objectifs et les ambitions " personnalisés ", qui ne permettent pas à notre Parti d’y jouer pleinement son rôle. Mais il est important de situer notre part de responsabilité pour expliquer le danger que pourrait constituer l’alliance dans l’avenir, ou le danger qu’elle pourrait courir. Parce que la notion d’alliance est un objectif systématique du Parti. Cela ne date pas d’hier :
" la position des communistes à l'égard des partis ouvriers déjà constitués s'explique d'elle-même, et, partant, leur position à l'égard des chartistes en Angleterre et des réformateurs agraires dans l'Amérique du Nord.
Ils combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l'avenir du mouvement. En France, les communistes se rallient au Parti démocrate-socialiste contre la bourgeoisie conservatrice et radicale, tout en se réservant le droit de critiquer les phrases et les illusions léguées par la tradition révolutionnaire.
En Suisse, ils appuient les radicaux, sans méconnaître que ce parti se compose d'éléments contradictoires, moitié de démocrates socialistes, dans l'acception française du mot, moitié de bourgeois radicaux.
En Pologne, les communistes soutiennent le parti qui voit, dans une révolution agraire, la condition de l'affranchissement national, c'est-à-dire le parti qui fit, en 1846,l'insurrection de Cracovie.
En Allemagne, le Parti communiste lutte d'accord avec la bourgeoisie, toutes les fois que la bourgeoisie agit révolutionnairement contre la monarchie absolue, la propriété foncière féodale et la petite bourgeoisie.
…En somme, les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre social et politique existant. " (Marx, Engels, Manifeste du Parti Communiste)
Nous avons besoin de ces alliances électorales. C’est une évidence politique, une " réalité du terrain ". Nous avons aussi besoin de tenter de leur imposer notre stratégie, nos dynamiques. Si " solidaritéS " ou les Indépendants de Gauche à Genève, mènent le bal, nous devons faire front, pas se plaindre ou reprocher à l’un ou à l’autre de jouer sa propre carte. C’est insuffisant, inefficace…
Le choix du Congrès ne se suffit pas non plus à lui-même. Il doit s’accompagner de mesures dynamiques pour nous renforcer. Lénine écrivait :
" Le parlement est un produit du développement historique, que nous ne pouvons éliminer tant que nous ne sommes pas suffisamment forts pour dissoudre cette institution bourgeoise. "
Par extension, cette phrase est d’actualité en toutes circonstances pour les communistes…. Face à AGT ! ou tout autre forme d’association ou de regroupement. Tant que nous ne sommes pas assez forts pour réduire l’influence ou la nécessité d’une alliance, elle ne doit ni ne peut être dissoute ou éliminée.
Nous avons été trop peu attentifs à ce qui se passait dans l’alliance, à Genève et au niveau suisse… Nous avons sans doute oublié une autre phrase du Manifeste , prise hors contexte, mais néanmoins explicite, dont l’actualité est flagrante :
" Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets... "
La réalité du terrain, Camarade, encore et toujours. Lénine toujours, si éloigné de notre possible dans ses méthodes mais plus actuel que jamais dans ses propos :
" Vous êtes bien naïfs, si vous vous imaginez que le jour de la victoire du prolétariat, les intellectuels, la classe moyenne, la petite bourgeoisie deviendront communistes (1920). "
Le fascisme de moins en moins rampant occupe le terrain partout en Suisse, ailleurs. Il constitue un danger immense. Nous avons la responsabilité de reprendre des forces pour mener le seul combat pour lequel nous existons, à l’exemple de nos aînés : le combat pour le socialisme, la liberté, la laïcité et contre la pensée et l’action réactionnaire et fasciste. Et je n’ai pas la certitude que ce combat, ces luttes ne soient que démocratiques ou pacifiques dans un proche avenir.
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Ron Linder
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dimanche 8 juillet 2007
Genève: "AGT!": Les gros bras dans un bac à sable
Gauchebdo titrait en une, dans son numéro du premier mai : " pour une gauche ambitieuse ". Nous allons sauvegarder l’article pour le premier mai de l’an prochain. Certains l’ont mal lu. La question que nous nous posions restera probablement d’actualité dans les mois qui viennent : " ne serons-nous bientôt que de folkloriques participants à la saga démocratique bourgeoise ? ". Cela me fait penser à une fable de Jean de la Fontaine, " Le Loup et l’Agneau ". Il y est question de " la raison du plus fort qui sera toujours la meilleure ". Le problème étant que, pour ce qui concerne nos partis, nos alliés, nos amis, le plus fort est d’une faiblesse infinie. Il faudra donc nous faire une raison : à défaut de jouer dans la cour des grands, d’y défendre l’essentiel, nous sommes condamnés à jouer les gros bras dans un bac à sable.
Les dirigeants de la gauche de la gauche sont-ils à ce point irresponsables ? Sont-ils propriétaires des voix des électeurs progressistes à Genève ou de l’espace qui leur est accordé par les citoyens ? C’est une tradition de la gauche combative que de chercher la petite bête chez les copains. Depuis la guerre, on ne compte plus les alliances avortées. Peut-être sommes-nous trop riches, trop… suisses pour être de gauche ? Parce qu’il faut quand même expliquer pourquoi les dirigeants de la gauche combative, si brillants par ailleurs, marchent à côté de leurs pantoufles dès qu’il s’agit d’être efficaces.
La décision du Parti du Travail de se présenter en sous apparentement aux élections fédérales n’est pas le dernier drame en date. Ce n’est d’ailleurs pas un drame. Juste un épiphénomène politique. Par contre, c’est une décision qui a pour origine une kyrielle de malentendus, de non dits, de divergences. Il faut remonter à ces problèmes originels pour consolider l’alliance électorale. Personne ne fera fi de l’Histoire ni des projets et des espoirs de chacun. La décision du Congrès du PdT n’est qu’un sous événement, un peu comme un… sous apparentement sous un label commun aux élections fédérales.
La Rédaction de Gauchebdo, Suisse, Juillet 2007
Les dirigeants de la gauche de la gauche sont-ils à ce point irresponsables ? Sont-ils propriétaires des voix des électeurs progressistes à Genève ou de l’espace qui leur est accordé par les citoyens ? C’est une tradition de la gauche combative que de chercher la petite bête chez les copains. Depuis la guerre, on ne compte plus les alliances avortées. Peut-être sommes-nous trop riches, trop… suisses pour être de gauche ? Parce qu’il faut quand même expliquer pourquoi les dirigeants de la gauche combative, si brillants par ailleurs, marchent à côté de leurs pantoufles dès qu’il s’agit d’être efficaces.
La décision du Parti du Travail de se présenter en sous apparentement aux élections fédérales n’est pas le dernier drame en date. Ce n’est d’ailleurs pas un drame. Juste un épiphénomène politique. Par contre, c’est une décision qui a pour origine une kyrielle de malentendus, de non dits, de divergences. Il faut remonter à ces problèmes originels pour consolider l’alliance électorale. Personne ne fera fi de l’Histoire ni des projets et des espoirs de chacun. La décision du Congrès du PdT n’est qu’un sous événement, un peu comme un… sous apparentement sous un label commun aux élections fédérales.
La Rédaction de Gauchebdo, Suisse, Juillet 2007
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Parti du Travail
Genève:
"A Gauche Toute!": les raisons de la colère
C’est la crise à AGT ! Après les communistes, le Parti du Travail annonce qu’il se présentera en sous apparentement aux prochaines élections fédérales. Les " Indépendants de Gauche ", " solidaritéS " puis une assemblée d’AGT ! ont confirmé l’idée d’une liste unique.
La gauche de la gauche espère sauvegarder le siège de son élu genevois (Pierre Vanek de "solidaritéS"), l'automne prochain et préparer un retour en fanfare au Grand Conseil de Genève dans deux ans. Les objectifs sont communs, les méthodes et les tactiques préconisées sont divergeantes. Dans la plus pure tradition de la gauche, l'ambiance électrique n'anihile pas les chances de solutions plus ou moins efficaces ou précaires. Extraits d'entretiens par courriels et téléphone entre protagonistes des quatre bords.
Qu’y a-t-il d’insupportable ou de raisonnable dans le choix du PdT ?
Salika Wenger & Christian Grobet ( co-présidents des Indépendants de Gauche) (SW&CG) :
" A Gauche Toute ! "…est fondée sur une charte, comportant 13 engagements, adoptés à l’unanimité … lors d’une séance le 6 novembvre 2006… L’engagement le plus important est de présenter des listes communes pour les élections municipales, cantonales et fédérales… Sur la base… des engagements pris par les militants des quatre composantes formant AGT !, nous avons été pour le moins surpris de la décision du PdT de vouloir présenter une liste séparée pour l’élection au Conseil National, ce qui assurément décrédibiliserait les engagements pris publiquement envers notre électorat encore fragile.
Marie Eve Tejedor (secrétaire de " solidaritéS ") (MET) :
…Il s’agit de garder au minimum un siège "genevois" de la gauche de la gauche et de développer les grands thèmes qui nous unissent: contestation du capitalisme, du "tout-au-marché" et du diktat des profits, refus du démantèlement social et des privatisations, défense des salarié-e-s et des couches les plus défavorisées, lutte pour l’égalité des droits entre toutes et tous, étrangers et Suisses... refus de la politique social-libérale du PSS. Nous devons mobiliser un électorat populaire, lui donner des raisons de ne pas se tourner vers le MCG ou l’UDC… une liste unique… représente un espoir et a une crédibilité bien supérieure à l’addition des résultats de 4 listes distinctes et concurrentes, liées par un "sous-apparentement", qui relève plus d’un accord " technique", peu compréhensible par le grand public, que d’une manifestation de notre capacité d’engagement commun!...
Jérôme Béguin (secrétaire des " Communistes ") (JB) :
Les communistes et le Parti du Travail ont fait un choix raisonnable en proposant de présenter plusieurs listes sous-apparentées, comme le permet la loi électorale. Les différentes listes ont une dénomination commune et les voix s’additionnent. Ainsi, chaque composante peut mettre en avant son identité et ses propositions spécifiques, tout en faisant front commun.
Jean Luc Ardite (président du Parti du Travail) JLA :
Oui c’est la crise. Mais pas parce que le Congrès du PdT opte pour une formule à la fois unitaire et spécifique…Nous sommes favorables depuis toujours aux alliances électorales pour mieux défendre les " petits "…, nous voulons rester aussi nous-mêmes. Nous revendiquons notre appartenance à ce monde des " petits ". Nos partenaires, qui nous connaissent si bien pourtant ne se rendent pas compte que l’électoralisme n’est pas le seul moyen d’action auquel nos croyons... et que nous ne croyons pas en l’élitisme. Personne ne peut reprocher au PdT d’être calculateur, nous n’avons pas de candidat particulier à faire valoir. Elle est aussi là la crise : c’est comme au foot, nous voulons jouer collectif, d’autres ont un peu tendance à jouer " perso ". Dans la même équipe c’est toujours un problème. Dans le cas des élections fédérales, jouer collectif, c’est donner à tous les partenaires l’occasion de se montrer sous leur meilleur jour. Le sous apparentement c’est jouer collectif en assurant le résultat.
Pourquoi le sous-apparentement acceptable dans le canton de Vaud ne l’est-il pas à Genève ?
SW&CG :
La situation dans le canton de Vaud est totalement différente. Il n’y a pas eu de formation politique telle que l’Alliance de Gauche et jusqu’à présent, les diverses formations politiques à la gauche du PS n’ont fait que des apparentements occasionnels, qui sont récents…
MET :
solidaritéS-Vaud était favorable… à une liste commune. Mais les situations vaudoise et genevoise sont très différentes. A Genève, nous avons connu la division en 2005 et l’éviction du Grand Conseil… L’engagement pris de se présenter ensemble aux municipales, aux nationales, et enfin au Grand Conseil répond à une attente de la part des gens que nous défendons/représentons. C’est un engagement qu’on ne peut pas rompre à la légère, en affirmant qu’on se remettra ensemble pour le Grand Conseil "parce qu’on est bien obligés"… . Il me semble irresponsable politiquement, vis-à-vis de la population, de partir séparés dès que l’occasion se présente. L’union ne peut être à géométrie variable dans ce contexte, sauf à vouloir déboussoler complètement notre électorat.
JB :
Jusqu’à présent, le canton de Vaud représentait l’exemple à suivre. Il semblerait que la doctrine ait changé… Pourquoi ce qui est bon chez nos voisins ne le serait pas pour nous? A cette question, les représentants de solidaritéS et des Indépendants ne donnent pas de réponse crédible. Dans votre édition du 22 juin, Pierre Vanek explique qu’"à Genève, avec une liste commune, les relations avec la presse seraient simplifiées, notre crédibilité mieux assise". Il faudrait déjà arrêter de jeter le discrédit sur AGT! dans la presse comme cela a été fait après la proposition du PdT de faire un sous-apparentement.
JLA :
Ce qui est comparable entre Genève et Vaud c’est la volonté des camarades de maintenir le Parti. Dans le canton de Vaud, l’impact politique de Josef Zisyadis, le " fondateur " d’AGT ! et de cette philosophie à tendance " fusionniste " n’y change rien. Les Popistes sont logiques, ils cherchent l’équilibre et l’efficacité entre " alliance " et " différence ". Nous saluons leur approche optimiste et responsable.
Quels sont les cas de figure qui se présentent désormais ? L’alliance électorale est-elle en question ou doit-elle être renégociée ? La question électorale n’en pose-t-elle pas d’autres : l’organisation de l’alliance, sa dynamique, ses stratégies ? La vraie question n’est-elle pas que les partenaires au sein d’AGT ! se sont plus préoccupés de ce qui les sépare que de ce qui les uni ?
SW&CG :
AGT existe depuis moins d’une année. Le travail effectué en peu temps est remarquable. C’est quasiment seuls que nous avons lancé un double référendum sur les TPG et l’Aéroport ainsi que celui sur l’assistance publique (qui a hélas échoué de peu !). Dans le même temps il a bien entendu fallu se mobiliser avec des ressources humaines et financières limitées pour les élections des divers conseils Municipaux et pour les Conseils Administratifs. Tout cela nous a empêché d’approfondir les réflexions sur nos objectifs politiques et l’organisation de notre nouvelle formation politique. Nous devons indiscutablement poursuivre ce travail politique et améliorer notre fonctionnement. Par contre les principes de bases doivent être respectés. A défaut, c’est la pérennité d’AGT qui serait aléatoire.
MET :
solidaritéS maintient le cap de la liste commune AGT! avec celles et ceux qui souhaitent y participer, si des organisations persistaient à vouloir partir séparément, elles devraient assumer leur choix complètement. L’alliance électorale n’est pas à rediscuter maintenant au moment du dépôt des listes... Certes nous devons trouver des réponses nouvelles en matière d’organisation, de stratégie, de dynamique de cette alliance... Nous avons cherché, avec AGT !, à créer un cadre qui permette des débats politiques réels entre militant-e-s de nos organisations, plutôt que d’en rester à un simple cartel…c’est le sens de nos AGs de militant-e-s … notre adversaire c’est la droite: nous devons nous donner les moyens pour battre celle-ci en 2009 au Grand Conseil en y reprenant pied ensemble, en mettant l’accent sur ce qui nous unit. Cet objectif est central, pour le crédibiliser une liste aux Nationales qui fasse 10 ou 12 % est un atout qu’on ne saurait brader au nom de la volonté de chacun d’agiter son propre drapeau.
JB :
Les représentants de solidaritéS et des Indépendants doivent faire un effort, c’est une question de respect. S’ils refusent le sous-apparentement, ils porteront la responsabilité de la division et d’un probable échec.
JLA :
Je suis attentif à ce qui nous unit… collectivement. Et je ne sous-estime pas ce qui nous sépare… A Genève, nous avons une longue histoire commune entre militants de gauche… Pas toujours dans le même camp. La volonté constante du PdT de participer à des alliances politiques efficaces impose un minimum de réalisme. Je ne vis pas dans un monde de gentils progressistes qui s’offrent des fleurs tous les mercredis à la réunion d’AGT !. Je veux que mon parti soit respecté, que nos militants, qui ne sont peut-être pas tous des intellectuels ou des gens brillants, mais le plus souvent des gens courageux et dignes, soient respectés.
Nos partenaires doivent se faire à l’idée que, quand le congrès extraordinaire du PDT prend une décision, elle n’est pas négociable parce que quelques uns nous font la leçon dans les médias. La question des élections fédérales a été longuement débattue durant notre congrès. Quoi qu’en disent certains, elle est légitime.
Le PdT affirme la nécessité d’une meilleure visibilité politique pour expliquer la stratégie décidée par les délégués de son congrès extraordinaire. Cette absence de visibilité ne pose-t-elle pas des problèmes aux autres composantes ? AGT ! n’est-elles pas une " couverture " trop envahissante pour les partis de la gauche combative ?
SW&CG :
Rien n’empêche le Pdt de prendre toutes les initiatives politique qu’il souhaite à l’exclusion de listes électorales séparées conformément aux engagements qu’il a pris et à cet égard. D’ailleurs il n’a pas manqué de le faire comme il en a été de même pour les trois autres composantes d’AGT et nous ne voyons pas quel est le problème à ce sujet.
MET :
… AGT ! ne s’impose pas vraiment suffisamment pour le moment et c’est dommage! La volonté de "visibilité" du PdT est légitime, même si ce n’est pas forcément au moment des élections – et de ces élections à Genève - qu’il faut prioriser cet aspect… solidaritéS a plaidé pour que les appartenances soient indiquées sur les bulletins de vote, lors des élections municipales,… Les représentant-e-s du PdT s’y étaient opposés à l’époque... Des moyens existent… pour que chaque composante garde sa visibilité et puisse mettre en avant ses spécificités, sans pour autant faire liste à part. AGT ! peut être mise au service de la visibilité de ses organisations affiliées et servir celles-ci plus efficacement que des mini-campagnes séparées, avec un résultat décevant à la clé.
JB :
Soit nous décidons de faire un seul parti des quatre composantes et alors nous engageons un processus d’union, soit nous ne voulons faire d’AGT! qu’une alliance électorale. C’est la seconde solution qui est prônée actuellement par la quasi majorité. Dans ce cas, pour vivre nos partis respectifs ont besoin de s’affirmer régulièrement, d’où la nécessité de faire différentes listes aux élections fédérales. Aujourd’hui, ce qu’on nous propose c’est une alliance électorale dans laquelle nos partis ne peuvent pas exister. On nous propose une fusion sans alliance politique. Ce n’est pas une solution.
JLA :
AGT ! pose différents problèmes. Et le moindre est l’alliance électorale. Nous consacrons tous beaucoup de temps à un rassemblement dont la finalité n’est pas définie. Au détriment des activités pour notre parti. Et nous ne voulons ni d’un autre parti qui se créerait sans que ce soit dit, sur les ruines de nos organisations, ni d’autre chose qu’une alliance électorale… C’est compliqué. Il y a une confusion entre le projet national d’AGT !, un groupe parlementaire et son influence locale autre que technique et électorale. Dans AGT ! Genève, certains préparent l’avènement d’un nouveau parti politique. Nous ne sommes pas dupes.
Propos recueuillis, Gauchebdo, Suisse, Juillet 2007
"A Gauche Toute!": les raisons de la colère
C’est la crise à AGT ! Après les communistes, le Parti du Travail annonce qu’il se présentera en sous apparentement aux prochaines élections fédérales. Les " Indépendants de Gauche ", " solidaritéS " puis une assemblée d’AGT ! ont confirmé l’idée d’une liste unique.
La gauche de la gauche espère sauvegarder le siège de son élu genevois (Pierre Vanek de "solidaritéS"), l'automne prochain et préparer un retour en fanfare au Grand Conseil de Genève dans deux ans. Les objectifs sont communs, les méthodes et les tactiques préconisées sont divergeantes. Dans la plus pure tradition de la gauche, l'ambiance électrique n'anihile pas les chances de solutions plus ou moins efficaces ou précaires. Extraits d'entretiens par courriels et téléphone entre protagonistes des quatre bords.
Qu’y a-t-il d’insupportable ou de raisonnable dans le choix du PdT ?
Salika Wenger & Christian Grobet ( co-présidents des Indépendants de Gauche) (SW&CG) :
" A Gauche Toute ! "…est fondée sur une charte, comportant 13 engagements, adoptés à l’unanimité … lors d’une séance le 6 novembvre 2006… L’engagement le plus important est de présenter des listes communes pour les élections municipales, cantonales et fédérales… Sur la base… des engagements pris par les militants des quatre composantes formant AGT !, nous avons été pour le moins surpris de la décision du PdT de vouloir présenter une liste séparée pour l’élection au Conseil National, ce qui assurément décrédibiliserait les engagements pris publiquement envers notre électorat encore fragile.
Marie Eve Tejedor (secrétaire de " solidaritéS ") (MET) :
…Il s’agit de garder au minimum un siège "genevois" de la gauche de la gauche et de développer les grands thèmes qui nous unissent: contestation du capitalisme, du "tout-au-marché" et du diktat des profits, refus du démantèlement social et des privatisations, défense des salarié-e-s et des couches les plus défavorisées, lutte pour l’égalité des droits entre toutes et tous, étrangers et Suisses... refus de la politique social-libérale du PSS. Nous devons mobiliser un électorat populaire, lui donner des raisons de ne pas se tourner vers le MCG ou l’UDC… une liste unique… représente un espoir et a une crédibilité bien supérieure à l’addition des résultats de 4 listes distinctes et concurrentes, liées par un "sous-apparentement", qui relève plus d’un accord " technique", peu compréhensible par le grand public, que d’une manifestation de notre capacité d’engagement commun!...
Jérôme Béguin (secrétaire des " Communistes ") (JB) :
Les communistes et le Parti du Travail ont fait un choix raisonnable en proposant de présenter plusieurs listes sous-apparentées, comme le permet la loi électorale. Les différentes listes ont une dénomination commune et les voix s’additionnent. Ainsi, chaque composante peut mettre en avant son identité et ses propositions spécifiques, tout en faisant front commun.
Jean Luc Ardite (président du Parti du Travail) JLA :
Oui c’est la crise. Mais pas parce que le Congrès du PdT opte pour une formule à la fois unitaire et spécifique…Nous sommes favorables depuis toujours aux alliances électorales pour mieux défendre les " petits "…, nous voulons rester aussi nous-mêmes. Nous revendiquons notre appartenance à ce monde des " petits ". Nos partenaires, qui nous connaissent si bien pourtant ne se rendent pas compte que l’électoralisme n’est pas le seul moyen d’action auquel nos croyons... et que nous ne croyons pas en l’élitisme. Personne ne peut reprocher au PdT d’être calculateur, nous n’avons pas de candidat particulier à faire valoir. Elle est aussi là la crise : c’est comme au foot, nous voulons jouer collectif, d’autres ont un peu tendance à jouer " perso ". Dans la même équipe c’est toujours un problème. Dans le cas des élections fédérales, jouer collectif, c’est donner à tous les partenaires l’occasion de se montrer sous leur meilleur jour. Le sous apparentement c’est jouer collectif en assurant le résultat.
Pourquoi le sous-apparentement acceptable dans le canton de Vaud ne l’est-il pas à Genève ?
SW&CG :
La situation dans le canton de Vaud est totalement différente. Il n’y a pas eu de formation politique telle que l’Alliance de Gauche et jusqu’à présent, les diverses formations politiques à la gauche du PS n’ont fait que des apparentements occasionnels, qui sont récents…
MET :
solidaritéS-Vaud était favorable… à une liste commune. Mais les situations vaudoise et genevoise sont très différentes. A Genève, nous avons connu la division en 2005 et l’éviction du Grand Conseil… L’engagement pris de se présenter ensemble aux municipales, aux nationales, et enfin au Grand Conseil répond à une attente de la part des gens que nous défendons/représentons. C’est un engagement qu’on ne peut pas rompre à la légère, en affirmant qu’on se remettra ensemble pour le Grand Conseil "parce qu’on est bien obligés"… . Il me semble irresponsable politiquement, vis-à-vis de la population, de partir séparés dès que l’occasion se présente. L’union ne peut être à géométrie variable dans ce contexte, sauf à vouloir déboussoler complètement notre électorat.
JB :
Jusqu’à présent, le canton de Vaud représentait l’exemple à suivre. Il semblerait que la doctrine ait changé… Pourquoi ce qui est bon chez nos voisins ne le serait pas pour nous? A cette question, les représentants de solidaritéS et des Indépendants ne donnent pas de réponse crédible. Dans votre édition du 22 juin, Pierre Vanek explique qu’"à Genève, avec une liste commune, les relations avec la presse seraient simplifiées, notre crédibilité mieux assise". Il faudrait déjà arrêter de jeter le discrédit sur AGT! dans la presse comme cela a été fait après la proposition du PdT de faire un sous-apparentement.
JLA :
Ce qui est comparable entre Genève et Vaud c’est la volonté des camarades de maintenir le Parti. Dans le canton de Vaud, l’impact politique de Josef Zisyadis, le " fondateur " d’AGT ! et de cette philosophie à tendance " fusionniste " n’y change rien. Les Popistes sont logiques, ils cherchent l’équilibre et l’efficacité entre " alliance " et " différence ". Nous saluons leur approche optimiste et responsable.
Quels sont les cas de figure qui se présentent désormais ? L’alliance électorale est-elle en question ou doit-elle être renégociée ? La question électorale n’en pose-t-elle pas d’autres : l’organisation de l’alliance, sa dynamique, ses stratégies ? La vraie question n’est-elle pas que les partenaires au sein d’AGT ! se sont plus préoccupés de ce qui les sépare que de ce qui les uni ?
SW&CG :
AGT existe depuis moins d’une année. Le travail effectué en peu temps est remarquable. C’est quasiment seuls que nous avons lancé un double référendum sur les TPG et l’Aéroport ainsi que celui sur l’assistance publique (qui a hélas échoué de peu !). Dans le même temps il a bien entendu fallu se mobiliser avec des ressources humaines et financières limitées pour les élections des divers conseils Municipaux et pour les Conseils Administratifs. Tout cela nous a empêché d’approfondir les réflexions sur nos objectifs politiques et l’organisation de notre nouvelle formation politique. Nous devons indiscutablement poursuivre ce travail politique et améliorer notre fonctionnement. Par contre les principes de bases doivent être respectés. A défaut, c’est la pérennité d’AGT qui serait aléatoire.
MET :
solidaritéS maintient le cap de la liste commune AGT! avec celles et ceux qui souhaitent y participer, si des organisations persistaient à vouloir partir séparément, elles devraient assumer leur choix complètement. L’alliance électorale n’est pas à rediscuter maintenant au moment du dépôt des listes... Certes nous devons trouver des réponses nouvelles en matière d’organisation, de stratégie, de dynamique de cette alliance... Nous avons cherché, avec AGT !, à créer un cadre qui permette des débats politiques réels entre militant-e-s de nos organisations, plutôt que d’en rester à un simple cartel…c’est le sens de nos AGs de militant-e-s … notre adversaire c’est la droite: nous devons nous donner les moyens pour battre celle-ci en 2009 au Grand Conseil en y reprenant pied ensemble, en mettant l’accent sur ce qui nous unit. Cet objectif est central, pour le crédibiliser une liste aux Nationales qui fasse 10 ou 12 % est un atout qu’on ne saurait brader au nom de la volonté de chacun d’agiter son propre drapeau.
JB :
Les représentants de solidaritéS et des Indépendants doivent faire un effort, c’est une question de respect. S’ils refusent le sous-apparentement, ils porteront la responsabilité de la division et d’un probable échec.
JLA :
Je suis attentif à ce qui nous unit… collectivement. Et je ne sous-estime pas ce qui nous sépare… A Genève, nous avons une longue histoire commune entre militants de gauche… Pas toujours dans le même camp. La volonté constante du PdT de participer à des alliances politiques efficaces impose un minimum de réalisme. Je ne vis pas dans un monde de gentils progressistes qui s’offrent des fleurs tous les mercredis à la réunion d’AGT !. Je veux que mon parti soit respecté, que nos militants, qui ne sont peut-être pas tous des intellectuels ou des gens brillants, mais le plus souvent des gens courageux et dignes, soient respectés.
Nos partenaires doivent se faire à l’idée que, quand le congrès extraordinaire du PDT prend une décision, elle n’est pas négociable parce que quelques uns nous font la leçon dans les médias. La question des élections fédérales a été longuement débattue durant notre congrès. Quoi qu’en disent certains, elle est légitime.
Le PdT affirme la nécessité d’une meilleure visibilité politique pour expliquer la stratégie décidée par les délégués de son congrès extraordinaire. Cette absence de visibilité ne pose-t-elle pas des problèmes aux autres composantes ? AGT ! n’est-elles pas une " couverture " trop envahissante pour les partis de la gauche combative ?
SW&CG :
Rien n’empêche le Pdt de prendre toutes les initiatives politique qu’il souhaite à l’exclusion de listes électorales séparées conformément aux engagements qu’il a pris et à cet égard. D’ailleurs il n’a pas manqué de le faire comme il en a été de même pour les trois autres composantes d’AGT et nous ne voyons pas quel est le problème à ce sujet.
MET :
… AGT ! ne s’impose pas vraiment suffisamment pour le moment et c’est dommage! La volonté de "visibilité" du PdT est légitime, même si ce n’est pas forcément au moment des élections – et de ces élections à Genève - qu’il faut prioriser cet aspect… solidaritéS a plaidé pour que les appartenances soient indiquées sur les bulletins de vote, lors des élections municipales,… Les représentant-e-s du PdT s’y étaient opposés à l’époque... Des moyens existent… pour que chaque composante garde sa visibilité et puisse mettre en avant ses spécificités, sans pour autant faire liste à part. AGT ! peut être mise au service de la visibilité de ses organisations affiliées et servir celles-ci plus efficacement que des mini-campagnes séparées, avec un résultat décevant à la clé.
JB :
Soit nous décidons de faire un seul parti des quatre composantes et alors nous engageons un processus d’union, soit nous ne voulons faire d’AGT! qu’une alliance électorale. C’est la seconde solution qui est prônée actuellement par la quasi majorité. Dans ce cas, pour vivre nos partis respectifs ont besoin de s’affirmer régulièrement, d’où la nécessité de faire différentes listes aux élections fédérales. Aujourd’hui, ce qu’on nous propose c’est une alliance électorale dans laquelle nos partis ne peuvent pas exister. On nous propose une fusion sans alliance politique. Ce n’est pas une solution.
JLA :
AGT ! pose différents problèmes. Et le moindre est l’alliance électorale. Nous consacrons tous beaucoup de temps à un rassemblement dont la finalité n’est pas définie. Au détriment des activités pour notre parti. Et nous ne voulons ni d’un autre parti qui se créerait sans que ce soit dit, sur les ruines de nos organisations, ni d’autre chose qu’une alliance électorale… C’est compliqué. Il y a une confusion entre le projet national d’AGT !, un groupe parlementaire et son influence locale autre que technique et électorale. Dans AGT ! Genève, certains préparent l’avènement d’un nouveau parti politique. Nous ne sommes pas dupes.
Propos recueuillis, Gauchebdo, Suisse, Juillet 2007
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